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Briser le bipartisme

03/12/2016 11:09 EST | Actualisé 03/12/2016 11:10 EST

Les dernières élections américaines montrent bien en quoi le bipartisme est un problème puisque dans chacun des camps la personne qui a triomphé était celle qui était la moins aimée par l'ensemble de la population. De plus, autant le 45e président des États-Unis que sa rivale ont eu un pourcentage de vote moins élevé que leurs prédécesseurs, à savoir Romney et Obama.

La droite républicaine s'est retrouvée humiliée par le personnage caricatural qu'est Trump et du côté des démocrates, le néolibéralisme et le statuquo ont eu raison du seul candidat véritablement à gauche. Chacun des camps se retrouvant face à un candidat ou une candidate détestable a donc dû se pincer le nez et accepter de se mouiller en votant pour celui ou celle qui représentait le moins pire des choix. Du côté démocrate c'est d'ailleurs ici que le bât blesse puisque justement, leur électorat s'est effondré et a permis à un candidat moins populaire que Romney de remporter la présidentielle. Le dépérissement de la vie politique a donc continué sa progression grâce au bipartisme.

Même s'il serait inadéquat de comparer les situations canadienne ou québécoise à celle des États-Unis, il faut tout de même reconnaître que les germes cette problématique sont également présents ici. En effet, le système bipartite est un peu moins fort puisque certains partis parviennent à faire leur chemin jusque dans l'opposition officielle ou à occuper plusieurs sièges dans l'opposition. Néanmoins, il reste que le pouvoir se joue essentiellement entre deux partis. Or, les vieux partis dont la victoire à la tête de l'État ou dans l'opposition est garantie ou presque ont tendance à s'assoir sur leurs lauriers et à ne pas chercher les innovations qui comportent certains risques. C'est aussi cela, le dépérissement de la vie politique.

En réponse à ce mal qu'est le bipartisme, il existe quelques solutions, mais la première est indéniablement l'adoption d'un nouveau mode de scrutin. En effet, c'est là que se trouve l'espoir de revitalisation puisque changer le mode de scrutin permettrait à plusieurs nouveaux partis de jouer un rôle actif dans la vie politique. En Allemagne, pour ne prendre qu'un exemple, la composition du cabinet Merkel III fait en sorte que trois partis gouvernent conjointement et se partagent les ministères. De même, les gouvernements de coalition ont également permis, par le passé, de faire participer à la gouvernance certains partis plutôt atypiques tels que Die Grünen (les Verts).

Grâce à un nouveau mode de scrutin plus proportionnel, il serait possible d'envisager la fin du bipartisme qui tend actuellement à se gangrener aux États-Unis. À ce sujet, il faut rappeler qu'il est absolument faux que plus de proportionnalité donne l'avantage aux démagogues et aux partis populistes. Au contraire, il semble même que ce soit l'inverse puisque la participation plus élargie des petits partis contribue à diminuer les tensions qui finissent par dégénérer. Donald Trump est justement cette preuve que le bipartisme, loin de jouer un rôle de protection contre la médiocrité politique, lui permet d'exister en se nourrissant de la frustration populaire contre un « establishment » en partie réel et en partie fantasmé.

Il faut donc briser le bipartisme. Plus vite cela se fera, mieux cela sera, car plus l'attente sera longue, plus les démagogues et les populistes gagneront du terrain. Malheureusement, effectuer ce changement salutaire nécessite d'être au pouvoir et les partis qui y arrivent le réussissent très souvent grâce à un mode de scrutin qui les avantage. Par ailleurs, les partis d'opposition qui promettent d'effectuer le changement sont généralement beaucoup plus frileux lorsqu'ils gagnent les élections, l'exemple du PQ est ici très éclairant à ce sujet. Néanmoins, des pistes de solution existent.

Au plan fédéral, il importe de faire pression pour que le PLC respecte ses promesses. En fait, les partis d'opposition devraient en faire leur enjeu principal afin de s'assurer que le sujet soit le plus possible suivi par les médias. Au niveau provincial, la donne est un peu plus compliquée. Cependant, avec le récent changement de cap sur cette question du côté du PQ et avec les positions claires de QS et de la CAQ sur ce sujet, une nouvelle opportunité doit être considérée. Il serait possible de faire un tir groupé contre le PLQ afin qu'il se retrouve dans une position assez inconfortable : défendre un mode de scrutin défaillant et impopulaire ou bien accepter de le changer. Bien sûr, il n'est pas assuré que ces stratégies fonctionnent, mais elles valent bien la peine d'être essayées.

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