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Sortir Gaza de l'impasse

03/10/2014 09:10 EDT | Actualisé 03/12/2014 05:12 EST

Ce billet du blogue Un seul monde a été écrit par Denis Kosseim, enseignant de philosophie au Cégep André-Laurendeau.

Après l'opération Bordure protectrice, lancée par Israël en juillet, Gaza revient à la normale. Mais pour les Palestiniens de Gaza, la normalité, c'est :

La frayeur d'une nouvelle attaque israélienne

En effet, après les attaques de 2009, de 2012 et de 2014, à Gaza, on s'attend à ce que, une fois de plus, le gouvernement d'Israël « tonde la pelouse » selon l'expression consacrée en Israël. Mais la pelouse, ce sont en fait des Palestiniennes et des Palestiniens. Au total, Bordure protectrice a fait 2 150 morts, dont 450 enfants. Aujourd'hui, on vit à Gaza sous une épée de Damoclès. Que ce soit en 2009, en 2012 ou en 2014, c'est Israël qui a rompu la trêve...

Le blocus

Imposé depuis 2007 à la suite de l'élection du Hamas, selon Noam Chomsky, il est utilisé par Israël et les États-Unis pour punir les Palestinien(e)s d'avoir commis « un crime véritablement abominable : [avoir] voté « de la mauvaise manière » au cours d'une élection libre. » Ainsi, depuis 2008, Israël applique un régime de « lignes rouges » pour la consommation alimentaire dans la bande de Gaza, limitant l'importation d'aliments à la quantité nécessaire pour assurer un apport en calories tout juste au-dessus du seuil de famine tel que défini par l'Organisation des Nations Unies (ONU), et interdisant l'importation de matériaux bruts nécessaires à l'agriculture. Selon l'association israélienne de défense des droits humains Gisha, cette directive a provoqué « une forte augmentation des prix, une grave crise économique et [...] la dépendance à l'aide humanitaire ». En outre, 90 % de l'eau à Gaza n'est pas potable.

L'occupation

Le processus de paix (qui dure depuis plus de vingt ans!) est censé mettre fin à l'occupation et accoucher d'un État palestinien viable composé de Gaza, de la Cisjordanie et de Jérusalem Est. Israël occupe ces territoires palestiniens depuis 1967, mais affirme avoir mis fin à l'occupation de Gaza lorsqu'il en a retiré ses colons en 2005. Or, la décolonisation de Gaza s'est traduite dès le début des négociations par une intensification de la colonisation en Cisjordanie où les colons de Gaza ont largement été relocalisés. Selon un article paru dans Le Monde, la population de colons en Cisjordanie a augmenté de 22 % entre 2005 et 2011, sans même compter Jérusalem Est. Ils sont aujourd'hui plus de 500 000 colons en Cisjordanie, soit 20 % de la population totale de ce territoire palestinien. De surcroît, Israël demeure la puissance occupante, détenant maintenant un contrôle effectif tant à Gaza qu'en Cisjordanie, à Jérusalem-Est annexé et dans le Golan syrien annexé. En outre, le nombre total de colons israéliens dans les territoires palestiniens occupés a plus que doublé pendant le processus de paix, passant de 250 000 colons au début du processus de paix d'Oslo en 1993 à plus de 500 000 colons aujourd'hui. Plusieurs observateurs parlent cyniquement d'un processus non pas de paix, mais de colonisation en paix, rendu possible par un écran de fumée nommé « processus de paix ».

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La concentration démographique

En effet, malgré les nombreuses victimes de l'opération Bordure protectrice, Gaza reste l'un des endroits au monde le plus densément peuplé. Cette forte concentration n'est pas attribuable à une revanche des berceaux palestiniens, mais à la Naqba (le nettoyage ethnique de la Palestine, opéré lors de l'établissement de l'État d'Israël en 1948). Seulement 20 % de la population de Gaza est composée de véritables Gazaouis : 80 % de sa population sont les descendants de Palestiniens ayant pris refuge à Gaza entre 1947 et 1949 afin d'échapper au nettoyage ethnique opéré par les milices sionistes et par l'armée israélienne.

L'intransigeance d'Israël

Historiquement, Israël rejette les offres de paix arabes et palestiniennes. Le dernier épisode de ce rejet s'inscrit dans le contexte du gouvernement d'unité nationale, négocié en avril dernier entre le Hamas et le Fatah. L'établissement de ce gouvernement démontre que le Hamas est une organisation politique pragmatique prête à faire des concessions historiques, comme l'a fait naguère l'Organisation de libération de la Palestine (OLP) de Yasser Arafat. Le reproche fait au Hamas d'être intransigeant étant sans fondement, toutes les conditions sont désormais réunies pour que le processus de paix aboutisse. Mais au lieu de répondre positivement, Israël a boudé le gouvernement d'unité nationale et, lorsque les trois étudiants israéliens ont été kidnappés, Israël a accusé, faussement, le Hamas, bloquant une fois de plus le processus de paix.

Le blocage politique

Au sein de l'ONU, les États-Unis posent leur droit de veto pour empêcher le vote par le Conseil de sécurité de mesures contraignantes à l'endroit d'Israël. En outre, la communauté internationale laisse sans suite l'avis consultatif de 2004 de la Cour internationale de justice, qui déclare le mur illégal et rappelle au paragraphe 159 de son avis que « tous les États sont dans l'obligation de ne pas reconnaître la situation illicite découlant de la construction du mur [et] de ne pas prêter aide ou assistance au maintien de [cette] situation ».

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Pour sortir de l'impasse, la société civile palestinienne, s'inspirant de la lutte antiapartheid, a lancé en 2005 une campagne internationale de Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS), campagne qui promeut des mesures de sanction non violentes à l'endroit d'Israël et qui devraient être maintenues jusqu'à ce qu'Israël honore son obligation de reconnaître le droit inaliénable des Palestiniennes et Palestiniens à l'autodétermination et respecte entièrement les préceptes du droit international en :

  1. Mettant fin à son occupation et à sa colonisation de toutes les terres arabes et en démantelant le Mur ;

  2. Reconnaissant les droits fondamentaux des citoyens Arabo-Palestiniens d'Israël à une égalité absolue ;

  3. Respectant, protégeant et favorisant les droits des réfugiés palestiniens à revenir dans leurs maisons et propriétés comme stipulé dans la résolution 194 de l'ONU.

La campagne BDS est une campagne non violente fondée sur le droit international et sur les droits humains fondamentaux. L'espoir de la société civile palestinienne, c'est que par la pression économique, combinée avec la résistance palestinienne, l'État d'Israël sera amené à respecter les droits des Palestiniennes et des Palestiniens. Après tout, c'est en partie grâce à une campagne similaire que l'Afrique du Sud a été amenée à abandonner son détestable régime d'Apartheid.

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