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Par-devers Pierre Karl Péladeau

26/05/2015 11:43 EDT | Actualisé 26/05/2016 05:12 EDT

Je crois vous en avoir déjà parlé, mais comme je n'en suis pas certain, permettez-moi de récidiver. Une étude scientifique américaine amorcée il y a 40 ans sur le crâne humain en est arrivée à la conclusion suivante : le crâne humain, donc le cerveau, aurait tendance à rapetisser - et de la même manière que le font les glaces de l'Arctique depuis ce temps aussi. Raisons selon les scientifiques de ce rapetissement du crâne humain, donc de son cerveau : la panoplie de « machines » dont nous nous servons désormais dans la grande majorité de nos activités qui, loin de stimuler le cerveau comme on est porté à le croire, auraient plutôt tendance à endormir ses facultés de mémoire, de créativité et à ne plus dépenser cette énergie essentielle à la pensée autre que matérialiste.

Si j'en juge par les propos débiles et haineux que je reçois régulièrement sur mes pages Facebook et par voie de courriels, il me semble que nous avons pris, en tant que Québécois, une avance peut-être déjà impossible à réduire dans cet ordre-là des choses.

Les propos qu'on me tient notamment sur mon appui à Pierre Karl Péladeau tournent souvent au délire. De l'avis d'un certain nombre de mongols à batterie qui m'écrivent, j'aurais appuyé Pierre Karl Péladeau non par conviction, mais parce que je voulais monnayer cet appui pour les Éditions Trois-Pistoles et pour mon moi haïssable. Permettez que je mette les pendules à l'heure.

Je peux dire que j'ai été l'ami de Péladeau père que j'ai connu alors que je faisais partie de la petite équipe cette année-là que fut fondé Le Journal de Montréal. J'ai aussi travaillé comme journaliste pour certaines autres de ses publications. Mais nous sommes véritablement devenus amis plusieurs années plus tard, quand Péladeau père a cessé de boire et que j'en fis autant, inspiré par le courage dont il avait fait preuve en se libérant de cette dépendance. La dernière lettre que j'ai reçue de Péladeau père m'est arrivée quatre ou cinq jours après son décès, chaleureuse - et j'en fus très ému.

Un certain temps, j'ai été pour l'une des filles Péladeau un « camarade aidant »... à la demande du directeur de la clinique où je me rendais régulièrement pour me ressourcer. Ce n'est pas n'importe qui qui pouvait s'attirer la confiance de la fille Péladeau. Je ne sais pas comment j'ai fait, mais j'ai réussi à nouer un lien d'amitié avec elle, de sorte qu'on m'autorisait à sortir avec elle de la maison de thérapie. Je ne comprenais pas qu'une fille aussi douce, toute penchée vers la tendresse, portât en elle un démon qui la rendait infréquentable pour presque tout le monde. Je me souviens de ces après-midi que j'ai passés avec elle au Parc Lafontaine - dans la confidence réciproque et ces beaux éclats de rire qui venaient souvent de nos propos dégagés de toute fausse pudeur.

Voilà pour ce qui concerne le père et la fille.

Quant à Pierre Karl Péladeau, je ne l'ai jamais rencontré et je ne lui ai jamais rien demandé. Pour des raisons d'affaires, j'ai même quitté la maison de distribution dont Québécor était devenu propriétaire.

C'est donc dire que je ne dois rien à Pierre Karl Péladeau et que c'est pareil pour lui.

Lorsque les Éditions Trois-Pistoles ont mis sur pied la campagne de financement que vous savez, j'ai fait par-devers Pierre Karl Péladeau ce que j'ai fait auprès de tous les élus du gouvernement du Québec, péquistes, libéraux, caquistes et Québec solidaire : j'ai envoyé à tous l'argumentaire de la campagne, non pour avoir accès à la cassette des élus, mais en les considérant à l'égal de tous les autres citoyennes et citoyens québécois passionnés par la culture québécoise - et la régionale plus particulièrement. Un mois peut-être plus tard, un rappel fut envoyé à tous - comme il fut envoyé notamment aux Thierry Vandal d'Hydro-Québec, Simon Brault du Conseil des arts du Canada, Monique Simard de la SODEC et Monique Leroux du Mouvement Desjardins.

Trois élus seulement contribuèrent de leurs deniers à la campagne. Le refus de Monique Leroux me mortifia, je l'admets : il me semble que quand tu reçois un salaire de plusieurs millions de piastres par année, ce n'est pas un petit 333,33 $ qui risque de faire mal à ton portefeuille et encore moins à ton garde-manger !

Ah, pourquoi n'avais-je pas pour nom celui de Michel Tremblay ou celui de mon ami Dany Laferrière !

Je suis content aujourd'hui que Pierre Karl Péladeau n'ait pas répondu aux argumentaires que je lui ai fait parvenir comme à tous les autres. Ainsi, ma prise de position en forme d'appui ne peut-elle être attaquée, ni de tribord ni de bâbord.

Je considère Pierre Karl Péladeau comme le seul homme politique qui sait ce qu'est la volonté de puissance - ce qui a toujours manqué à nos politiciens.

Durant les Troubles de 1837-1838, Louis-Joseph Papineau a préféré s'enfuir plutôt que d'assumer cette volonté de puissance grâce à laquelle notre peuple rêvait de devenir indépendant.

Quant à René Lévesque, il en a manqué totalement le lendemain de la victoire de novembre 1976 en déclarant à l'Assemblée nationale « qu'il allait se contenter dans un premier mandat d'être un bon gouvernement provincial ». Rien ne l'empêchait de promulguer l'indépendance du Québec, puisque c'était là l'article premier du programme de son parti politique. Comme on dit en langue de hockey, « il avait tous les atouts afin de passer à l'attaque », mais il ne le fit pas, au nom de la même peur qui a détruit Louis-Joseph Papineau. Je me souviens que cette journée-là, j'ai écrit ma rage sur un bout de papier - et cette rage disait: « Pourquoi Trudeau n'est-il pas au Québec et Lévesque à Ottawa ? »

Jacques Parizeau avait cette volonté de puissance, mais elle sombra dans quelques verres d'alcool et une hargne justifiée le soir du référendum de 1995. Le scandale des commandites allait notamment démontrer péremptoirement que nous avions véritablement gagné ce référendum - mais que le gouvernement fédéral, de façon tout à fait antidémocratique, nous avait enlevé cette victoire, ce que confirma Jean Chrétien en se présentant devant la Commission du juge Gomery : « Nous étions en guerre et, quand on est en guerre, tous les moyens sont bons pour la gagner. »

Il aurait été assez facile pour Jacques Parizeau, s'il n'avait pas ce soir-là du référendum de 1995 mis de côté sa volonté de puissance, d'agir autrement qu'en démissionnant. Une chose parmi tant d'autres qu'il aurait pu faire : ne pas reconnaître le résultat du référendum et en appeler un autre immédiatement.

Je vous rappelle tout ceci parce que je crois que Pierre Karl Péladeau n'est pas de ce bord-là des choses - que sa volonté de puissance (dont nul homme politique avant lui ne s'est servi vraiment, sinon pour le simple pouvoir que c'est d'être à la tête d'un État provincial et à en jouir jusqu'à mouiller son fond de culotte comme ça a été le cas de Lucien Bouchard) est telle qu'elle ne peut pas s'effondrer.

Voilà, tout simplement, pourquoi j'appuie Pierre Karl Péladeau.

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