Vladimir De Thézier

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Pour une nouvelle option nationale (1 de 2)

Publication: 14/04/2012 10:16

Avec l'éclatement prévisible de la bulle caquiste et l'embellie péquiste inattendue dans les sondages, certains d'entre vous se questionnent sur l'avenir du nouveau parti Option nationale.

Est-ce que Jean-Martin Aussant, le député nationaliste de Nicolet-Yamaska, devrait poursuivre son projet d'enrichir l'offre démocratique aux électeurs québécois avec une nouvelle formation souverainiste, qui se démarque du Parti québécois et de Québec solidaire par sa volonté ferme et son message clair?

Avant de répondre à cette question, j'aimerais expliquer les raisons qui m'ont amené à participer à l'organisation de ce parti, depuis l'invitation de l'artiste Catherine Dorion à rencontrer M. Aussant en août 2011 jusqu'au congrès de fondation d'Option nationale le 25 février 2012.

Étant donné que je faisais partie de ceux qu'on a baptisé «les orphelins de Bouchard», j'étais un de ces nombreux souverainistes démobilisés par la mise en veilleuse du projet de pays par le Parti québécois après le référendum de 1995 mais aussi déçus par «le virage à droite des élites québécoises».

C'était donc dans un désir de «combattre la peur de l'indépendance par la justice sociale» que je me suis joint au mariage de l'Union des Forces progressistes d'Amir Khadir et de l'Option citoyenne de Françoise David, qui donnera naissance à Québec solidaire au début de l'année 2006.

Toutefois, j'ai été éventuellement désillusionné par les multiples tergiversations de ce parti sur la question nationale due à la présence d'une «aile fédéraliste au sein de Québec solidaire».

L'existence de cette aile fédéraliste explique pourquoi même quand le parti s'est prononcé définitivement en faveur de la souveraineté en 2009, les solidaires ont adopté une démarche douteuse qui laisserait le choix à un groupe de citoyens -- souverainistes et fédéralistes --, élus à une assemblée constituante, d'élaborer et rédiger soit la constitution du Québec-province ou, préférablement, du Québec-pays avant de la soumettre à un référendum.

Bien que l'esprit rassembleur de cette démarche soit louable, les risques inhérents dans le contexte provincial que l'on connait en font une mauvaise bonne idée.

Est-ce que l'on doit pour autant considérer Québec solidaire comme un parti pour lequel la souveraineté n'est qu'un «leurre pour attirer les souverainistes progressistes» uniquement parce qu'un de ses deux porte-parole, le député de Mercier, Amir Khadir, n'a aucun regret par rapport à la décimation du Bloc québécois durant les élections fédérales du 2 mai 2011?

Non. Bien que j'aie milité et voté pour le Bloc, je peux comprendre et respecter le point de vue d'une Kathleen Gurrie qui, dans une lettre ouverte à Gilles Duceppe, explique avec déchirement pourquoi elle trouvait nécessaire de «sacrifier» les bloquistes afin de choquer les Québécois et les sortir de leur complaisance, «pour qu'enfin, peut-être, l'on agisse au lieu de parler.»

Cependant, le fait que plusieurs membres de Québec solidaire non seulement se réjouissent du balayage du NPD au Québec mais ont tissé des liens avec ce parti témoigne du conflit d'intérêts au cœur de l' «idéologie solidaire», qui tente une synthèse d'un souverainisme québécois de gauche avec un pan-canadianisme de gauche.

En d'autres mots, les solidaires veulent prendre le «beau risque» de collaborer avec un parti fédéraliste canadien de gauche dans l'espoir qu'il puisse parfaitement concilier le bien commun du Québec avec celui du reste du Canada, mais aussi qu'il respecte le droit du Québec à l'autodétermination et son choix d'accéder à la souveraineté.

La dérive inévitable de cette idéologie entraîne plusieurs solidaires à avouer publiquement qu'ils préféraient vivre dans un Canada de gauche que dans un Québec souverain de droite. Pourtant, ne réalisent-ils pas que nous n'aurions qu'un seul gouvernement de droite à défaire dans un Québec souverain, au lieu de deux?

Cette inconscience est doublement tragique quand on sait que tout parti fédéraliste canadien, qu'il soit de gauche ou de droite, devra toujours mettre les intérêts du Canada au-dessus de ceux du Québec s'il aspire sérieusement à prendre et garder le pouvoir.

Paradoxalement, le parti qui serait capable de surmonter cette exigence et réussirait à réaliser une miraculeuse conciliation, mais aussi à faire en sorte que le Québec adhère à la constitution canadienne, ne ferait que contribuer à perpétuer notre dépendance et notre attachement au «colonialisme doux» du Canada tout en affaiblissant l'attrait du projet de pays avec tout le potentiel «révolutionnaire» que les solidaires lui attribuent.

Toutefois, quand le nouveau chef néo-démocrate, Thomas Mulcair, déclare fièrement que l'appui des Québécois au NPD est un «rempart contre la montée de l'option souverainiste au Québec» dans le but de rassurer le reste du Canada de sa loyauté à l'unité canadienne, c'est la crédibilité de l'idéologie solidaire qui vole en éclat.

Pour le meilleur et pour le pire, la politique est souvent une question de perception, de crédibilité et, ultimement, de confiance.

À tort ou à raison, Québec solidaire est perçu comme étant «trop à gauche» et «pas assez nationaliste» par une masse critique d'électeurs québécois pour espérer un jour former le gouvernement.

Probablement condamné à perpétuité à jouer le rôle de parti d'opposition, Québec solidaire n'est tout simplement pas le véhicule utile pour réaliser la souveraineté du Québec ou même en faire la simple promotion de façon convaincante.

En somme, Québec solidaire n'est pas un «vieux parti» mais il est un nouveau cheval dans la course qui part avec trop de handicaps.

Malgré ce triste constat, je serai toujours le premier à défendre le rôle essentiel d'«empêcheur de penser en rond» que Québec solidaire joue à l'Assemblée nationale et dans une sphère médiatique dominée par des vieux partis et commentateurs larbins, tous épris d'une «pensée unique» conservatrice.

Cela dit, il est quand même remarquable qu'il y a presque un an certains éditorialistes annonçaient «l'ère de la postsouveraineté» qui semblait présager non seulement l'effondrement du Parti libéral du Québec et du Parti québecois, mais aussi un réalignement des débats politiques au Québec strictement sur l'axe gauche-droite, ce qui aurait permis une vraie lutte entre un nouveau parti de droite, la Coalition avenir Québec, et un parti de gauche, Québec solidaire.

C'est donc dans cette période de volatilité politique extrême que je voyais s'entrouvrir une porte pour un nouveau parti souverainiste se positionner comme étant «ni à gauche ni à droite, mais républicain» afin de pointer du doigt l'incapacité autant des partis de droite que de gauche de mener à terme leur projet de société respectif pour le Québec à l'intérieur du régime monarchique canadien...

Dans mon prochain billet, je tracerai les grandes lignes de ce nouveau parti pour refonder le Québec en un pays libre de faire ses propres choix.

 
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