Vladimir De Thézier

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Pour une République du Québec

Publication: 29/01/2013 10:38

Ce n'est pas un «Québécois de souche» qui m'a convaincu de devenir un indépendantiste, mais un Haïtien né à Port-au-Prince!

Québécois d'ascendance haïtienne né à Montréal, je fus un fédéraliste progressiste toute ma vie, jusqu'au jour où l'Accord de Charlottetown fût proposé en 1992 par le gouvernement conservateur de Brian Mulroney pour convaincre le Québec de ratifier la Constitution du Canada.

Avant le vote, un ami de ma famille, un sociologue haïtien qui enseignait à l'époque au Cégep de Sainte-Foy, m'a expliqué pourquoi les Québécois devaient et allaient voter NON à l'accord. Par la suite, nous avons eu plusieurs longues conversations sur le Québec en tant qu'une des «neuf nations d'Amérique du Nord».

Il fut parmi un nombre inconnu d'intellectuels d'origine haïtienne au Québec qui sont devenus indépendantistes parce qu'ils ont la profonde conviction que c'est aller à l'encontre des idéaux républicains de leurs ancêtres que de s'opposer à la marche du peuple québécois vers son indépendance.

Cet homme a approfondi ma compréhension de la question nationale québécoise, jusqu'au jour où j'ai embrassé le projet de pays du Québec et voté OUI au Référendum de 1995 pour unir les Québécois de toutes origines sous la Constitution d'une République.

La République comme idéal

L'idéal républicain est l'idée que l'objectif d'un État et le sens même de son existence comme de ses décisions doivent être le bien commun.

À travers l'histoire moderne, l'abolition de la monarchie et des privilèges; la laïcité; la séparation des pouvoirs; la souveraineté du peuple; les droits, libertés, responsabilités et devoirs du citoyen; et le renforcement de la participation des citoyens à la prise de décision politique sur un pied d'égalité ont été promues comme devant être les principes fondamentaux de la Constitution d'un État pour assurer le bien commun. Une Constitution garantit la pérennité de l'idéal républicain à travers l'existence d'un peuple libre.

Une République est une forme de gouvernement qui peut être basée sur différents régimes politiques: régime parlementaire, régime présidentiel ou régime mixte de parlementarisme et présidentialisme. C'est donc au peuple de décider du type de régime politique qui lui permettra de mieux exercer sa souveraineté à l'intérieur de leur République.

Toutes les Amériques sont républicaines, sauf ici

La République est aujourd'hui la forme d'État la plus répandue : sur 193 pays, 136 sont des républiques. Le Canada fait partie des exceptions en étant toujours une monarchie constitutionnelle avec un régime parlementaire dont la Constitution est très difficile à amender, ayant pour conséquence d'être un obstacle à une véritable réforme des institutions démocratiques du Québec pour le bien commun.

L'exemple le plus troublant de ce déficit de souveraineté populaire? Comme nous le rappelait l'avocat André Binette, «la démocratie directe exercée par les citoyens dans des référendums» n'existe pas dans le système juridique du Canada. «C'est pour cette raison que les référendums ne peuvent pas être décisionnels en droit canadien et que les législateurs et les tribunaux sont libres d'en interpréter la portée.»

La clé de voûte du projet de pays

Depuis plus de 50 ans, la principale justification avancée par le mouvement indépendantiste québécois est que le Québec est une nation qui se distingue par sa langue et donc mérite son indépendance nationale pour protéger son élément distinctif -- le fait de parler français dans une Amérique du Nord anglophone.

Cependant, comme le déplore le politologue Marc Chevrier, cette revendication légitime n'a jamais été explicitement liée à l'idéal républicain des Patriotes d'une souveraineté populaire, d'une «conjonction des libertés individuelles et collectives au sein d'une communauté qui aspire à s'autogouverner - soit la Constitution d'un peuple libre».

Autrement dit, le but de l'indépendance du Québec ne devrait pas simplement être la protection de la langue française ou une fin en soi, mais la fondation d'une République du Québec dont la Constitution garantit que chaque citoyen détient une part égale de la souveraineté.

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(© 2008, Simon Beaudry / Collectif Identité québécoise. Drapeau Unilys)

Rassurer nos concitoyens d'origines diverses

Au-delà d'une loyauté envers le Canada en tant que terre d'accueil, d'une adhésion au libéralisme multiculturaliste de Trudeau et d'un réflexe de vouloir conserver un statu quo social, politique et économique auquel ils sont accoutumés, il ne faut pas sous-estimer une raison beaucoup plus émotive pour laquelle plusieurs de nos concitoyens d'origines diverses votent stratégiquement pour le Parti libéral du Québec et contre l'indépendance du Québec.

Ils ont très peur que la victoire du OUI lors d'un référendum «chèque-en-blanc» permette aux Québécois d'ascendance canadienne-française et de confession catholique d'établir une «ethnocratie», c'est-à-dire une façade de démocratie libérale cachant des politiques nationalistes-conservatrices de discrimination légale basée sur une «préférence nationale» pour les membres de la majorité ethnique et religieuse par rapport aux membres des minorités, notamment pour l'emploi, le logement et les services publics.

Il faut donc cesser de croire que l'on peut dissiper ces angoisses profondes simplement avec de belles promesses qui sonnent faux ou par le recrutement de quelques hommes et femmes de toutes les couleurs de l'arc-en-ciel pour donner l'apparence d'être inclusif et mieux se défendre contre des accusations d'ethnocentrisme.

La solution, sans être une panacée, est de tenir un référendum, non pas sur une question de souveraineté, mais sur la première Constitution de la République du Québec indépendant -- rédigée après une vaste consultation populaire -- qui définirait le peuple québécois comme incluant la majorité francophone d'origine canadienne-française, la minorité anglophone porteuse de droits historiques, et tous ceux nés ailleurs, mais qui ont choisi de vivre au Québec, et qui sont invités à s'intégrer à la majorité francophone. Ce document fondateur cimenterait ensuite les droits et libertés de la personne ainsi que l'égalité politique de tous les citoyens, quelles que soient leurs origines. Finalement, cette constitution scellerait le devoir du peuple québécois de reconnaître l'existence et l'autonomie des Premières nations autochtones du Québec.

Ayant eu l'audace de prendre ce virage républicain, les historiens diront peut-être que la génération fondatrice du pays ne se souvenait plus que l'indépendance du Québec était impossible, alors elle l'a fait...

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  • Le camp du OUI réuni à Québec lors du lancement de la campagne, le 2 octobre 1995.

  • Jean Chrétien, aux Communes, le 16 octobre 1995. Le premier ministre réagit aux propos de Lucien Bouchard qui avait affirmé que la victoire probable du OUI serait quelque chose de «magique».

  • Dans les rues de Montréal, la veille du scrutin.

  • Jacques Parizeau en campagne, ici à l'Université Laval à Québec, le 25 octobre 1995.

  • Des partisans du NON manifestent leur opinion en associant les drapeaux canadien et québécois.

  • Le 27 octobre 1995, des milliers de Canadiens ont convergé vers Montréal pour «déclarer leur amour» aux Québécois et les encourager à voter NON trois jours plus tard.

  • OUI ou NON?

  • Des Montréalais attendent avant de pouvoir glisser leur bulletin dans l'urne. Le taux de participation a atteint un record, avec 93,5 % des électeurs québécois qui se sont exprimés.

  • Les partisans du OUI y ont cru dur comme fer jusqu'à l'annonce des résultats.

  • Lucien Bouchard n'a pas pu contenir son émotion à l'annonce des résultats.

  • Lucien Bouchard serre dans ses bras son épouse Audrey Best, après l'annonce de la défaite du OUI

  • Le chef libéral Daniel Johnson s'adresse à ses partisans après l'annonce de la victoire du NON.

  • Après l'annonce de la défaite du OUI, Jacques Parizeau prononcera trois phrases qui passeront à la postérité: «Nous sommes battus, c'est vrai! Mais dans le fond par quoi? L'argent et des votes ethniques».

  • Le chef libéral Daniel Johnson célèbre après la courte victoire du NON.

  • Un partisan du OUI, dépité après l'annonce de la victoire du NON.

  • Dans les rues de Montréal, après l'annonce des résultats du référendum.

  • Les partisans du OUI et du NON s'invectivent après l'annonce des résultats du référendum.

  • Les manchettes des journaux anglophones, le 31 octobre 1995

 
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