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La polio et moi: témoignage d’un médecin syrien

Aucun enfant ne devrait vivre avec un handicap qui peut facilement être évité.

27/11/2017 09:00 EST | Actualisé 27/11/2017 11:19 EST
UNICEF/Syrie 2017/Khudr Al-Issa

J'avais 7 mois quand ma mère m'a emmené voir un médecin à Souran, ma ville natale. J'avais beaucoup de fièvre et elle avait remarqué que mes deux jambes étaient faibles. C'est à ce moment-là que ma polio a été diagnostiquée.

La polio est une maladie très contagieuse qui attaque le système nerveux. Elle peut entraîner la paralysie, voire la mort chez les jeunes enfants. Il n'est pas possible d'en guérir, mais on peut facilement l'éviter par la vaccination.

Cela a été difficile de grandir en étant atteint de la polio. J'avais toujours l'impression de ne pas pouvoir faire la même chose que mes camarades. Je me souviens que je partais à l'école une heure plus tôt le matin, parfois alors qu'il faisait encore nuit, pour arriver en classe à l'heure.

Quand mes amis voulaient jouer au foot après l'école, je leur demandais de changer de sport pour que je puisse aussi jouer. On jouait souvent au volley-ball dans la rue avec un filet improvisé parce qu'il n'y avait pas besoin de courir beaucoup.

UNICEF/Syria 2017
Dr. Askar, aux côtés de membres de l'équipe de l'UNICEF, lors de visites de porte-à-porte effectuées pour vacciner des enfants contre la polio à Souran, dans la province de Hama (République arabe syrienne).

La polio m'a paralysé, mais elle n'a pas entamé ma détermination. Au contraire, elle m'a incité à sauver des enfants de cette maladie pour qu'ils n'aient pas à vivre ce que j'ai vécu. C'est pour cela que j'ai fait des études de médecine.

Pendant mes années à l'université, je choisissais mes amis en fonction de la vitesse à laquelle ils marchaient – je ne pouvais pas me lier d'amitié avec des gens qui marchaient vite ! J'ai travaillé dur, j'ai obtenu mon diplôme et j'ai commencé à participer aux campagnes nationales de vaccination contre la polio en 1987, un an seulement après le début de ces campagnes en Syrie.

Ces 40 dernières années, j'ai participé aux campagnes nationales et régionales de vaccination, y compris celles contre la polio. Je me souviens que quand je n'avais pas de voiture, j'empruntais une moto et je parcourais les ruelles les plus étroites avec ma glacière remplie de vaccins, à la recherche d'enfants et de parents dans les rues.

Le dernier cas confirmé de polio en Syrie avait été recensé en 1999. Je pensais que nous avions vaincu cette maladie dangereuse, que j'avais accompli ma mission dans la vie – jusqu'à ce que la maladie réapparaisse en 2013. J'avais les larmes aux yeux quand nous avons appris que 35 cas de polio avaient été confirmés dans les provinces de Deïr el-Zor et d'Alep. Tous les souvenirs douloureux de mon enfance sont revenus, mais ils n'ont fait que renforcer ma détermination à faire bénéficier tous les enfants sans exception de ce vaccin qui sauve des vies.

Pendant les campagnes menées contre cette épidémie, nous sommes passés de maison en maison pour que tous les enfants, où qu'ils se trouvent, soient protégés contre la maladie. Nous avons mis l'accent sur les enfants les plus vulnérables dans les zones les plus difficiles d'accès, les villages éloignés, et les camps et les centres où vivent des familles déplacées. C'était essentiel, car les nombreuses années de conflits ont entraîné la fermeture du seul hôpital de Souran.

Mais après des années de violence, de déplacement et de chômage, les difficultés d'accès ne sont pas notre seul obstacle. Les parents se soucient davantage de donner de quoi manger à leurs enfants et de répondre à leurs besoins les plus élémentaires, en leur trouvant par exemple des vêtements chauds pour l'hiver. Ils en oublient l'importance des vaccins.

©UNICEF/ Syria 2017/ Delil Souleiman
Rahma, 2 ans, a été vaccinée pour la première fois de sa vie pendant la première série d'une campagne de cinq jours d'immunisation contre la polio, menée auprès des enfants de moins de 5 ans des régions ravagées par la guerre de Deïr el-Zor et Raqqa.

Alors nous avons organisé des séances de sensibilisation des parents, nous avons dissipé leurs idées fausses et répondues à toutes leurs questions sur l'innocuité et l'importance fondamentale des vaccins.

J'ai toujours pensé que si j'avais attrapé la polio, c'était pour que les parents puissent, en me voyant, comprendre les conséquences d'une vaccination insuffisante. Alors je fais en sorte de toujours accompagner les agents de santé et les bénévoles locaux.

C'est une satisfaction inestimable de vacciner les enfants contre la polio.

Je sais que nous pouvons changer la vie des enfants pour toujours et nous avons besoin de toute l'aide possible pour faire en sorte qu'aucun enfant ne soit exclu d'un match de foot parce qu'il ne peut pas courir. Aucun enfant ne devrait passer sa vie sur des béquilles. Aucun enfant ne devrait vivre avec un handicap qui peut facilement être évité.

Dr. Askar participe à des campagnes de vaccination organisées avec le soutien de l'UNICEF dans la province de Hama, pour protéger les enfants de la polio et d'autres maladies. L'UNICEF fournit des vaccins, du matériel de préservation de la chaîne du froid et une formation aux agents de santé, ainsi qu'un appui aux bénévoles locaux qui organisent des séances d'information sur l'importance et l'innocuité des vaccins.

Les Cadeaux de survieMD de l'UNICEF sont des articles concrets qui sont distribués pour répondre à des besoins réels. Lorsque vous commandez un cadeau, celui-ci sera expédié de l'entrepôt de l'UNICEF situé à Copenhague, au Danemark, à des enfants et à des familles qui en ont besoin dans le monde entier.

Merci de penser aux enfants du monde en cette période du temps des Fêtes.

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