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Responsables comme tout citoyen et non pas comme musulmans

Oui, il y a beaucoup de Québécois de confession musulmane qui sont d'accord avec la déclaration de M. Couillard, mais une majorité? Je ne sais pas, j'en doute.

06/07/2017 09:00 EDT | Actualisé 06/07/2017 09:34 EDT
Karam Miri via Getty Images
Je pense que l'auteur doit séparer, peut-être, entre la majorité des musulmans dans ses amis Facebook et la majorité des musulmans vivant au Québec.

Ceci est une réplique à un billet qui est sorti dans le HuffPost Québec intitulé Couillard a raison.

Avant d'entrer dans le vif du sujet, je me demande si l'auteur de ce billet a fait le tour des 300000 musulmans du Québec, les a sondés, et a participé aux sermons de toutes les mosquées du Québec pendant au moins les cinq dernières années. Je me demande également s'il a enquêté sur tous les ateliers concernant la citoyenneté et la lutte contre la radicalisation et la violence organisés par toutes les associations musulmanes du Québec avant d'arriver à ce constat qu'une majorité de Québécois de confession musulmane pense tout bas ce que M. Couillard a dit tout haut.

Je pense que l'auteur doit séparer, peut-être, entre la majorité des musulmans dans ses amis Facebook et la majorité des musulmans vivant au Québec. Et ce que je trouve vraiment drôle, c'est cette capacité chez un intellectuel de donner ses opinions de luxe du haut de sa tour d'ivoire sur ce qui se passe vraiment sur le terrain. En fait, il l'a mentionné lui-même, qu'il « dit ce que disent la plupart des intellectuels réformistes musulmans depuis des décennies». Bref, il s'est basé sur l'opinion de la majorité des personnes qu'il considère comme des « intellectuels réformistes » afin d'arriver à la conclusion qu'une majorité de musulmans étaient d'accord avec la déclaration du premier ministre.

Ceci étant dit, on tombe vite dans le sophisme de la généralisation abusive, une stratégie utilisée de plus en plus par nos élites. D'ailleurs, ce n'est pas pour rien que l'écart entre le peuple et ses élites ne cesse de s'élargir.

Après cette longue introduction, rentrons maintenant dans les nuances.

Mon problème principal avec le billet de M. Raboudi est sa conclusion qu'une majorité de musulmans sont d'accord avec M. Couillard. J'aimerais bien connaitre la démarche scientifique qu'il a suivie afin d'arriver à ce constat. Il se qualifie comme « islamologue et politologue » donc il n'est pas n'importe qui, il est forcément une personne avec des capacités intellectuelles qui sont supposées être un peu supérieures à celles de monsieur madame tout le monde en la matière.

Oui, il y a beaucoup de Québécois de confession musulmane qui sont d'accord avec la déclaration de M. Couillard, mais une majorité? Je ne sais pas, j'en doute.

Oui, il y a beaucoup de Québécois de confession musulmane qui sont d'accord avec la déclaration de M. Couillard, mais une majorité? Je ne sais pas, j'en doute.

En fait, je suis à l'aise de dire que fort probablement la totalité des Québécois musulmans sont d'accord avec une partie de la déclaration de M. Couillard, soit qu'effectivement, ils partagent une certaine partie de la responsabilité face aux différents actes violents commis au nom de l'islam ou tout autre idéologie. Cependant, ils ne le sont pas en tant que musulmans, mais en tant que CITOYENS! C'est ça le principal problème avec la déclaration de M. Couillard. Elle a donné l'impression que les Québécois musulmans ont une responsabilité extra bonus parce qu'ils sont musulmans. Et, parlant de l'importance des impressions, c'est le premier ministre lui-même qui a souligné leur importance sur la vie des autres concernant le défilé de la fête nationale du Québec la semaine passée.

Beaucoup d'attentats ont été déjoués ou empêchés d'exécution grâce à l'aide des musulmans et des mosquées, le plus récent exemple de cela s'est passé à Bruxelles.

Quant aux reproches que M. Raboudi fait aux musulmans en général, qu'ils sont dans le déni, qu'ils sont dans le discours victimaire, etc. Bon, encore une fois, je ne sais pas sur quoi il se base ni de quels musulmans il parle. Les musulmans au Québec? Ceux au Canada? Aux États-Unis? Ailleurs dans le monde? Ce qui m'intéresse, moi, ce sont mes concitoyens québécois et canadiens. Et je sais qu'ils font énormément d'efforts pour participer dans cette lutte contre la violence commise non seulement au nom de l'Islam, mais au nom de plusieurs autres idéologies. Beaucoup d'attentats ont été déjoués ou empêchés d'exécution grâce à l'aide des musulmans et des mosquées, le plus récent exemple de cela s'est passé à Bruxelles.

Demander à être traité sur le même pied d'égalité que le reste des citoyens n'est pas un discours victimaire, c'est la moindre des revendications pour faire valoir ses droits fondamentaux en tant que citoyens.

Par ailleurs, une chose que je partage avec M. Raboudi est que oui, uniquement mes représentants à la Chambre des communes, à l'Assemblée nationale et au conseil municipal ont le droit de parler en mon nom, car effectivement on les a élus démocratiquement, peu importe le parti au pouvoir.

Finalement, je vais vous dire c'est quoi le problème des Québécois musulmans en général. C'est qu'ils sont divisés, voilà le problème. Les juifs l'ont compris, les Grecs aussi, les Italiens, les hindous, les Chinois, etc. Au Canada, au Québec, comme n'importe où, pour faire changer les choses, il faut être impliqué en politique. Il faut être présent, en groupe, sur le terrain. Si un groupe n'est pas impliqué d'une manière ou d'une autre en politique et ne vote pas, alors c'est triste à dire, mais, pour un politicien, ce groupe-là n'existe plus. Oui, je sais, c'est malheureux, mais c'est la réalité, à bon entendeur.

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