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RONA: une transaction qui laisse un goût amer

01/04/2016 03:07 EDT | Actualisé 02/04/2017 05:12 EDT

Jeudi le 31 mars dernier, j'assistais au vote des actionnaires de RONA qui ont accepté la vente de l'entreprise à la multinationale américaine Lowe's. Difficile de dire non quand on vous offre le double de la valeur en bourse, mais ce n'est pas une raison pour ne pas négocier les termes de l'arrangement.

En fait, il semble bel et bien y avoir eu des négociations puisque la direction s'en est sortie avec 50 millions en primes savoureuses. Dans tous les bons villages du Québec, on retrouve un RONA et une caisse populaire. Les compagnies comme RONA et St-Hubert ne sont pas que des numéros au registre des entreprises du Québec, elles sont aussi des vecteurs d'emplois et des participants bien enracinés à la société québécoise.

Il y a des grands oubliés dans cette transaction, on parle ici des employés ordinaires, des PME qui font affaire avec RONA et des marchands indépendants. Lowe's a bien beau dire dans toutes ses communications publiques qu'elle a l'intention de les protéger, on n'en retrouve aucune mention dans la convention de vente. De telles clauses ne sont pas monnaie courante dans le domaine de la haute finance, mais elles devraient l'être. Sans garanties légales, Lowe's pourrait très bien changer d'avis au lendemain de la transaction et décider de ne pas tenir ses promesses sans qu'on puisse y faire quoi que ce soit!

Lorsque j'ai eu la chance de questionner le président du conseil d'administration à l'assemblée extraordinaire des actionnaires, monsieur Chevrier s'est complètement déchargé de quelque responsabilité que ce soit: «Ce ne sont pas les engagements de RONA dont il s'agit, mais ceux de Lowe's, l'acquéreur, et ça ne fait pas partie du contrat. La transaction, elle est à l'heure actuelle terminée. Elle est sujette seulement aux approbations de deux instances gouvernementales qui est le bureau de la concurrence et Investissement Canada.»

Bien sûr, le ministre Bain pourra statuer sur l'arrangement ou même y imposer des conditions, mais je trouve anormal que d'une part, l'on protège les gros bonnets et que d'autre part, on fasse si peu de cas envers ceux qui ont été la source des succès de ce fleuron québécois et qui se retrouvent aujourd'hui abandonnés. Les administrateurs devraient se préoccuper du sort de tous les acteurs de l'entreprise plutôt que de travailler seulement à se sauver avec le plus gros chèque possible.

Les 1000 emplois du siège social et les 22 000 autres répartis un peu partout sur notre territoire sont importants pour le Québec, de même que les nombreux fournisseurs québécois qui représentent près de 50% des achats de RONA. De plus, alors que les détaillants indépendants représentent plus de la moitié des magasins de RONA, ils contribuent pour un peu moins de 30% de son chiffre d'affaires. De son côté, Lowe's est un spécialiste des grandes surfaces. Ses ventes par magasin sont trois fois plus élevées que celles de RONA. Il y a un risque réel pour ces PME. Il serait tragique de voir Lowe's délaisser les petites quincailleries qui ont fait les beaux jours de RONA.

La vente de RONA a une allure de déjà-vu. Après les Provigo, Sico, Domtar, Alcan, RONA et maintenant St-Hubert, on pourrait simplement rester indifférents et dire que la vie est faite ainsi. Pourtant, il existe des pistes de solutions.

En 2012, le gouvernement du Québec a mis en place un groupe de travail sur la protection des sièges sociaux québécois qui a livré son rapport en février 2014, mais il fut par la suite tabletté.

Il est difficile de concevoir que le gouvernement de Philippe couillard, qui a les moyens d'agir, reste insensible face à cette dépossession tranquille du Québec. Les sièges sociaux ont un effet structurant sur notre économie, nous en avons besoin et nous devons les protéger.

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