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Le casse-tête de la représentativité culturelle

«La responsabilité ne repose pas uniquement sur le dos de la majorité francophone culturelle, mais aussi sur celui de ces minorités.»

06/12/2017 18:46 EST | Actualisé 06/12/2017 18:46 EST
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Depuis plusieurs années maintenant au Québec, les campagnes de sensibilisation sur l'importance de la représentativité culturelle au sein des différents sphères de la société ne cessent, avec raison, de s'intensifier.

Le Québec devient de plus en plus diversifié et avec tous ces messages d'inclusivité que nos politiciens excellent à promouvoir, on croirait que parler des problèmes de discrimination, de racisme ou de xénophobie est un discours démodé et datant d'une autre époque.

Malheureusement ce n'est pas le cas. L'impression (et je dis bien l'impression) est que le Québec, en comparaison avec le reste du Canada, est en grande majorité blanc, catho-laïque et fermé. Qu'il a peur de donner plus de place à « l'autre », par crainte de perte de sa langue et de sa culture majoritaire. Et le dernier débat « historique » à l'Assemblée nationale sur le Bonjour-Hi, en est la preuve ostentatoire.

Quand une personne a peur pour son identité en raison de deux lettres de l'alphabet, le problème n'est pas dans ces deux lettres mais plutôt chez elle.

Revenons au manque de la diversité culturelle dans la société.

À la suite de l'élection de Projet Montréal et de la victoire de Valérie Plante à la tête de la ville de Montréal, beaucoup de critiques, même de leurs propres militants, ont été formulées contre eux à cause du manque de diversité dans leurs rangs et dans les postes exécutifs. Par ailleurs, des menaces de procédures judiciaires pèsent contre eux et les partis d'opposition, menacent évoquées par le candidat de Projet Montréal à la mairie de Montréal-Nord, Balarama Holness.

Je ne veux pas me prononcer sur la justesse de ces évènements, mais j'aimerais soulever quelques questions.

Est-ce que le seul fait que je sois issu d'une minorité quelconque doit me donner un privilège susceptible de me favoriser sur un autre candidat blanc de souche?

Est-ce que c'est la faute de Projet Montréal si les candidats issus de la diversité n'ont pas gagné?

À défaut d'élus issus de la diversité, ils vont combler ce manque comment?

Est-ce que le seul fait que je sois issu d'une minorité quelconque doit me donner un privilège susceptible de me favoriser sur un autre candidat blanc de souche dans le choix des candidats dans un comté gagnant ou gagnable? Le cas échéant, cela ne consisterait-il pas une discrimination, voire une discrimination systémique si cette pratique devient la règle au lieu de l'exception?

Le problème du manque de diversité culturelle dans les cercles d'élites de la société québécoise est un vrai problème; il ne faut pas le nier. Par contre, la responsabilité ne repose pas uniquement sur le dos de la majorité francophone culturelle, mais aussi sur celui de ces minorités.

Au Québec, on vit dans une méritocratie et je suis très à l'aise avec ça. Car c'est très injuste quand une personne investit beaucoup de son temps, de celui de sa famille, sacrifie sa santé physique et mentale dans un projet quelconque - la politique dans notre cas précis ici - et soudainement , une personne venant de nulle part serait parachutée et prendrait cette place pour le seul fait qu'elle soit de souche ou qu'elle provienne d'une minorité culturelle quelconque.

Il faut rester persévérant. Il faut essayer de s'approcher de l'autre.

Pour moi, une personne, peu importe son origine ethnique ou sa religion, qu'elle soit issue de la majorité culturelle ou d'une minorité visible quelconque, si elle ne milite pas activement dans le parti qu'elle veut représenter lors d'une élection quelconque, elle ne mérite pas d'être choisie ou même avoir sa candidature prise en considération au détriment d'une autre personne plus compétente.

Effectivement, il n'est pas facile de faire sa place dans une nouvelle société, surtout quand la culture de l'un risque d'être en conflit avec la culture de l'autre, mais il ne faut jamais lâcher. Il faut rester persévérant. Il faut essayer de s'approcher de l'autre.

Quant à moi, en tant que personne de non souche, et malgré le fait que théoriquement les chartes me donnent un statut égal aux natifs de cette province, c'est à moi, l'immigrant de première génération, qu'il incombe de faire le premier pas envers ce dernier et de manifester un intérêt pour sa culture, sans nécessairement l'adopter. De plus, soyons clairs, il ne faut jamais que je me sente obligé d'adopter cette culture afin d'être accepté dans son cercle; toutefois, ce que je dis ici démontre mon respect à la culture majoritaire sans nécessairement perdre la mienne sauf si c'est vraiment ma décision de le faire.

Pour ma part, je pense que le meilleur choix est de prendre les meilleurs pratiques et mœurs des deux cultures et de les adopter comme mode de vie. Bien entendu, il n'y pas juste un seul meilleur choix, l'important est que la personne soit cohérente avec elle-même.

Pour conclure, le débat sur la représentativité de la diversité culturelle dans la société est légitime et très nécessaire, mais il ne faut pas l'invoquer afin de nous exonérer de nos responsabilités comme minorités et l'instrumentaliser afin de nous donner ce qu'on ne mérite pas ou de créer la même injustice qu'on dénonce avec raison sur toutes les tribunes.