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Une loi sur l’interculturalisme, ça presse!

Dans le cas plus spécifique du Québec, qui a une majorité et une identité culturelle française forte, l'application du multiculturalisme devient plus un problème qu'une solution pour la gestion de la diversité culturelle.

01/08/2017 06:00 EDT | Actualisé 01/08/2017 06:00 EDT
Bim via Getty Images
Dans le cas plus spécifique du Québec, qui a une majorité et une identité culturelle française forte, l'application du multiculturalisme devient plus un problème qu'une solution pour la gestion de la diversité culturelle.

Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, on a assisté à la naissance de divers courants prônant l'instauration d'un nouveau mode de communication entre pays basé sur l'ouverture à l'autre et sur la multiplication des échanges commerciaux. On cherchait à rendre les humains de partout à travers le monde plus connectés, plus libres de s'échanger, plus accessibles les uns les autres. C'est ainsi que le concept de mondialisation (« Globalization » en anglais) fut de plus en plus employé et il gagna énormément en popularité.

Appliquer ce concept dans un contexte d'une augmentation importante des actions migratoires après la guerre a donné lieu à une nouvelle réalité en pays d'Occident, celle du pluralisme culturel. Il signifie la présence d'une diversité culturelle différente de la culture majoritaire dans des pays qui étaient plutôt homogènes. Les pays concernés avaient alors le défi de la gestion de cette diversité culturelle.

Parmi ces pays, le Canada était, en 1971, le premier à adopter une politique de gestion de cette nouvelle réalité et l'a appelée « politique sur le multiculturalisme ». En 1982, avec le rapatriement de la Constitution, le multiculturalisme fut ajouté dans la Charte canadienne des droits et libertés comme principe interprétatif de ses différentes dispositions. Et, finalement, le 21 juillet 1988, la Chambre des communes adopta la Loi sur le multiculturalisme canadien.

Fin de l'énorme parenthèse historique.

Maintenant, revenons au 21e siècle.

Le 1er juin 2017, le gouvernement libéral de Philippe Couillard a dévoilé sa politique d'affirmation du Québec et des relations canadiennes dans un document intitulé « Québécois, notre façon d'être Canadiens » pour reprendre les négociations constitutionnelles et faire adhérer le Québec à la Loi constitutionnelle de 1982.

Dans ce document, on retrouve sous la section 4.1 « La déclaration d'affirmation » le suivant :

« Ce que nous sommes comme québécois :

[...]

- La Nation québécoise est forte d'une grande diversité culturelle qui s'intègre à la trame historique commune dans le cadre de l'interculturalisme.

- Le modèle de l'interculturalisme développé au Québec vise à assurer l'équilibre entre, d'une part, l'ouverture à la diversité et, d'autre part, le maintien du caractère distinct et francophone du Québec.»

Mais qu'est-ce que l'interculturalisme? Certains l'opposent au multiculturalisme canadien, d'autres le considèrent comme une application adaptée au contexte québécois. Je me range dans ce dernier camp.

La commission Bouchard-Taylor a défini ces deux concepts selon le suivant :

Multiculturalisme : « Dans son acception la plus courante, système axé sur le respect et la promotion de la diversité ethnique dans une société. Peut conduire à l'idée que l'identité commune d'une société se définit exclusivement par référence à des principes politiques plutôt qu'à une culture, une ethnicité ou une histoire. » (Mon soulignement)

Interculturalisme : « Politique ou modèle préconisant des rapports harmonieux entre cultures, fondés sur l'échange intensif et axé sur un mode d'intégration qui ne cherche pas à abolir les différences tout en favorisant la formation d'une identité commune. »

Dans une fédération comme le Canada, composée de plusieurs nations (autochtones, anglaise et française) et bonifiée par des dizaines d'autres cultures, on peut comprendre la difficulté de former une identité nationale commune, d'où la nécessité de mettre de l'avant des valeurs communes basées sur des principes politiques au lieu de principes liés à une unique culture (celle dominante, forcément), ce qui explique la pertinence du concept du multiculturalisme.

Dans le cas plus spécifique du Québec, qui a une majorité et une identité culturelle française forte, l'application du multiculturalisme devient plus un problème qu'une solution pour la gestion de la diversité culturelle.

Dans le cas plus spécifique du Québec, qui a une majorité et une identité culturelle française forte, l'application du multiculturalisme devient plus un problème qu'une solution pour la gestion de la diversité culturelle. C'est ce qui a amené à l'élaboration du principe d'interculturalisme qui, selon moi, n'est pas opposé au principe du multiculturalisme, mais plutôt une variante adaptée de ce dernier à la réalité québécoise.

Ceci étant dit, une question se pose: comment peut-on faire adopter, dans une société diversifiée avec une majorité culturelle francophone, une identité ou des valeurs communes sans tomber dans l'assimilation des cultures minoritaires, pour les protéger des pratiques discriminatoires?

La réponse est simple. En présentant ces valeurs communes comme étant complémentaires à leur propre culture, pas comme des menaces à son effacement.

Le gouvernement libéral dans son document a présenté ce qui peut être adopté comme valeurs communes pour le Québec :

- un caractère unique;

- le français comme langue de la majorité et comme langue officielle;

- une tradition juridique civiliste;

- des institutions propres en matière politique, culturelle, économique, éducative et sociale.

Et personnellement j'ajouterais :

- Un patrimoine religieux catholique.

Le caractère unique est le fait qu'on est la seule nation majoritairement francophone en Amérique du Nord.

Pour le français et la tradition juridique civiliste, la Cour suprême a illustré à maintes reprises la réflexion de ces valeurs dans ses décisions, alors ce n'est pas un fait nouveau.

Pour le patrimoine religieux catholique, il ne faut pas le voir comme un traitement spécial aux adeptes de cette religion ou aux églises catholiques. Ce n'est ni un recul en arrière ni une exception au principe constitutionnel de la primauté des lois et de la séparation entre l'état et la religion. C'est une simple reconnaissance de son apport dans l'histoire du Québec.

Une fois toutes ces valeurs établies, il ne suffit pas de les mettre dans un énième communiqué ou document qui tombera dans les oubliettes. Cela n'aura aucun impact sur le rapport avec la diversité culturelle.

À l'instar du multiculturalisme canadien, et afin de démontrer une réelle intention d'intégration et de gestion de la diversité culturelle québécoise, il faut à tout prix définir ces valeurs de la manière la plus claire et nette possible: sous la forme d'une loi sur l'interculturalisme. Cette loi, on va l'intégrer dans la Charte québécoise des droits et libertés comme un principe interprétatif de ses différentes dispositions.

Avant de demander aux autres de nous reconnaitre dans nos valeurs, faisons-le nous-mêmes et faisons le par une loi, ça presse!

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