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Trudeau face aux migrants en provenance des É.-U.: une stratégie à revoir

Sur le plan communicationnel, il y a une certaine incohérence entre le parcours des émissaires du gouvernement Trudeau et le mandat que celui-ci leur a confié.

07/02/2018 08:20 EST | Actualisé 09/02/2018 11:25 EST
adventtr via Getty Images

La probabilité que des vagues successives de migrants fuyant les É.-U. convergent vers le Canada en 2018 et au-delà de cette date demeure, certes, très élevée. Et ce, dans la suite logique du décret révocatoire du statut temporaire dont bénéficiaient ces migrants aux É.-U..

Dans le but de minimiser un tel risque, le gouvernement Trudeau a dépêché à la fin de l'année 2017 deux parlementaires aux É.-U.. Leur mission: Dissuader un certain nombre de migrants, notamment, créolophones et hispanophones de frapper à la porte du Canada. Il est improbable qu'une telle initiative soit productive, à défaut d'une stratégie cohérente et adaptée au contexte exceptionnel créé par les politiques migratoires agressives de l'administration Trump.

Sur le plan communicationnel, il y a une certaine incohérence entre le parcours des émissaires du gouvernement Trudeau et le mandat que celui-ci leur a confié. Le problème ici n'est pas tant le message lui-même. Mais bien les messagers choisis pour transmettre un tel message aux migrants.

En raison de leur propre succès socioprofessionnel en tant que néo-canadiens, les deux parlementaires sont la preuve que le rêve canadien tant convoité par les migrants est à la fois possible et, surtout, accessible.

En raison de leur propre succès socioprofessionnel en tant que néo-canadiens, les deux parlementaires sont la preuve que le rêve canadien tant convoité par les migrants est à la fois possible et, surtout, accessible. Le ministre de l'Immigration du Canada, un autre néo-canadien dont le parcours est tout aussi spectaculaire que ses deux collègues, se trouve dans une posture tout aussi délicate pour dissuader les migrants de risquer le pari canadien. En effet, au même titre que ses deux collègues, il est un modèle d'intégration et, surtout, un exemple à suivre. Autrement dit, le Canada serait, dans la perspective des migrants, l'endroit idéal pour se réfugier à la lumière de sa performance exemplaire en matière d'intégration de ses immigrants.

Il est donc tout à fait naturel que ces migrants chassés des É.-U. par l'administration Trump aspirent à la même mobilité sociale que les émissaires du gouvernement Trudeau. Ils doivent voir dans ces émissaires une source de motivation assez puissante pour rendre inaudible le message dissuasif dont ces mêmes émissaires sont chargés de leur transmettre. D'où l'impératif d'une parfaite synchronisation symbolique en matière de communication stratégique et politique. Sur ce plan, le gouvernement Trudeau a fait preuve d'une certaine myopie.

Quelle crédibilité accorderait un jeune de la LHJMQ à une vedette comme PK Subban qui aurait tenté de le dissuader de participer aux rondes de repêchage de LNH sous prétexte que ses chances de réussite sont minimes?

Quelle crédibilité accorderait un jeune de la LHJMQ à une vedette comme PK Subban qui aurait tenté de le dissuader de participer aux rondes de repêchage de LNH sous prétexte que ses chances de réussite sont minimes? À moins d'un miracle, le pari semble, dans un tel contexte, être perdu d'avance.

Coincés entre l'enclume du désarroi et le marteau d'une brutale déportation trumpienne, les migrants se laisseront difficilement convaincre de renoncer à leur projet d'émigrer au Canada. D'autant plus que le gouvernement canadien ne leur propose aucune autre option crédible, hormis une campagne de communication dissuasive maladroitement orchestrée.

Bien qu'ils soient, par ailleurs, fort sympathiques, les deux parlementaires susmentionnés manquent néanmoins de courage politique. Sans quoi, ils auraient décliné le mandat, sinon, averti M. Trudeau du risque que le message gouvernemental à l'endroit des migrants soit contreproductif dès lorsqu'il est porté par deux émissaires issus des deux principales communautés visées. D'autant plus qu'une telle initiative demeure isolée d'une véritable stratégie pour réguler le flux migratoire en provenance des É.-U.. Loin de nous l'idée de blâmer les deux parlementaires en question. Mais, ils ont raté une excellente occasion de soulever le risque culturel que faisait planer leur choix pour porter aux migrants le message gouvernemental. Ainsi, leur incombait-il d'avertir M. Trudeau que, sans être accompagné d'une proposition alternative, son message n'aura ni l'audience ni l'effet escompté auprès des cibles.

De plus, il est fort possible qu'un certain segment de l'électorat néo-canadien, notamment, dans le comté de Bourassa, indexe le député Dubourg. Si bien qu'il risque de se faire taxer d'amnésique. Celui, qui, après avoir réussi sa carrière en tant que migrant d'hier et néo-canadien aujourd'hui, serait alors mal avisé de décourager des migrants désemparés d'emprunter le même parcours qui fut le sien 45 ans plutôt. Lequel parcours lui a valu le statut dont il s'auréole aujourd'hui avec, sans aucun doute, une certaine fierté. Le député Rodriguez s'expose éventuellement aux mêmes récriminations de la part des migrants hispanophones.

Face au risque d'insuccès de sa campagne dissuasion auprès des migrants, il serait plus sage pour le gouvernement Trudeau d'envisager d'autres solutions pour stopper et, surtout, canaliser efficacement les vagues de migrants en provenance des É.-U. en 2018 et au-delà. Par exemple, le gouvernement pourrait envisager, en plus des trois autres, une nouvelle et quatrième catégorie d'immigrants. Celle-ci peut être fondée sur des critères mieux adaptés à la réalité migratoire contemporaine. Cette quatrième catégorie d'immigrants peut être temporaire ou permanente. Elle devrait être administrée par une structure ad hoc; laquelle aurait des guichets dédiés dans chacune des agglomérations américaines où se concentre la majorité des migrants. Une telle initiative aurait permis au gouvernement Trudeau de ne plus, entre autres, subir les effets collatéraux des politiques migratoires agressives de l'administration Trump. Tout comme elle aurait le potentiel de transformer de telles politiques en un gisement d'opportunités pour le Canada. À suivre.