LES BLOGUES

La leçon ratée du vivre-ensemble de Boucar Diouf

Le vivre-ensemble, cher Boucar, n'est pas de faire de compromis d'une part ou d'une autre sur nos libertés et droits fondamentaux, mais plutôt le respect de ces derniers qu'on soit d'accord ou pas sur comment on les exerce.

18/10/2017 09:00 EDT
Rawpixel Ltd via Getty Images
Votre billet flatte dans le sens du poil tous ces nationalistes identitaires qui veulent assimiler "l'autre" au détriment du respect de leurs droits et libertés.

Il me semble que, malgré le fait que le grand-père de Boucar Diouf lui a appris pas mal de choses, il a oublié de lui apprendre ce qu'est une société de droit et la signification d'une charte de droits et libertés. Son dernier billet en est la preuve ostentatoire.

Le vivre-ensemble, cher Boucar, n'est pas de faire de compromis d'une part ou d'une autre sur nos libertés et droits fondamentaux, mais plutôt le respect de ces derniers qu'on soit d'accord ou pas sur comment on les exerce.

Par ailleurs, M. Diouf illustre l'enjeu entourant le multiculturalisme en le comparant à une « compétition d'Aïkido » où chacun essaie de tordre le bras de l'autre en utilisant sa force contre lui. Mais quelle idée tordue!

Cher Boucar, ne vous prononcez pas sur des sujets que vous ne comprenez pas, s'il vous plait. Votre analogie démontre clairement que vous n'avez aucune idée de ce que c'est, l'Aïkido! (Oui, je suis un maître d'Aïkido et je sais de quoi je parle.)

Les mots « compétition » et « Aïkido » sont antonymes. Ce dernier signifie littéralement ''la voie d'être en harmonie avec l'énergie''. L'Aïkido sert à concilier deux forces opposantes afin de les rendre une seule, encore plus puissante. En d'autres mots, il favorise le vivre-ensemble entre adversaires, les personnes aux opinions différentes, de cultures différentes... et non pas la victoire de l'un contre l'autre. La seule victoire que l'Aïkido rapporte est celle sur soi-même.

Alors oui, le multiculturalisme est comparable à l'Aïkido, mais pas en tant que compétition, mais en tant qu'outil de conciliation afin de faire de notre diversité notre force et non pas notre faiblesse.

Votre billet flatte dans le sens du poil tous ces nationalistes identitaires qui veulent assimiler "l'autre" au détriment du respect de leurs droits et libertés.

Votre billet flatte dans le sens du poil tous ces nationalistes identitaires qui veulent assimiler "l'autre" au détriment du respect de leurs droits et libertés.

Oui, parler de la réduction des seuils d'immigration ne doit pas être taxé automatiquement d'intolérance et/ou de xénophobie, pour ça je suis d'accord avec vous. Sauf que quand on associe un tel discours à un qui considère tous ceux qui ne pensent pas comme ''nous-autres'' comme des citoyens de second degré, ou qui met en doute leurs valeurs ou leur culture, c'est là où ce discours devient anti-immigration et limite xénophobe.

Vivre comme les Romains ne veut pas dire adopter leurs valeurs, culture, traditions ou coutumes. Ça veut dire respecter leurs lois, point! Si pour vous cher Boucar, vivre comme les Romains signifie adopter leur mode de vie, leur culture, fine, tant mieux si vous êtes content, mais cela ne veut pas dire que c'est la seule et/ou la bonne voie d'intégration. L'important est qu'on soit libre dans le choix de notre voie d'intégration sinon cette dernière sera plutôt une assimilation comme on a fait aux autochtones une autre fois.

Et oui, je le vois venir: « Mais si on va dans leur pays, on fait comme eux » . Oui, je sais que vous faites comme eux, mais pas parce que c'est leur culture ou coutume, mais ce sont leurs lois qui exigent de faire telle ou telle chose ou de s'habiller ou de se comporter d'une telle manière.

Au-delà du respect des lois d'un pays quelconque, qu'il soit le mien ou non, personne ne peut et ne doit me forcer à faire quoi que ce soit contre mon gré. Si je veux adopter une autre culture, ça doit se faire sur une base uniquement volontaire. La fameuse Révolution tranquille a été qualifiée comme telle, pas parce qu'on a forcé les religieux à se retirer de la sphère politique, mais parce qu'ils l'ont fait eux-mêmes d'une manière volontaire. Alors l'expression « on s'est débarrassé de la religion au Québec » n'est pas très exacte; c'est la société au complet qui s'est entendue à séparer l'état de l'influence politique de la religion, et non pas à « se débarrasser » de cette dernière. D'ailleurs, dans un récent billet sur l'identification religieuse au Québec, on peut clairement constater que la religion est bien présente au Québec :

« [...] pas moins de 74,7% des Québécois s'identifient comme chrétiens catholiques.

À cela s'ajoute 7,5% de la population s'affirmant comme des chrétiens non catholiques (protestants, orthodoxes, etc.).

Seulement 12,1% des Québécois affirment n'avoir aucune affiliation religieuse. »

Finalement, si quelqu'un se sent visé par cette commission sur le racisme et la discrimination systémique, malgré toutes les explications fournies que ce ne sont pas les personnes qui sont visées, mais un système désuet, eh bien... probablement c'est parce que le chapeau le fait quelque part.

Peut-être que tout ça, cher Boucar, vous n'avez pas eu la chance de l'apprendre de votre grand-père, hélas!

Les billets de blogue les plus lus sur le HuffPost