L'ensemble du débat sur le déclin ou sur les progrès du français revient à un seul élément : le multilinguisme. Sans verser dans la caricature, ceux qui voit un déclin assument que le multilinguisme ne crée aucune distorsion des statistiques. Ceux qui voient un progrès estiment que le multilinguisme des immigrants brouille les statistiques.
Un immigrant qui arrive à Montréal et dont la langue maternelle n'est pas l'une des deux langues officielles, n'abandonnera probablement pas celle-ci puisqu'il est normal qu'il cherche à conserver certains éléments de sa culture d'origine. Ainsi, le test ultime de leur intégration à la société québécoise consiste à savoir s'ils apprennent les deux langues officielles pour s'intégrer économiquement et socialement à la société québécoise. Quelle est l'importance de cette réalité pour les statistiques?
Que disent vraiment les données?
Selon le tableau 4 de « Caractéristiques linguistiques des Canadiens », le français comme langue la « plus souvent parlée » à la maison est passée de 81,8% à 81,2% entre 2006 et 2011. C'est ce chiffre qui est mis de l'avant par ceux qui parlent d'un déclin de la langue française. Cependant, quand on regarde la note en dessous de ce tableau, on peut remarquer que « les réponses multiples à la question 'la langue parlée la plus souvent à la maison' ont été réparties à parts égales entre les groupes linguistiques ».
Par exemple, si vous parlez le français, l'anglais et l'italien de manière équivalente dans votre maison, on vous divisait en trois. Lorsqu'on compare avec le tableau 2 de « Le français et la francophonie au Canada » publiée conjointement par Statistiques Canada, on voit que cette petite note en bas de page ceci cause un écart important dans le nombre de personne ayant déclarés utilisé le plus souvent le français (6 146 595 personnes contre 6 085 150 - soit un écart de 61,445 personnes en 2006 et un écart de 105 575 en 2011). Ainsi, le 81,2% claironné par certains est en fait de 82,52% en 2011 et était de 82,66% en 2006 - un déclin bien moins frappant pour l'imagination.
Il faut aussi considérer que les immigrants allophones, qui selon la figure 2 de « Caractéristiques linguistiques des Canadiens », parlent de plus en plus le français à la maison soit de manière « régulière » ou « le plus souvent » alors que l'anglais décline légèrement depuis 2001. Ainsi, lorsque les défenseurs de la thèse du déclin citent le passage de 81,8% à 82,8%, ils regardent seulement ceux qui parlent « le plus souvent » le français et n'additionnent pas ceux qui parlent « régulièrement le français ». En tenant compte de cette réalité liée au multilinguisme croissant des allophones, on voit un progrès de 0,1 points entre 2006 et 2011 (de 86,9% à 87%).
En se concentrant sur la région métropolitaine de Montréal, on confirme vraiment comment le multilinguisme crée des distorsions dans les données qui doivent être corrigées. Selon les données de Statistiques Canada, il y a sept combinaisons de langues possibles : français uniquement, anglais uniquement, autre uniquement, français et anglais, français et autre, anglais et autre et autres combinaisons.
Entre 2006 et 2011, pour la région métropolitaine de Montréal, « anglais seulement » a diminué et « autre uniquement ». La catégorie « français uniquement » a diminué aussi - de plus de 3 points. Toutefois, « français et autre » a augmenté de 2 points, ce qui est plus rapide que « anglais et autre » et « français et anglais » a augmenté de manière important. Toutefois, « autre combinaisons » (qui inclut le trilinguisme) a augmenté légèrement. Et c'est ici qu'une autre erreur pour être retrouvée. Selon Statistiques Canada, « plus de 80 % de cette catégorie est constituée des situations de trilinguisme incluant le français, l'anglais et une autre langue. » Dans la région métropolitaine de Montréal, on parle quand même de plus de 100,000 personnes en 2011, assez significatif vous admettrez.
Si on ajoute « français uniquement », « français et autre », « français et anglais » et 80% de « autre combinaisons », on remarque que le français était présent dans 77.12% des ménages en 2006 contre 77.18% en 2011, ce qui est inférieur au 77.92% de 2001, mais difficilement un « déclin » tragique considérant le changement de la composition démographique de la région de Montréal. En somme, tout ce qui se passe c'est que les ménages montréalais mélangent agréablement les langues dont le français et l'anglais.
Et pourquoi donc?
Il est très clair que le français n'est pas en déclin, mais plutôt que chez les immigrants il se mélange couramment avec les langues maternelles de ces derniers ainsi que l'anglais. Considérant que la connaissance d'une langue est un capital humain d'une grande valeur pour le revenu des individus, il ne faut pas s'étonner que les immigrants cherchent à en apprendre le plus possible. En fait, la connaissance d'une langue additionnelle amplifie les effets sur le revenu des niveaux d'éducations formels atteints par les immigrants. Comme je l'ai déjà dit ici sur le Huffington Post, c'est par la voie de l'économie (et l'appât des gains) que l'intégration des immigrants se fait le plus efficacement. Et on le voit très clairement dans les chiffres sur le français!
En niant la réalité du multilinguisme, on ignore le principal chemin de l'intégration des immigrants via l'amélioration des conditions de vie. En niant cette réalité, les défenseurs de la thèse du déclin du français ignorent les véritables politiques publiques susceptibles d'inciter à l'intégration accrue de ces derniers.
Le PQ veut promouvoir une culture en détruisant celle des autres.
Pour ce qui concerne les individus, ils ne sont probablement pas d'accord avec vous dans le ROC où le bilinguisme ne gagne pas de terrain et en perd même chez les plus jeunes.
Québec, est-il bilingue de facto ?
Je ne savais pas que NB était bilingue.
Merci pour l'explication.
La question est celle du transfert "culturel"... la seconde génération, celle qui sera allé à l'école primaire et secondaire en Français, elle s'identifiera comment... Francophone ou Anglophone ... Elle ira au Cinéma en Français ou en Anglais, elle écoutera de la musique en Français ou TOUJOURS en Anglais... au resto, elle commandera en Français ou en Anglais. Même si elle connait le Français, elle parlera quelle langue avec les amis... ou dans la cour d'école.
Pour parler simplement, la deuxième génération est-ce que ce sera des Francophones multilingues ou des Anglophonnes multilingues.. Parce que...quand on sera rendu avec une majorité d'Anglophones bilingues ou multilingues... on sera prêt à "domper" le Français.
Voilà , tout est dit, et bien dit (avec clareté et aucun irrespect).
«Pour parler simplement, la deuxième génération est-ce que ce sera des Francophones multilingues ou des Anglophonnes multilingues.»
Une formule excellente qui résume très bien la question.
Ma langue maternelle est l'espagnol mais je tourjour détestais écouter des films traduits à l'espagnol. Ça veut dire que je déteste ma langue ? Non. Juste un petit commentaire par rapport a votre exemple.
J'aime le Québec et Montréal. Depuis que j'habite ici j'ai pu rendre compte que d'être québécois, ça c'est plus que de parler français. On a une richesse que pas beaucoup des endroits ont le plaisir d'avoir.
Si ma mémoire est bonne, la Loi 101 a été adoptée pour éviter que les immigrants continuent à s'assimiler massivement à l'anglais, ce qu'ils faisaient non pas parce que les québécois ne parlaient pas leur langue de manière attrayante (comme certains esprits tordus se plaisent à l'évoquer), mais tout simplement parce que cela leur était permis et que cela leur semblait le choix le plus conforme à leurs intérêts, dans un contexte nord américain où l'anglais est la langue de tous sauf du Québec. Donc sans la Loi 101, la situation serait encore pire qu'elle l'est actuellement.
De plus, le problème n'est pas avec le fait que notre gouvernemaman collecte approximativement 75 milliards en impôts et taxes, mais le fait qu'une toute petite partie est retournée en services et supports efficaces.
Aussi, je rejette l'idée (assez répugnante, à mon avis) que l'on doive apprendre « les deux langues officielles » afin de s'intégrer à la société québécoise. À ce que je sache, le Québec possède une seule langue officielle et ce n'est qu'à Montréal où on demande aux nouveaux arrivants, à tort et très injustement à mon avis, d'apprendre non seulement une langue mais DEUX avant d'être employables. D'où l'importance de la francisation des milieux de travail. Ce n'est pas juste de demander à un nouvel arrivant qui ne parle ni l'anglais ni le français d'en apprendre les deux pour qu'il puisse travailler, ne serait-ce que chez St-Hubert ou comme laveur de carreaux. C'est ridicule et c'est une démonstration du manque de colonne vertébrale chez trop de Québécois que cela soit toujours le cas en 2012.
Nul ne met en doute que nous vivons en Amérique du Nord, mais combien de Québécois, même bilingues, se voient contraints à communiquer avec un seul des ces 300 millions d'anglophones à l'extérieur du Québec au jour le jour? Pas beaucoup, comparativement à ceux qui n'en ont pas besoin.
En vérité, ce « besoin » urgent pour tous les Québécois d'être bilingues n'est qu'une fiction. 40 % des Québécois le sont déjà , une proportion bien plus importante que celle d'avant la promulgation de la Charte de la langue française. Les démarches vers la primauté du français ont augmenté le taux de bilinguisme et de trilinguisme au Québec, pas le contraire.
La souveraineté ne coupe pas le Québec de l'universel. Au contraire, elle l'y lance à 200 km/h ! Elle donne une voix aux Québécois là où actuellement ils n'en ont pas.
Alors si tu veux te contenter de cette espèce de sous-citoyenneté que tu possèdes actuellement, vas-y. Personnellement, je préfère viser plus haut et partager la réalité québécoise avec le monde.
http://www.oqlf.gouv.qc.ca/ressources/bibliotheque/ouvrages/amenagement_hs/ral01_Charte_Paille_VF_1.pdf
En plus, les indicateurs linguistiques du MELS indiquent que la majorité des enfants d'immigrants ont passé l'ensemble de leur vie scolaire à l'école en français avant le CÉGEP et que 68% de ceux qui ont été à l'école secondaire en français vont au cégep en français et que la proportion est croissante depuis les années 1990.
http://www.blogues.ulaval.ca/simon-langlois/la-langue-francaise-et-les-etudes-postsecondaires-au-quebec/
Si on suppose que la langue du cégep détermine la langue d'usage future (ce qui est présomptueux, mais c'est juste pour l'exemple), et que 100% des enfants d'immigrants sont allés au secondaire en français (ce qui est beaucoup surrévalué) il faudrait que 80% de ceux-ci aillent au cégep en français simplement pour avoir un effet neutre sur la proportion de francophones au Québec. Dans ce modèle, à 68% seulement qui font leur cégep en français, et même si cette proportion croît depuis 1990, c'est l'anglais qui avance d'années en années.
On parle quotidiennement ( donc chaque jour) 3 langues a la maison, et en fait, je dirais que cela fait qu'on est m? plus conversant dans les trois!
Le futur du Qc en est un qui est multilingue avec dominance du francais.
Ce qui se degage surtout du recensement est comment le reste du cda (Roc) et le Quebec ?luent en s'?ignant de plus en plus!
Les statistiques sont toujours claires, pour un esprit clair, il faut simplement s'assurer de ne pas leur faire dire ce qu'elle ne disent pas.
Si une même famille théorique parlait français à plus de 50% du temps en 2001, et à moins de 50% du temps en 2011, on pourrait dire sans se tromper que le français a "reculé" dans cette famille. Je trouve qu'affirmer cela est assez prudent et ne comporte aucune ambrouilles. Pourquoi ça serait différent si on parle du Québec ou de Montréal en entier?
Aussi, je n'ai vu personne prétendre ou insinuer qu'il était illégitime et problématique de parler sa langue d'origine à la maison, quelle qu'elle soit. Au contraire, c'est tout à fait légitime et aucune mesure du gouvernement actuel ne s'attaque à ce droit bien normal et légitime de parler comme on veut à la maison.
Que disent vraiment les données, vous n'en avez pas la moindre idée !
Canadiens semblent avoir été moins portés que lors des recensements antérieurs à déclarer une langue
autre que le français ou l'anglais comme seule langue maternelle, et plus enclins à déclarer plus d'une
langue maternelle et plus d'une langue d'usage à la maison.
Ainsi les données reflétent MIEUX la diversité linguistique des ménages allophones que les recensements précédents et donc la présence du français chez les allophones et anglophones