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La lutte contre le virus Zika passe-t-elle par l'éradication des moustiques?

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Ce billet du blogue Un seul monde, une initiative de l'AQOCI et du CIRDIS, a été écrit par Elisabeth Abergel, professeure au département de sociologie à l'UQAM et membre du CIRDIS. Elle se spécialise sur les questions environnementales et technologiques liées à l'agriculture et participera à titre de commentatrice à la conférence Victoire historique contre Monsanto! Et après?, organisée par le CIRDIS en partenariat avec Équiterre, qui aura lieu le 29 février à l'UQAM.

Jusqu'à récemment, très peu de gens avaient entendu parler du virus Zika. Les images déchirantes de bébés brésiliens atteints de microcéphalie ainsi que l'annonce de l'ampleur de la maladie - plus de quatre millions de cas attendus dans plus de 23 pays - sonnent l'alarme au sein de la communauté internationale.

Selon les annonces de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), les cas d'infection au Brésil constituent une «urgence de santé publique de portée internationale» et la volonté d'agir vite souligne un souci quant à la gravité de cet «événement extraordinaire», comme le déclarait Margaret Chan, directrice générale de l'OMS. Malgré les incertitudes entourant les conséquences sanitaires du virus Zika, la transmission du virus par piqûre de moustiques infectés, quant à elle, est une certitude. On sait que le Zika est transmis par deux types de moustiques, en l'occurrence Aedes aegypti et Aedes albopictus, mieux connus sous le nom de «moustiques tigres».

La lutte contre le virus Zika s'organise autour de la recherche d'un vaccin, comme pour le cas de l'Ebola, et autour de stratégies d'éradication des moustiques vecteurs de la maladie.

Les moustiques et les maladies

Il faut savoir que sur les 3 500 espèces de moustiques peuplant la planète, environ 200 sont vecteurs de maladies. Il est estimé que les maladies causées par des piqûres de moustiques comme la fièvre du Nil occidental, la dengue, le chikungunya, l'encéphalite, la fièvre jaune et le paludisme infectent plus de 700 millions d'individus par an.

Sur les 250 millions de personnes infectées par le parasite de la malaria, il semblerait qu'environ 450 000 meurent chaque année.

La dengue, une infection virale, présente dans les régions tropicales et subtropicales, menace la moitié de la population mondiale selon l'OMS. Cette maladie transmise principalement par Aedes aegypti inclut des cas de dengue sévère qui se retrouvent surtout en Amérique latine et en Asie. Depuis quelques années, la maladie se propage dans de nouvelles zones, dont l'Amérique du Nord, dû au vecteur secondaire de la maladie, soit le moustique tigre, capable d'hiberner et de tolérer des températures en dessous de 0°C.

Il est clair que les hausses de température causées par le réchauffement climatique influencent la montée des maladies véhiculées par les moustiques, car non seulement elles altèrent leur répartition géographique, mais elles étendent la saison de transmission, augmentant ainsi les risques de maladies. En 2015, l'année la plus chaude jamais enregistrée selon l'Organisation météorologique mondiale, le Brésil a connu des hausses de température entre 3°C et 5°C dans certaines régions, causant une augmentation des populations d'Aedes aegypti de plus de 80% à travers le pays, selon certains spécialistes brésiliens.

Difficile de déterminer si les changements climatiques étaient une des causes principales de la propagation du virus Zika. La sécheresse qui s'abat sur le sud et le nord-est du Brésil depuis quelques années pourrait être liée à la perte massive des forêts tropicales ainsi qu'à une mauvaise gestion des eaux. En plus d'un manque d'infrastructures d'assainissement et de traitement des eaux dans les régions les plus pauvres, une pénurie d'eau potable aurait forcé les populations locales à stocker l'eau de manière informelle. Ce faisant, des réservoirs favorables à la reproduction des moustiques auraient été créés, menant à une flambée du virus Zika.

La lutte contre les moustiques

Les moyens de prévention offerts à la communauté internationale pour lutter contre les infections transmises par les moustiques demeurent relativement limités. Il s'agit principalement de mesures de lutte antivectorielle, de protection personnelle et de lutte chimique afin de protéger les populations contre les piqûres de moustique et de limiter les espèces vectrices de maladies.

Pour ce faire, plusieurs stratégies sont mises en œuvre, dont les mesures de réduction des habitats humides (assèchement des marais, drainage des eaux stagnantes pour diminuer le développement des larves) et la lutte chimique (utilisation d'insecticides à petite et grande échelle, moustiquaires imprégnés d'insecticide et autres mesures de protection personnelle).

Mais les interventions chimiques présentent des risques de toxicité importants pour la santé humaine et induisent des phénomènes de résistance aux insecticides. En ce qui concerne les mesures de protection personnelles, elles sont inégales en termes d'efficacité, car elles varient selon la distribution et l'utilisation soutenue de moustiquaires imprégnés d'insecticides, de crèmes répulsives et autres stratégies. Il existe aussi des méthodes de lutte biologique contre les moustiques qui consistent à stériliser des mâles d'une espèce par irradiation pour ensuite les disperser dans la nature afin de réduire la reproduction des populations de la même espèce.

Depuis quelques années, de nouvelles solutions issues de la biotechnologie existent pour lutter contre les espèces de moustiques vecteurs de maladies. Tandis que certains laboratoires de recherche visent à remplacer les populations sauvages par des moustiques transgéniques incapables de transmettre les maladies, d'autres, comme le laboratoire Oxitec, visent plutôt à produire des populations de moustiques génétiquement modifiés capables de transmettre un gène létal à leur progéniture, provoquant ainsi leur mort prématurée.

Dans les deux cas, les conséquences écologiques de l'utilisation massive de moustiques transgéniques sont peu connues et soulèvent des inquiétudes. Grâce à des techniques de pointe comme le Gene Drive, méthode ultra puissante qui force et accélère la transmission génétique de caractères donnés, les chercheurs d'Oxitec envisagent l'élimination rapide de populations, voire d'espèces entières, de moustiques. Les premiers essais en champs réalisés par la compagnie dans plusieurs régions du Brésil entre 2010 et 2012, dans lesquelles des millions d'insectes transgéniques ont été relâchés, montrent un déclin de 95% des populations porteuses de la dengue. Les insectes qui survivent pourraient subir des mutations, selon les critiques, et engendrer de nouveaux risques sanitaires.

Ceci dit, ces résultats demeurent insuffisants et l'usage de ces insectes est très peu encadré au niveau national et international. Il ne faudrait pas que l'urgence de répondre à la crise du Zika nous pousse à adopter des solutions coûteuses et inédites sur le plan scientifique, car ces choix technologiques sont potentiellement lourds et risqués tant pour les humains que pour les moustiques.

N'hésitez pas à contacter Charles Saliba-Couture, fondateur et coordonnateur du blogue Un seul monde, pour en savoir davantage sur le blogue ou connaître le processus de soumission d'articles. Les articles publiés ne reflètent pas nécessairement les points de vue de l'AQOCI, du CIRDIS ainsi que de leurs membres et partenaires respectifs.

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