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La guerre contre la Syrie et le nouvel ordre au Moyen-Orient

15/02/2015 08:40 EST | Actualisé 17/04/2015 05:12 EDT

On ne me fouettera jamais pour avoir écrit ce texte. Raif Badawi, lui, a été condamné à 1000 coups de fouet et 10 ans prison pour avoir blogué.

Tout d'abord, il faut comprendre que les politiques néolibérales prônées depuis l'arrivée de Bachar al-Assad en 2000 étaient plutôt axées sur le marché. Marquées par le manque de transparence et l'inefficacité, elles n'ont donc pas tenu compte du volet social et de la répartition équitable de la richesse.

En mars 2011, la vague de contestations du « printemps arabe » touche quelques localités syriennes. Le conflit politique, opposant le régime Al-Assad aux militants islamistes téléguidés de l'étranger, s'est dégénéré en une guerre contre la souveraineté syrienne, faisant près de 200 000 morts, selon l'Observatoire (opposant) syrien des droits de l'Homme, en plus des 6,5 millions de déplacés (qui ont trouvé refuge dans les zones loyalistes), 2 millions de réfugiés et 200 000 morts (chiffres contestés, car non vérifiés ni authentifiés par une source officielle).

Les conséquences du conflit armé ont vigoureusement influencé l'économie syrienne, délimitant la prédisposition du gouvernement syrien de faire face à la crise économico-sociale. Sans compter les sanctions internationales qui ont freiné les investissements, et les échanges internationaux.

De plus, la grande majorité des infrastructures du pays, publiques et privées, a subi des préjudices physiques freinant ainsi l'activité sociale. Le capital humain, l'un des facteurs primordiaux à la croissance économique d'un pays, est alors grandement compromis dans le cas syrien, sans compter la fermeture de près de 3000 écoles en plus des 683 établissements scolaires servant d'abris pour les millions de personnes déplacées à l'intérieur du pays.

D'ailleurs, le manque de médecins et de personnel de santé exacerbe les difficultés sanitaires et aggrave la situation médicale des Syriens. L'essor de l'économie étant directement affecté par le développement humain, la chute de ce dernier joue un rôle clé dans l'évaluation de l'état actuel des faits et des perspectives d'avenir de l'économie syrienne.

Les perspectives d'avenir?

Par ailleurs, le volet politique subit lui aussi des changements structurels. La division importante entre les pros et les anti-régime syrien règne dans la conscience des individus et des acteurs internationaux freinant les possibilités de négociation d'un traité de paix (Laub 2013).

De plus, des groupes infiltrés tels Al-Qaeda et son affilié Jabhat-al-Nusra, ou l'État islamique par la suite, sèment la propagande, la haine et les meurtres confessionnels dans le pays, causant ainsi une vague d'incertitude par rapport à l'avenir politique du pays. D'ailleurs, l'activité croissante de ces derniers dans les zones loyalistes ont précipité la création des comités de défense et les attaques contre les lieux chiites font entrer le Hezbollah dans la joute syrienne.

Au même moment, on constate l'infiltration accrue des armes via la Turquie et la Jordanie, avec la bénédiction américaine et le financement de l'Arabie Saoudite et du Qatar aux zones sous l'emprise des rebelles. Face à ce plan de destruction de la Syrie, les alliés de cette dernière, c'est-à-dire l'Iran et la Russie, appuient le régime syrien (Schmitt, Chivres 2013).

D'autre part, la fragmentation interne au sein du camp des rebelles, composés essentiellement de groupes Islamistes extrémistes, éteint la possibilité d'unification et donc, d'une victoire. En contrepartie, l'Armée du régime a suffisamment de moyens pour continuer la défense des populations et l'éradication des cellules terroristes grâce à la hausse du budget alloué au service militaire. Toutefois, la perpétuité de ceci est incertaine étant donné l'économie est boiteuse.

Ceci étant dit, un discours de paix n'est pas envisageable par les insurgés sans la démission du président élu, chose que les loyalistes refusent catégoriquement. Si la situation conflictuelle continue sur la même lignée, le débordement du conflit dans la région est imminent, surtout dans les pays frontaliers servant de refuge à des milliers de Syriens. D'ailleurs, ceci est déjà le cas pour l'Irak, où certains qualifient le conflit syrien de « guerre de proxy », incitant plusieurs groupes contestataires à appuyer l'un des partis pris en Syrie (Nakhoul 2013).

Les acteurs internationaux y sont également impliqués, qu'il soit en imposant des sanctions ou en dotant d'armes un camp ou l'autre, ce qui contribue grandement à la division au sein du pays. Cette division est d'autant idéologique que géographique ou certaines parties du pays sont sous l'emprise des rebelles dit modérés, des groupes terroristes violents ou de l'Armée nationale syrienne. Ceci met en mal la possibilité d'une Syrie unie, sur le plan politique, et où le spectre de répartition du pays n'est pas qu'un mirage.

N'est ce pas ça le nouvel ordre du Moyen-Orient et le redécoupage des frontières comme l'a si bien tracé Robin Wright?

Déjà en 1982, la revue de l'Organisation sioniste mondiale Kivunim publiait sous le titre « Une stratégie pour Israël dans la décennie 1980 », un journaliste israélien exposait comment Israël devait favoriser l'éclatement des pays arabes sur des bases confessionnelles ou ethniques.

Robin Wright n'est donc pas la seule à avoir planifié et tracé cet éclatement. Un imminent retraité de l'armée américaine, Ralph Peters, l'a ainsi avoué lors de meeting du Project for the New American Century, un groupe de réflexion néoconservateur et pro-israélien présidé par William Kristol, dont l'objectif est la promotion de la domination mondiale américaine.

Dans sa livraison de juin 2006, la revue militaire états-unienne Armed Forces Journal, publie un article, signé par le lieutenant-colonel de réserve Ralph Peters, dont le titre est évocateur : How a Better Middle East Would Look (« Comment améliorer le Moyen-Orient »).

Selon Ralph Peters, un ancien spécialiste du renseignement et membre du think tank néoconservateur Project for the New American Century, les nouvelles frontières « doivent se remodeler en fonction du critère ethnique et confessionnel » et il propose à l'appui de sa thèse une nouveau redécoupage des frontières dont les grandes lignes sont les suivantes : constitution d'un « grand Liban) englobant la côte méditerranéenne de la Syrie jusqu'à la frontière turque ; création d'un État kurde comprenant le nord de l'Irak, le nord-ouest de l'Iran et le sud-est anatolien ; éclatement de l'Irak qui, outre la perte de sa région septentrionale, serait divisé entre un petit État sunnite arabe et un grand État chiite qui annexerait la région saoudienne du Hasa (entre l'émirat de Koweït et la péninsule de Qatar), où les chiites ne sont d'ailleurs pas majoritaires, l'Arabistan (actuel Khouzistan iranien, peuplé d'Arabes... sunnites !) et la zone de Bouchir ; formation d'une grande Jordanie au détriment de l'Arabie saoudite, laquelle perdrait également la région des Villes Saintes de La Mecque et Médine (Etat autonome) et l'Asir (au profit d'un Yémen agrandi). Outre, sa région kurde, l'Iran perdrait le Baloutchistan qui deviendrait indépendant mais récupérerait la région Afghane de Herat. Le Pakistan serait considérablement réduit avec la séparation du Baloutchistan et une extension de l'Afghanistan dans les régions pachtounes.

L'auteur reste prudent sur les nouvelles frontières d'Israël mais on comprend que toute perspective d'un État palestinien est exclue. Les deux grands perdants seraient l'Irak et l'Arabie saoudite, c'est-à-dire deux des plus importants pays arabes. Le monde arabe serait donc morcelé selon des découpages surréalistes qui conduiraient à des querelles et des divisions sans fins.

La nouvelle carte américaine du Proche-Orient, par Charles Saint-Prot (octobre 2006)

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Vive le printemps américain, vive l'hiver des arabes.

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