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Les Canadiens reçoivent plus d'un million de soins inutiles par année

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Au moins un million d'examens, de traitements et d'interventions inutiles sont effectués dans les milieux de soins de santé chaque année au Canada. Cela signifie que des centaines de milliers de Canadiens sont possiblement exposés à des préjudices en raison de soins inutiles.

Qu'est-ce qu'on entend par des « soins inutiles »?

Un médicament d'ordonnance, un examen diagnostique ou une intervention médicale qui n'améliore pas les résultats du patient et qui ne repose pas sur les meilleures données probantes disponibles, voilà ce que l'on entend par des soins inutiles. L'examen, le traitement ou l'intervention peuvent également comporter des risques et des effets secondaires nuisibles.

Autrement dit, ce sont des soins médicaux qui n'offrent aucune valeur aux patients et qui grèvent lourdement les précieuses ressources de notre système de santé.

Un rapport conjoint récent de l'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS), et de la campagne Choisir avec soin, souligne l'omniprésence des soins inutiles dans l'ensemble du pays, et met en relief des changements clés qui pourraient profiter aux patients et au système de santé.

Alors, de quoi pourrions-nous nous passer, finalement?

Les tests d'imagerie inutiles ont des conséquences

Selon le rapport, environ 30% des patients de l'Ontario et de l'Alberta qui se rendent à l'urgence à la suite d'une blessure légère à la tête passent une tomodensitométrie. Les tomodensitométries utilisent des rayons X puissants. L'exposition à ces rayonnements peut accroître le risque de développer un cancer au cours de la vie. Les données montrent pourtant qu'il existe d'autres bonnes solutions de rechange à la tomodensitométrie pour examiner les blessures à la tête. Les médecins peuvent utiliser notamment une série de questions, appelée règle de décision clinique, pour évaluer la gravité de la blessure et déterminer le besoin d'autres examens diagnostiques.

Les médicaments inutiles ont des effets secondaires

Selon le rapport, on estime qu'une personne âgée sur dix au Canada utilise régulièrement des somnifères, appelés benzodiazépines, et d'autres sédatifs hypnotiques sur une base régulière. Les risques de l'usage à long terme de ces médicaments l'emportent sur les bienfaits, et c'est pourquoi ils ne sont recommandés qu'à court terme. Ces médicaments accroissent le risque de chutes entraînant des blessures et des accidents de voiture des personnes âgées.

Il n'y a pas que les personnes âgées qui prennent des médicaments inutiles et potentiellement préjudiciables. Le rapport révèle une augmentation troublante de 300% de la prescription du puissant antipsychotique, quétiapine, pour l'insomnie chez les enfants et les jeunes au Manitoba, en Saskatchewan et en Colombie-Britannique. Ce médicament n'est pas recommandé pour les enfants et les jeunes et il présente une longue liste d'effets secondaires nuisibles.

Une conclusion importante du rapport à laquelle les Canadiens voudront prêter attention est l'écart considérable entre les régions et les provinces. Un écart signifie des différences majeures dans les pratiques médicales, dont certaines ne sont pas fondées sur des données probantes et peuvent entraîner des effets nuisibles chez les patients.

La réduction des différences améliore la qualité pour tous les patients au pays et peut réduire le gaspillage. Les tests préopératoires en sont un bon exemple. En Ontario, près d'un patient sur trois ayant subi une intervention chirurgicale oculaire a passé un test préopératoire comparativement à un patient sur cinq en Alberta.

La médecine a évolué et il en va de même pour les pratiques médicales. Auparavant, c'était la coutume de faire passer des tests préopératoires avant certaines interventions chirurgicales comme les remplacements de genou ou de hanche ou les chirurgies de la cataracte afin de s'assurer que le patient pouvait subir l'intervention. Ces tests pouvaient inclure des analyses sanguines, un électrocardiogramme et une radiographie pulmonaire. Toutefois, comme les techniques et les technologies chirurgicales ont évolué, la plupart de ces tests préopératoires ne sont plus nécessaires, à moins d'un problème précis.

Malgré l'omniprésence des soins inutiles, la situation n'est pas entièrement sombre. Le rapport fournit également de nombreux exemples des efforts déployés par les fournisseurs de soins de santé afin de mettre en place de meilleures pratiques et protocoles pour réduire le gaspillage qui peut également nuire aux patients.

Un sondage réalisé par Ipsos Reid a révélé qu'un Canadien sur quatre considère avoir personnellement reçu des soins inutiles au cours de la dernière année.

De plus, nous savons que les patients sont conscients du problème. Un sondage réalisé par Ipsos Reid a révélé qu'un Canadien sur quatre considère avoir personnellement reçu des soins inutiles au cours de la dernière année. Quelque 67% des Canadiens sondés estiment que la demande du patient est également responsable des soins inutiles, et non seulement la décision du fournisseur de soins. Près de la moitié (42%) des Canadiens sondés ont affirmé s'attendre à ce qu'on leur prescrive un test ou un médicament lorsqu'ils consultent un médecin.

Cependant, la grande majorité (92%) des Canadiens sondés ont également déclaré avoir besoin de plus d'information pour les aider à prendre des décisions et à poser les bonnes questions relatives à leurs soins.

Que devraient donc faire les patients?

Choisir avec soin, une campagne nationale dirigée par des médecins, suggère quatre questions clés qu'un patient peut poser à son fournisseur de soins pour l'aider à engager le dialogue sur les soins inutiles: Ai-je vraiment besoin de cet examen, de ce traitement ou de cette intervention? Quels en sont les côtés négatifs? Y a-t-il des options plus simples et plus sécuritaires? Que se passera-t-il si je ne fais rien?

En collaboration avec les fournisseurs de soins de santé, les Canadiens peuvent aider à réduire les soins inutiles en posant des questions et en engageant le dialogue sur les situations où plus n'est pas toujours mieux.

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