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L'incohérence des défenseurs de la SAQ

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Selon le vieil adage, on ne peut pas avoir le beurre et l'argent du beurre. Et pourtant, dans les débats sur l'avenir du monopole public qu'est la SAQ, bien des gens essaient de briser cette vieille maxime.

Les défenseurs du monopole public avancent que, si on privatise et qu'on libéralise, les prix vont augmenter. On peut bien adhérer à cette logique. Les défenseurs du monopole invoquent souvent un autre argument lié à la santé publique. Selon eux, un monopole public doit limiter les excès (lire: réduire la consommation excessive) associés à la consommation d'alcool pour des raisons de santé publique. On peut aussi adhérer à cette logique. Cependant, on ne peut pas faire les deux simultanément puisque ces deux affirmations sont en parfaite contradiction.

D'emblée, je dois souligner que je n'adhère à aucune de ces affirmations. Malgré certaines études à données limitées défendant le monopole, la plupart des informations disponibles soulignent que les prix pourraient être plus bas tout comme l'offre pourrait être adaptée aux préférences des consommateurs. Ensuite, si l'alcool impose des coûts sociaux liés à la consommation excessive, il y a aussi des bénéfices dont il faut tenir compte. Il y a quelques années, un de mes amis, l'économiste Edward Stringham, a publié une étude (avec Bethany Peters) dans le Journal of Labor Research quant à l'effet de la consommation d'alcool sur les revenus. Il a remarqué que les consommateurs d'alcool avaient - toutes choses étant égales par ailleurs - des revenus de 10% à 14% supérieurs à ceux des gens qui s'abstiennent de consommer de l'alcool. Il faut ajouter un effet additionnel de 7% pour ceux qui fréquentent, hebdomadairement, des bars et tavernes. Pourquoi? Il s'agit de l'hypothèse de la «lubrification sociale». Lorsqu'on boit, on est moins gêné, on jase davantage et, surtout, on échange des informations importantes.

Dans un article dans Journal of Labor Economics, Jeremy Bray ajoute que ce «capital social» se combine à notre « capital humain » (lire : notre éducation) afin d'amplifier les gains pour les individus. Il y a donc des gains associés à la consommation d'alcool qui sont rarement pris en compte par ceux qui soulignent les coûts de santé de la consommation.

Ceci dit, je vais faire fi de mes doutes pour l'instant d'un moment afin de montrer l'impossibilité de tenir les deux positions simultanément - chose que l'Institut de Recherche et d'Information socio-économiques et Éduc Alcool ont tenté de faire sans réaliser l'incongruité de l'exercice.

Si la libéralisation devait mener à une augmentation des prix, il est impossible que la quantité consommée augmente.

Si la libéralisation devait mener à une augmentation des prix, il est impossible que la quantité consommée augmente. Si les prix montent, la quantité consommée doit - toutes choses étant égales par ailleurs - diminuer. Ainsi, la libéralisation réduirait la consommation d'alcool et servirait donc les objectifs de santé publique. Certes, les prix augmenteraient dans ce scénario, mais l'objectif de santé publique serait mieux servi qu'à l'intérieur du monopole de l'État.

Si la libéralisation devait nuire à la santé publique, c'est parce qu'elle doit encourager la consommation. Pour que la quantité consommée augmente - toutes choses étant égales par ailleurs - il faut que l'offre augmente. Ceci implique une baisse des prix pour les consommateurs. Ainsi, la libéralisation réduit les prix, mais nuit à la santé publique.

Comme on peut bien voir, il faut être d'une incohérence remarquable pour tenter de défendre ces deux positions simultanément. Il s'agit là d'un étrange exercice intellectuel. Après tout, on ne peut avoir le beurre et l'argent du beurre.

* L'auteur tient à souligner qu'il vient d'une famille qui travaille activement dans le monde de la production d'alcool au Québec.

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