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Le nouveau nom du ministère de l'Immigration: un recul pour l'intégration?

26/04/2014 09:18 EDT | Actualisé 26/06/2014 05:12 EDT

Les nominations ministérielles du nouveau gouvernement libéral annoncées le 23 avril dernier reflètent un changement de ton évident avec l'ancien régime péquiste défait aux dernières élections.

Mais le changement de ton représente aussi un virage radical en ce qui touche l'immigration et l'intégration à la société francophone québécoise. Car le ministère de l'Immigration et des Communautés culturelles, qui a toujours eu comme mandat l'intégration des immigrants à la société francophone, a changé de nom : il devient, sous la gouverne de Mme Kathleen Weil, le ministère de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion, incorporant ainsi deux concepts - diversité et inclusion - qu'affectionnent les milieux gagnés au multiculturalisme canadien.

Ce changement de cap du ministère de l'Immigration est passé quasi inaperçu dans les médias francophones, lesquels se sont surtout attachés à signaler la sous-représentation des femmes dans le nouveau cabinet, la sous-représentation qu'ils ont découverte après de nombreux palabres, dues au fait que les femmes étaient moins nombreuses à se présenter comme candidates à cette élection.

Le changement de cap du ministère de l'Immigration du Québec a en revanche été largement couvert par les journalistes anglophones qui se réjouissent de cette gifle administrée aux tenants de la charte de la laïcité, proposée par l'ancien gouvernement du Parti québécois.

Ce virage, complètement ignoré également par les députés du Parti québécois lors de leurs commentaires faits aux médias sur les nominations, alors qu'ils forment l'opposition officielle, peut avoir des conséquences désastreuses sur le message véhiculé par le gouvernement quant à l'intégration à la majorité francophone du Québec.

Les propos que le premier ministre adressait à la nouvelle titulaire du poste, Mme Kathleen Weil, lors de l'assermentation des ministres, sont d'ailleurs révélateurs de la vocation que l'on souhaite donner à ce ministère.

Contrairement au silence des milieux francophones sur un sujet aussi essentiel pour l'avenir du Québec que représente l'immigration (et son corollaire, l'intégration), le chroniqueur Graeme Hamilton, dans l'édition du 23 avril 2014 du quotidien torontois le National Post rapportait, lui, en se régalant (on devine pourquoi), les souhaits que le premier ministre aurait adressés à Madame Weil quant à la vocation de son ministère.

Je me permets de traduire les propos de M. Couillard n'ayant trouvé nulle part la version française de sa déclaration, laquelle est introuvable même sur le site de l'Assemblée nationale du Québec dont les dernières mises à jour, au moment où j'écris ces lignes, datent du 14 avril...

Ainsi, après avoir rappelé le rôle essentiel de l'immigration, M. Couillard aurait formulé les souhaits suivants à la nouvelle ministre :

«Accueillir, c'est grandir et s'ouvrir. Nous grandirons ensemble au Québec. Vous aurez la tâche difficile, mais essentielle de guérir les blessures des derniers mois en participant à la construction d'une société inclusive, en partageant avec fierté une identité basée sur notre langue et nos valeurs communes ».

Et au chroniqueur du National Post de conclure : «Les jours de l'homogénéité et de l'exclusion sont choses du passé».

Le journaliste du quotidien torontois introduisait d'ailleurs son sujet en annonçant que M. Couillard avait tenu la cérémonie d'assermentation de ses nouveaux ministres en présence du drapeau canadien, qui avait ainsi été réintroduit à l'Assemblée nationale et, bien sûr, devant le représentant de Sa Majesté, la reine Élizabeth II, le lieutenant-gouverneur du Québec.

Les députés souverainistes, qui ont dû prendre connaissance des propos du premier ministre, n'ont pas jugé bon - assez curieusement - de réagir aux propos de M. Couillard ni à la nouvelle vocation du ministère de l'Immigration.

Je me permets pour ma part de poser quelques questions à M. Couillard.

Le projet de charte était-il si blessant qu'il le laisse entendre, tandis que plusieurs femmes musulmanes, dont son ancienne députée, Mme Fatima Houda-Pépin, ainsi que la Coalition Avenir Québec, appuyaient ses principaux objectifs ? N'est-ce pas plutôt peu respectueux à l'égard de la majorité francophone que d'utiliser cette formulation des «blessures» ?

Car en accordant leur confiance au Parti libéral du Québec, les Québécois francophones n'ont-ils pas plutôt rejeté l'idée d'un nouveau référendum que le projet de charte ? Celui-ci, selon plusieurs sondages, n'obtenait-il pas l'appui d'une forte majorité de francophones ?

Ce faisant, la majorité francophone, qui appuyait les grandes lignes du projet de charte, avait-elle la moindre intention de blesser qui que ce soit ? Les personnes qui se sentaient blessées n'étaient-elles pas plutôt victimes d'une propagande de désinformation véhiculée notamment par certains médias de langue anglaise ?

Enfin, en invoquant l'inclusion et le partage, le nouveau premier ministre n'esquive-t-il pas une valeur encore plus fondamentale que ces deux concepts, inspirés de l'air du temps, soit celle de l'identification à une société et à une nation ? Je peux en effet vivre dans une société inclusive et partager ses valeurs, mais cela me suffira-t-il pour m'y identifier ? Cela me suffira-t-il pour que je m'identifie à ses luttes et à son histoire ?

On me permettra d'en douter.

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