Vladimir De Thézier

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Pour une nouvelle option nationale (2 de 2)

Publication: 16/04/2012 00:26

Dans mon billet précèdent, j'ai expliqué comment mon expérience avec le parti de gauche Québec solidaire m'a convaincu de la nécessité de faire table rase et de créer un nouveau véhicule pour une coalition arc-en-ciel de souverainistes.

Ce véhicule prendrait la forme d'un parti qui se donnerait comme premier objectif de «revoir le cadre stratégique» de la démarche d'accession à l'indépendance du Québec afin d'en formuler une qui soit plus cohérente, mobilisatrice et efficace.

Voici celle que je propose:

  • Campagne électorale sur l'accession à l'indépendance par des gestes de souveraineté nationale
  • Élection générale
  • Rapatriement à l'État québécois des pouvoirs exécutifs, législatifs et judiciaires détenus par l'État fédéral canadien.
  • Convocation d'une Assemblée constituante républicaine, souverainiste et indépendantiste
  • Rédaction de la première Constitution républicaine du Québec souverain et indépendant
  • Référendum sur l'adoption de cette première Constitution -- article 1 : «Le Québec est un pays, une nation et un État souverain et indépendant»
  • Déclaration d'indépendance dès l'approbation référendaire de la Constitution par la population

La ligne de force est qu'il ne serait donc pas question d'un référendum sur une question de souveraineté, manquant supposément de «clarté», mais bien d'un référendum sur la Constitution de la République du Québec -- qui nous rassurerait sur le rôle de l'État en tant que garant neutre de l'égalité des droits, des libertés et des devoirs du citoyen dans ce nouveau pays -- dont l'adoption se traduirait par une déclaration d'indépendance du Québec.

Cette démarche rompt avec notre tradition de référendums «chèque-en-blanc» -- dont les échecs cimentent le maintien du Québec dans un statu quo humiliant -- par le rapatriement de pouvoirs dès l'élection d'un gouvernement souverainiste majoritaire qui donnerait au Québec une souveraineté informelle que le référendum constitutionnel ne ferait que formaliser.

Pour éviter la fausse impression que ce nouveau parti est un «groupe de pression indépendantiste sur le PQ» ou, pire encore, un simple «terrain de stationnement» dans lequel les membres sont en attente d'un dénouement à l'intérieur du PQ pour y revenir, ce parti serait fermé à une fusion mais resterait toujours ouvert à collaborer avec le PQ et QS si ces derniers acceptaient de s'engager dans une nouvelle démarche souverainiste.

Comme le souhaite l'économiste Pierre Gouin, afin de réunir le maximum d'appui au premier objectif, le programme de ce parti éviterait les prises de position clairement de gauche ou de droite, non essentielles à une victoire électorale, qui pourraient se faire reprocher d'être très «idéalistes» ou trop «brutales» par les commentateurs politiques et seraient donc probablement mal perçues par la population. Un tel programme aurait aussi l'avantage d'être immunisé contre quelconque accusation d'avoir été calqué sur la plateforme du PQ ou de QS.

Cela dit, il ne serait pas question d'une plateforme «coquille vide» qui se limite uniquement à la promotion d'une nouvelle démarche souverainiste. Bien au contraire. Les piliers de la plateforme de ce parti et les thèmes de son plan de communication seraient les trois idées maîtresses suivantes:

1. «République démocratique» : une Constitution du Québec qui établit les fondements d'un gouvernement et d'un régime politique dans lesquels le peuple québécois est souverain;

Depuis plus de 50 ans, la principale justification avancée par le mouvement souverainiste québécois est que le Québec est une nation qui se distingue par sa langue et donc mérite sa souveraineté nationale pour protéger son élément distinctif -- le fait de parler français dans une Amérique du Nord anglophone. Cependant, comme le déplore le politicologue Marc Chevrier, cette revendication légitime n'a jamais été explicitement liée à l'idée plus transcendantale d'une souveraineté populaire, d'une «conjonction des libertés individuelles et collectives au sein d'une communauté qui aspire à s'autogouverner - soit la constitution d'un peuple libre».

En d'autres mots, le but d'une séparation du Canada ne devrait pas simplement être une fin en soi ou la protection de la langue française mais la fondation d'une République du Québec dont la Constitution garantit que chaque citoyen détient une part égale de la souveraineté.

2. «Indépendance politique» : l'aptitude et la capacité d'un Québec souverain à choisir ses dépendances et la source de leur satisfaction;

Bien que les mots «souveraineté» et «indépendance» ont la même définition dans un dictionnaire, il est important de comprendre comment le premier a été galvaudé depuis 45 ans au Québec au point d'être devenu synonyme du concept d'une «souveraineté-association» qui, sans le vouloir, mine psychologiquement la crédibilité du projet de pays en perpétuant le mythe que le Québec a besoin du Canada pour survivre.

Le discours de l'indépendance, toutefois, nous donne la confiance de croire que les Québécois doivent toujours êtres libres d'entrer ou de se sortir de n'importe quelle association politique ou économique -- que ce soit avec le Canada, les États-Unis, le Mexique, l'Europe ou la Chine -- quand leur intérêt national le dicte.

3. «Nationalisme financier» : une stratégie nationale qui permet de libérer durablement l'État québécois de l'emprise des marchés financiers.

Dans un devoir patriotique d'une «grande corvée nationale» pour subvenir aux besoins d'un nouveau pays, nous devrons tous contribuer notre «juste part» à travers une réforme fiscale d'envergure qui redonne des marges de manœuvre au gouvernement du Québec. Mais pour avoir tous les moyens de nos ambitions, nous devrons aussi procèder à une refonte du système financier et bancaire québécois pour endiguer la spéculation et créer une Banque du Québec. Cette banque réellement nationale, dont la mission sera enchâssée dans la Constitution du Québec, aura le pouvoir, sous contrôle démocratique, de financer l'État et les politiques publiques québécoises ainsi que l'activité productive d'une «biodiversité économique».

De plus, une vérification comptable citoyenne du stock de la dette publique du Québec existant nous permettrait de déterminer la dette réelle qu'il faudra rembourser, dans ce cas la Banque du Québec pourrait racheter la dette. Ultimement, un article de la Constitution exigerait que la dette publique future soit exclusivement détenue par nos propres institutions nationales (fonds de pension, portefeuilles de placement bancaires) ou directement par des particuliers (obligations d'épargne). Cela implique également qu'il est nécessaire d'inciter les Québécois à favoriser une culture de l'épargne.

En somme, l'indépendance n'est pas présentée comme un moyen d'imposer un projet de société progressiste ou conservateur aux Québécois mais plutôt comme un moyen de donner à l'État québécois sa pleine capacité de mettre en œuvre le projet de société que le peuple québécois -- et non pas seulement une élite bien-pensante -- désire.

Toutefois, avec un État fort, aux coffres biens garnis, le discours gestionnaire des néolibéraux et néoconservateurs qui nous conditionnent à abandonner tous nos rêves collectifs au nom d'un «réalisme budgétaire» ou, pire encore, au nom d'une conception appauvrie et appauvrissante de la «lucidité» ne pourra plus faire écho...

République démocratique. Indépendance politique. Nationalisme financier.

Finalement, ce parti inscrirait dans ses statuts une clause prévoyant sa dissolution après avoir réalisé l'indépendance du Québec et construit l'État québécois. Cette clause permettrait d'éviter la possibilité que s'institutionnalise un régime de parti dominant à cause d'un attachement à la mythologie du parti-fondateur du pays.

Maintenant imaginez, comme je l'ai fait, qu'un tel programme et discours soit porté par un économiste brillant et communicateur redoutable tel que Jean-Martin Aussant, et vous comprendrez le potentiel singulier que cet homme pourrait avoir dans la redynamisation du mouvement souverainiste québécois.

Cela dit, je me suis rallié derrière le consensus autour de la vision volontariste de M. Aussant d'une plateforme qui propose des «changements profonds dans un Québec souverain», une vision qui incorporait déjà des idées fortes qui me sont chères et à laquelle j'ai pu en greffer quelques autres:

1. Le respect rigoureux des principes du développement durable reconnu comme une des valeurs fondamentales de la nation québécoise et enchâssé dans la Constitution du Québec afin de créer un État vert;

2. La mise sur pied d'un fonds souverain, alimenté par les recettes énergétiques et minières du Québec, qui investira dans des actions et des emprunts d'État étrangers, dans une perspective d'assurer à long terme des sources de revenus pour les Québécois lorsque les ressources non renouvables seront épuisées.

3. La présentation d'un projet d'aménagement et d'un programme de subventions qui favorisera l'établissement des sièges d'organisations internationales dans un seul quartier à Montréal.

Au-delà de frapper l'imaginaire avec l'idée que non seulement le Québec veut être à la table des décisions sur les enjeux de la mondialisation mais que cette table sera au Québec, il est important de retenir ceci au sujet du dernier point: le français est une des langues de travail de plusieurs organisations internationales. La présence de plusieurs francophones provenant des quatre coins du monde élèverait le statut social de cette langue à Montréal.

Comme l'écrivait une membre de la première heure, Évelyne Beaudin, au début de la gestation de ce nouveau parti:

La différence entre Option nationale et les autres partis indépendantistes est la suivante : plutôt que d'amener les Québécois du point A, où ils sont, au point B, qui correspond à l'indépendance, le parti vise à les amener au point C, un Québec à l'avant-garde qui servira de modèle aux autres pays du monde dans plusieurs domaines.

Et comme le rappelait l'artiste et chroniqueur Nic Payne quelques jours avant le congrès de fondation:

on peut donner du pouvoir à une idée, on peut même la mettre au pouvoir, avant de le prendre ou sans le prendre soi-même. Dans l'immédiat, le rôle que peut jouer Option nationale est, au minimum, de donner du sens et de l'oxygène à l'indépendantisme, qui depuis plusieurs années est travesti par le Parti québécois, qui en fait plutôt une affaire ambiguë de gouvernance provinciale, de discours sans conséquence et d'éventuels tiraillements déprimants avec Ottawa.

En effet.

Il nous faut un chef qui incarne un changement de génération, un nouveau parti avec une plateforme visionnaire qui ne traîne pas le boulet de ses erreurs passées, et un discours qui redonne à l'idée de pays ses lettres de noblesse.

Ce chef est Jean-Martin Aussant. Ce parti est Option nationale. Et ce discours, chaque patriote-citoyen a le devoir de s'en faire l'humble porte-parole.