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Les cadenas sont dans nos têtes

20/05/2017 09:06 EDT | Actualisé 23/05/2017 10:15 EDT

À onze ans, je voulais un pays. Mon père, sur un coup de tête, m'avait emmenée faire un aller-retour Valleyfield-Québec en une journée pour me montrer notre capitale nationale et me parler des colonisations de notre territoire. Avec les années, une pléthore de raisons sociales, environnementales et économiques se sont greffées à ce fond indépendantiste que mon père m'avait inculqué.

Ce serait tout simplement logique que le Québec se gère lui-même et se représente lui-même dans le monde. Les Canadiennes et les Canadiens ne sont pas meilleurs que nous pour former un gouvernement, et ils ne sont certainement pas meilleurs que nous pour nous gouverner selon nos besoins et nos intérêts.

Il y a quelque temps, on m'a approchée pour être la candidate d'Option nationale dans la circonscription de Gouin. Pour le parti, cela tombait sous le sens; combien d'heures avais-je données à militer pour l'indépendance du Québec dans d'autres campagnes, avec d'autres candidats? Mais mon premier réflexe a été de me défiler.

C'est sûr qu'il y avait une question d'humilité. Après tout, je ne suis pas une vedette médiatique et j'ai certes encore des croûtes à manger côté expérience de vie. Cependant, d'une part, l'expérience est quelque chose qui s'acquiert justement en saisissant ce genre d'occasion, et, d'autre part, la politique québécoise gagnerait à intégrer des gens aux parcours plus diversifiés sur ses bancs. En effet, en 2017, il n'y a en tout que 29% de femmes à l'Assemblée nationale, et bien qu'il y ait 12 jeunes hommes députés de moins de 40 ans, il n'y a actuellement qu'une députée dans cette tranche d'âge, soit mon ancienne camarade du Forum jeunesse du Bloc Québécois, Catherine Fournier.

Après mûre réflexion, ma véritable hésitation à me lancer comme candidate était quelque chose qu'éprouvent typiquement de nombreuses femmes comme moi qui militent en politique. Alors que bien des hommes d'âge et de compétence semblables aux miens se seraient lancés pour la cause sans hésitation, moi, je m'étais rempli la tête d'insécurités. Comme jeune femme, je me sentais ipso facto moins crédible que mes pairs.

Combien de fois ai-je tenté de participer à des discussions politiques, lors desquelles de jeunes hommes enthousiastes et supposément féministes m'ont littéralement relayée au banc des spectateurs?

Ce sentiment ne me venait pas de nulle part. Combien de fois ai-je tenté de participer à des discussions politiques, lors desquelles de jeunes hommes enthousiastes et supposément féministes m'ont littéralement relayée au banc des spectateurs? Combien de fois m'a-t-on fait comprendre que ce que j'avais à dire n'était pas assez intelligent ou pertinent pour être pris en considération? Combien de fois m'a-t-on mis des mots dans la bouche, sans essayer de comprendre ni me laisser la chance d'exprimer le fond de ma pensée? Combien de fois me suis-je retenue d'aller au micro lors d'assemblées publiques par peur de paraître stupide aux yeux de mes pairs parce que oui, j'ai fini par croire que je n'étais pas assez intelligente ni assez forte pour me défendre?

Ce n'est plus à prouver, l'environnement politique est injustement dur envers les jeunes femmes. Vu de l'extérieur, il ressemble à une arène où celui qui crie le plus fort, le plus agressif, le plus arrogant, le plus insensible est couronné roi. Je crois sincèrement qu'une plus grande part de femmes en politique y amènerait un côté plus humain et finalement, plus démocrate.

J'en suis venue à faire un parallèle entre l'esprit de colonisé et la lutte de libération des femmes. Après tout, «les cadenas sont dans nos têtes», scandait Pierre Falardeau, et les mots de Pol Pelletier, «le Québec est une femme», me reviennent à l'esprit. Ni les femmes ni le Québec n'ont besoin de tutelle.

Tranquillement, je me suis laissée convaincre par mes amis militants. Car je veux qu'il y ait davantage de femmes en politique: davantage de femmes, oui, mais aussi de personnes racisées, LGBT, handicapées, autochtones... Bref, davantage de ces nombreuses personnes dans notre société qui ne se sentent pas bien représentées à l'Assemblée nationale, et dont les réalités demeurent si souvent incomprises par nos gouvernements.

Je suis une militante de terrain aguerrie. J'ai des choses à dire et de la passion à revendre. Je suis heureuse, aujourd'hui, d'aller à la rencontre des citoyens de la circonscription de Gouin afin de leur parler de la nécessité de s'affranchir en tant que peuple pour créer de grandes choses.

Ces peurs que j'avais intégrées en raison de ma socialisation comme jeune femme, j'ai choisi de les vaincre. Je l'ai fait parce que je veux que les prochaines personnes, qui se reconnaîtront peut-être dans ce texte, fassent de même et foncent, malgré tous les obstacles que notre imparfaite société a pu mettre sur leur route. Le Québec a besoin d'elles.

Le mouvement indépendantiste se doit d'être davantage à l'écoute de ses femmes. Si je peux contribuer à cette ouverture et, d'une certaine manière, paver la voie aux suivantes, j'en serai très heureuse.

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