Vincent Geloso

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Intégration des immigrants: la vérité oubliée!

Publication: 31/08/2012 09:08

Alors que la campagne électorale tire à sa fin, il faut confesser que le grand enjeu qui l'a dominé n'a été ni la crise étudiante ni la corruption. Le grand enjeu, celui qui a soulevé les passions, c'est celui de l'identité québécoise. Plus particulièrement, la question de l'intégration des nouveaux arrivants à la société québécoise.

Il faut comprendre l'inquiétude de plusieurs nationalistes - qu'ils se nomment Mathieu Bock-Côté, Benard Drainville ou Jean-François Lisée Ce qu'ils craignent, c'est une « balkanisation » linguistique où les allophones ne s'intègrent pas à la société québécoise et que ces derniers évoluent en silos sans jamais s'intégrer. La crainte est justifiée et tout à fait normale.

Toutefois, les faits ne nous indiquent pas qu'il y ait une véritable crise - au contraire. De plus, dans tout ce débat, nous avons oublié que l'intégration des immigrants à la société québécoise - un peu comme aux États-Unis avec le « melting pot » - se fait principalement par la voie de l'économie et non pas un discours nationaliste défensif!

Il y a raison d'être optimiste!


Indépendamment de notre ferveur nationaliste, plusieurs croient qu'il y a une crise du français, c'est-à-dire que le français est en danger au Québec. D'abord, j'ai maintes fois affirmé, statistiques officielles à l'appui, que le français progresse au Québec auprès des immigrants. Après tout, les allophones qui utilisent le français à la maison sont plus nombreux que ceux qui utilisent l'anglais (une première avec 24% contre 21%) et que lorsqu'ils abandonnent leur langue maternelle comme langue d'usage à la maison, les allophones choisissent majoritairement le français.

En plus, la connaissance du français a progressé : en 1991, 68,6% des allophones et 60,7% des anglophones connaissaient le français contre 75,3% et 70,3% en 2006. Au cours de la même période, la connaissance de l'anglais stagnait à 67,5% chez les allophones. Même au travail, le français progresse puisque la proportion d'anglophones qui utilisent le français (principalement ou régulièrement) au travail a augmenté entre les deux derniers recensements disponibles. Quant au CÉGEP, il faut noter qu'une majorité d'allophones (entre 53% et 69% dépendant des indicateurs) choisissent le français comme langue d'enseignement collégial. En plus, 85,4% de tous les jeunes allophones ont été à l'école secondaire en français (une proportion plus que supérieure au poids des Québécois ayant le français pour langue maternelle). Difficile de parler d'une crise du français!

Cette progression du français trouve ses racines dans une observation très simple: le français semble être naturellement la langue de choix pour s'enrichir au Québec. Les études économiques démontrent que depuis les années 1970, ce sont les francophones - toutes choses étant égales par ailleurs - qui ont la croissance la plus rapide des revenus. À l'époque lorsque l'anglais était la langue des affaires au Québec, il était logique que les immigrants veuillent parler l'anglais. Aujourd'hui cependant la langue des affaires est le français, et les chiffres sont à l'appui. Les baby-boomers et leurs préjudices du milieu du 20e siècle ne sont plus d'actualité. À toutes fins pratiques, il n'y a plus d'écart entre francophones bilingues et anglophones bilingues. Les anglophones unilingues font moins que les francophones bilingues et une importante partie de l'écart entre francophones unilingues et anglophones unilingues s'est effacée. Tout ce que ceci veut dire, c'est que la rentabilité du français a augmenté. Le choix le plus profitable pour communiquer et travailler que les immigrants allophones peuvent faire, c'est de choisir de communiquer en français.

La vérité oubliée

Il faut comprendre qu'on ne naît pas avec une identité « québécoise », on la développe en choisissant les éléments qui nous sont les plus importants. Permettez-moi d'y aller d'une anecdote.

Il y a plusieurs années, j'étais stagiaire au Hudson Institute à Washington D.C. et j'ai pu travailler avec le politologue américain John Fonte qui m'a introduit à la question de l'intégration des immigrants. Lui-même un descendant d'un immigrant italien, Fonte m'a fait réaliser que les immigrants américains du 19ème siècle gardaient souvent une composante de leur culture d'origine, mais qu'ils devenaient les plus fervents patriotes lorsqu'ils pouvaient se réaliser comme personnes à l'intérieur de la société américaine. Lorsqu'ils étaient libres de décider selon leurs préférences et leurs désirs, ils se découvraient comme individus et commençaient à se définir comme de fiers américains parce qu'ils appréciaient les progrès personnels qu'ils avaient pu réaliser dans la société de leur choix.

Depuis, mes travaux en histoire économique et en science économique m'ont permis d'élaborer davantage sur cette réalité. Les plus patriotes étaient souvent ceux qui avaient décidé de se décrire comme Américains et cela s'est produit dans une ère où l'État plaçait le moins de barrières possibles dans les possibilités de réalisation personnelle comme le soulignait l'économiste Thomas Sowell.

Et comme de fait, c'est au Québec - l'un des endroits les plus réglementés en Amérique du Nord tant pour la création d'entreprises que pour le marché, sans oublier le plus lourd fardeau fiscal - que l'on retrouve le plus haut taux de pauvreté chez les immigrants au Canada selon une étude du CIRANO. C'est aussi au Québec que l'on trouve le plus haut taux de chômage et le plus bas taux d'emploi chez les immigrants au Canada.

Même si le français est la langue la plus économiquement attrayante au Québec et que les progrès du français sont considérables, il y a encore du chemin à faire pour protéger le français. Toutefois, comme l'histoire économique nous enseigne, c'est par la voie de l'économie qu'on peut créer de vrais « patriotes ». Par conséquent, si les nationalistes qui se campent dans une position défensive veulent vraiment protéger le fait français en Amérique du Nord, ils devront changer de ton. La véritable solution c'est de réduire la portée des tentacules de l'État qui étouffe les possibilités des immigrants de trouver la manière de se forger une place au sein de la société québécoise. C'est ainsi qu'ils pourront fièrement dire qu'ils ont choisi le Québec!

 
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