Vincent Geloso

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M.Legault: Et si Air Transat déclarait faillite?

Publication: 21/02/2012 00:38

En 2007, alors qu'il était simplement le député péquiste de Rousseau et critique du deuxième parti d'opposition en matière de finances publiques, François Legault dénonçait la fusion des Bourses de Montréal et Toronto qui aurait été contre les « intérêts supérieurs » du Québec. Depuis ce temps, le discours du chef de la Coalition pour l'Avenir du Québec n'a pas vraiment évolué : la Caisse de dépôt et placement devrait intervenir plus agressivement selon lui tout comme le gouvernement devrait aider les compagnies québécoises à obtenir des fonds, ce pour quoi il refuse l'élimination des subventions aux entreprises. En gros, du nationalisme économique pur et simple!

Généralement, le nationalisme économique ne fait qu'appauvrir les nations qui adoptent cette pratique. Cependant, face à la sentimentalité d'un tel discours, comment illustrer les méfaits réels de cette approche? Après tout, les statistiques accompagnées de « jargonnage » économique soulèvent rarement les passions! À des fins d'illustration, créons une situation fictive avec laquelle un éventuel gouvernement Legault devrait gérer la faillite d'Air Transat, l'ancienne compagnie de M.Legault.

Fondée par François Legault et deux de ses amis à partir des restes de Quebecair, cette dernière a déclaré des pertes nettes de 12.2 millions de dollars pour 2011 en baisse des 65 millions de revenus nets déclarés en 2010. Imaginons donc pour un instant que la situation de celle-ci se détériore davantage au point que la faillite devienne inévitable, que ferait donc un gouvernement Legault?

Il serait facile pour un gouvernement Legault de parler de l'intérêt économique supérieur du Québec puisqu'Air Transat est une des grandes entreprises de la province. Il pourrait donner des subventions à celle-ci ou offrir des garanties de prêts. Advenant un tel scénario, le gouvernement punirait les concurrents d'Air Transat. Après tout, Air Canada, Sunwing Airlines et WestJet essaient toutes et chacune de prendre une part plus importante du marché aux dépens d'Air Transat. Ces dernières ayant été plus sages et plus efficaces verraient le gouvernement récompenser les pratiques moins performantes d'Air Transat. En sus, les contribuables paieraient la facture, avec d'importants risques de récidive. En effet, sachant que le gouvernement est prêt à sauver « l'intérêt économique supérieur » du Québec, la peur de la faillite ne motivera plus la compagnie à se discipliner!

Et si un jour, en dépit des réglementations fédérales qui encadrent présentement l'industrie aérienne, une autre compagnie aérienne - étrangère de surcroît - faisait une offre d'achat aux actionnaires d'Air Transat? Un gouvernement Legault interviendrait-il pour protéger l'intérêt économique supérieur du Québec et garder un siège social au Québec? Une telle décision bien que vraisemblablement populaire sur le plan électoral aurait pour effet de nuire à l'investissement! Les fusions et acquisitions permettent aux actionnaires déçus d'une faible performance de la part de l'équipe de gestion de l'entreprise dans laquelle ils ont investis de corriger le tir! Ils peuvent ainsi accepter ou même solliciter une offre d'achat pour permettre d'augmenter la valeur leurs investissements. Et qui sont ces investisseurs? Eh bien, ce sont des travailleurs qui confient leur fonds pour leur retraite à des institutions financières qui les investissent en leur nom!

En plus, les travailleurs et les consommateurs seraient aussi perdants au change. Des compagnies moins efficaces signifient que celles-ci sont moins à même de réduire les prix que les consommateurs paient. Quant aux travailleurs, ils verraient vite que des entreprises moins efficaces (et moins profitables) sont elles aussi moins à même d'offrir des hausses généreuses de leurs salaires et avantages sociaux!

Voici donc les options que François Legault - s'il tient ses promesses - devrait inexorablement considérer s'il désire demeurer en continuité de faits avec les idées qu'il a émises. Il est facile de se perdre dans la rhétorique mielleuse du nationalisme économique, mais en prenant l'exemple fictif d'une faillite d'Air Transat on peut se demander s'il serait souhaitable qu'un gouvernement brise ses promesses!