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De la nouvelle misère en milieu étudiant

27/11/2016 08:02 EST | Actualisé 27/11/2016 08:03 EST

Il est un problème véritable qui, depuis 2012, semble avoir disparu complètement de l'espace public ou, plus exactement, qui semble normal pour bien des gens. Ce problème, c'est la pauvreté étudiante souvent balayée sous le tapis grâce à des sophismes aussi aberrants tels que le fameux «on passe tous par là». Pourtant, à bien y regarder il semble que le problème soit un peu plus épineux qu'il ne parait. En effet, il ne s'agit pas simplement de mauvaises conditions de vies, mais bien d'un dressage institutionnel puisque la misère étudiante remplit bel et bien un rôle d'intégration à la société capitaliste. La question est donc de savoir à qui profite la misère étudiante et comment elle le fait.

Les premiers bénéficiaires semblent à priori être les banques parce que la situation de pauvreté des étudiants et des étudiantes les pousse forcément à emprunter. Une clientèle captive est donc générée de cohorte en cohorte. Plus encore, la population étudiante constitue une masse qui n'est pas encore parfaitement dressée par les institutions financières et leur culture particulière. Le fait que la pauvreté les oblige à emprunter leur permet justement de développer certaines habitudes et de les renforcer. C'est pourquoi les banques offrent toutes sortes d'«avantages» aux étudiants et aux étudiantes et qu'elles se présentent avec un discours particulièrement bienveillant et protecteur.

L'insalubrité des logements est un autre problème récurrent. Pour ne prendre qu'un exemple, plus du tiers de la population étudiante de Sherbrooke vit dans un environnement qui l'expose à une qualité de l'air viciée par les moisissures et l'humidité. Or, ces conditions de vie inacceptables ont bel et bien des effets à long terme sur la santé des individus, mais il est également possible de se pencher sur les conséquences sociales de cette exposition à la pauvreté. En effet, vivre sous le seuil de pauvreté dans l'insalubrité ne va pas sans infuser une certaine dose d'envie à l'égard des citoyens et des citoyennes plus riches. Cette envie qui se mue en désir fournit aux étudiants et aux étudiantes une aspiration à mener un train de vie embourgeoisé. En d'autres mots, noyer la jeunesse dans l'enfer de l'indigence est le meilleur moyen de créer, par opposition, le paradis artificiel de la vie de bourgeois.

En plus des troubles de santé physique, il faut également mentionner les psychopathologies. Le niveau de stress et d'anxiété élevé transparaît dans le fait qu'il y a aujourd'hui un nombre inquiétant de jeunes qui consomment de la médication afin de supporter la charge que représente le couple travail-études. Le corollaire de cette pression est un appauvrissement du potentiel critique des étudiants et des étudiantes puisque d'une part, leur temps libre est émietté et que d'autre part, les psychopathologies ont pour effet de déstabiliser les individus en souffrant.

En regard de ce qui précède, il semble tout à fait logique que la misère étudiante puisse être un élément de cohésion du système politique et économique actuel. En mettant au pas les cohortes d'individus qui produisent des connaissances diverses, ce qui est visé c'est ultimement la préservation de l'infrastructure sociale telle qu'elle existe en ce moment même. La chose est d'autant plus insidieuse qu'elle est largement acceptée et presque revendiquée puisque depuis 2012, la jeunesse est souvent méprisée par les gens qui, paradoxalement, sont les premières victimes du système qui les aliène. Sans doute est-ce là d'ailleurs que le problème réside. Si les stéréotypes sur les jeunes cessaient d'être relayés aussi intensément qu'ils le sont actuellement et si une véritable enquête était effectuée sur les conditions de vies de la population étudiante, ne serait-ce pas déjà un pas dans la bonne direction?