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«L'avortement n'est pas un moyen de contraception»

04/08/2015 10:35 EDT | Actualisé 04/08/2016 05:12 EDT

Je répétais cette phrase à maintes reprises lorsque, du haut de mes seize ans, j'étais mise au courant qu'une fille avait subi un avortement (une fois, deux fois, trois fois). Même si je ne la connaissais pas, je croyais savoir plus que celle-ci pourquoi elle s'était fait avorter.

Ce n'était jamais car le condom avait brisé, parce que la pilule n'avait pas fait effet, parce qu'elle avait un cycle irrégulier ou parce que c'était un accident. C'était toujours parce qu'elle était irresponsable, tête en l'air et qu'elle voyait l'avortement comme un moyen de contraception. Pour preuve, je prenais la pilule et je ne tombais pas enceinte, moi. Mon raisonnement était aussi simple que simpliste.

Parmi toutes les options moins angoissantes et moins culpabilisantes, il semblait évident que la fille choisissait l'avortement de façon délibérée. Se sentir minuscule dans une salle d'attente trop grande pour soi, sans oser regarder les femmes qui se trouvent à ses côtés durant des minutes qui semblent interminables, être gênée, apeurée; y penser chaque année en se disant «Aujourd'hui, il aurait cinq ans. Aujourd'hui, il entrerait au secondaire. Aurait-ce été un garçon ou une fille?» me semblait beaucoup plus facile à prendre comme décision. Être hantée pour les années à venir était la solution gagnante!

En grandissant, j'ai cessé de juger. Quelques années plus tard, j'ai porté la vie à mon tour. Aussi bien être honnête: nous ne savions pas si nous voulions le garder. Pourtant, je prenais la pilule depuis huit ans. Ça ne devait pas arriver. Cependant, c'est arrivé. Il était là, bien accroché. Contrairement à avant, je ne me contentais plus de ne pas juger les choix des autres, je comprenais ce que ça impliquait.

Nous avons failli prendre rendez-vous. J'allais possiblement me faire avorter. Déjà, les remords et les regrets apparaissaient à la surface de l'eau. Je devais retenir mes larmes lorsqu'en entrant dans le métro je voyais le pictogramme incitant les usagers à céder leur siège aux femmes enceintes. Je croisais des femmes enceintes et je me sentais mal. J'étais ravagée par une tristesse sans nom. C'était tout sauf une décision facile. C'était tout, sauf irresponsable. Si nous n'étions pas prêts, c'était la meilleure décision à prendre.

Ça a probablement été l'un des moments les plus difficiles que j'aie eu à vivre malgré mes maigres années d'expérience. Nous avons finalement fait le choix de le garder; nous avons décidé que nous étions prêts (même si personne ne l'est jamais réellement). Néanmoins, je n'ose imaginer comment je me serais sentie si je m'étais fait avorter. La dernière chose que je me serais dite aurait été: «Quel moyen de contraception génial! Je le note!» Sortez-vous ça de la tête; aucune fille ne se dit ça.

La pilule abortive fera probablement son entrée en sol canadien prochainement. Je lis déjà beaucoup de commentaires abondant dans le sens du titre de mon billet. Les «les filles vont voir ça comme une méthode de contraception!» fusent de toute part. Est-ce vrai que cela rendra la chose moins pénible? Probablement. Est-ce vrai que cela rendra la chose facile? Probablement pas.

Qu'on subisse un «vrai» avortement ou qu'on avale une pilule conduit au même résultat: évacuer un fœtus, et rien n'est aisé à ce propos. Rien.

Je dis «tant mieux» si ça peut éviter à plusieurs femmes des délais d'attente qui semblent parfois insurmontables (obtenir un rendez-vous peut prendre des semaines). Je dis «tant mieux» si ça peut permettre à certaines femmes de ne pas vivre avec une peine engendrée par un ventre qui s'arrondit malgré elles. Tant mieux, pour toutes ces femmes vivant dans des régions éloignées où l'accès à l'avortement est très limité. Tant mieux, si les séquelles psychologiques peuvent être moindres.

Tant mieux pour la femme, point. Elle seule sait ce qui est bien pour elle.

Pas toi, pas moi, pas les autres; seulement elle.

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