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Aujourd'hui, je suis déçue

31/03/2015 09:05 EDT | Actualisé 31/05/2015 05:12 EDT

Aujourd'hui, je suis déçue. Par tous les adultes m'ayant appris à me tenir debout et qui aujourd'hui tentent de nous faire tomber à genoux. Par tous ces modèles de qui j'ai puisé une force de caractère inébranlable qui tentent aujourd'hui de nous faire plier. Par tous ces gens qui étaient les premiers à distribuer des tracts, à lever des cours et à organiser des manifestations il y a vingt ans. «Je me souviens... que j'ai la mémoire courte.»

Je suis déçue par tous ceux qui y ont cru un jour, par tous ceux s'étant donné le droit d'y croire, et qui essaient aujourd'hui de nous enlever ce droit sous prétexte qu'ils n'y croient plus ou ont « compris des choses ». Je suis déçue par tous ceux qui ne rêvent plus, par ceux qui tuent l'espoir à grands coups de commentaires haineux. Je suis déçue par tous ceux cautionnant l'usage de la violence à l'égard des manifestants ; par tous ceux qui osent reprendre le slogan «Je suis», visant initialement à promouvoir la liberté d'expression, contre la liberté d'expression.

Je suis déçue de lire, de voir et d'entendre toute la hargne lancée sur le dos des militants portant déjà sur leurs épaules un poids énorme : celui de réveiller une population endormie. Je suis déçue de constater qu'à défaut de partager leurs idées et leurs opinions, vous soyez plusieurs à cautionner les gestes policiers odieux et déplacés à leur égard. Je suis déçue de lire que vous en redemandez, que vous applaudissez, que vous jouissez.

Je suis déçue par tous les policiers attaquant des contestataires luttant contre la même chose que le slogan inscrit sur leurs jambières ; déçue par ceux croyant que les changements s'effectuent un épisode de Yamaska à la fois.

Je suis déçue par tous ceux disant que les manifestants ne devraient pas prendre les rues en otage, se foutant bien d'être otages et esclaves d'un parti corrompu ; d'un gouvernement s'étant bien gardé de dévoiler son itinéraire à la population. Je suis déçue par votre incompréhension ; celle qui comprend que des centaines de policiers larguent des bombes lacrymogènes et du poivre de Cayenne sur des gens n'étant armés que de pancartes, de banderoles et de paroles.

Je suis déçue par les montages photos et vidéos, par les grands titres que les gens lisent sans se demander s'il n'y a pas désinformation. Je suis déçue par la suffisance avec laquelle trop de personnes transforment volontairement les victimes en coupables, en accusés.

Sur une note un peu plus gaie, je dois dire que je suis émue par tous les résistants et toutes les résistantes, par tous ceux et celles ayant à cœur de faire du Québec de demain un endroit où il fera mieux vivre qu'aujourd'hui et hier. Par tous ceux et celles ayant le courage de leurs convictions, même si ça implique des frictions certaines avec leur famille et parfois même leurs amis (c'est que c'est difficile de se tenir debout devant ses parents!). Je suis émue par tous ceux et celles unissant leur voix pour cesser de faire fausser celle du gouvernement.

Paradoxalement, je suis aussi émue d'être la fille de mes parents. Vous avez changé d'idée depuis bien longtemps. Vous n'êtes pas d'accord avec ce qui se passe en ce moment. Aujourd'hui, vous dites que les parents devraient mieux éduquer leurs enfants, que cela éviterait des rassemblements monstres comme ceux ayant eu lieu et ceux à venir ; mais je fais partie de cette foule maintenant.

Pourquoi ? Car bien avant que vous ne changiez d'idée, vous avez appris à vos enfants à se battre pour ce qu'ils croyaient juste et ça, c'est la meilleure des éducations.

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