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La santé des femmes est cruciale pour la prospérité économique des Philippines

31/05/2015 08:41 EDT | Actualisé 31/05/2016 05:12 EDT

Ce billet du blogue Un seul mondea été rédigé par Dre Junice L. Melgar, directrice et cofondatrice du centre des femmes Likhaan aux Philippines et Dr Sylvia Estrada Claudio, cofondatrice et membre du conseil d'administration du centre des femmes Likhaan. Une version anglaise de ce texte est parue sur le blogue Development Unplugged le 25 mai 2015.

En tant que professionnelles de la santé basées à Manille aux Philippines et œuvrant pour les femmes vivant dans la pauvreté, nous avons suivi la visite du président Benigno Aquino au Canada au début du mois de mai avec grand intérêt. Bien que le premier ministre Stephen Harper et le président Aquino aient principalement discuté d'une coopération économique et de développement axée sur la réduction de la pauvreté, il y avait des trous béants dans les échanges entre les deux dirigeants.

Certains observateurs ne seront pas surpris de constater que les progrès en matière de réduction de la pauvreté sont plutôt lents aux Philippines malgré une croissance économique de 6,1% en 2014. Les discussions menées par les deux dirigeants au début du mois de mai n'ont pas suffisamment accordé d'importance aux approches qui placent les personnes au centre du développement national, telles que le renforcement des programmes sociaux qui répondent aux besoins criants des femmes en santé reproductive.

Dans le contexte philippin, la santé reproductive est une composante cruciale, autant pour assurer une réduction soutenue de la pauvreté que pour accroître la prospérité économique de façon générale. Si seulement elles avaient un accès aux soins de santé et la liberté de décider du nombre d'enfants qu'elles souhaitent avoir, de façon sécuritaire, au moment où elles le désirent, des millions de femmes aux Philippines pourraient devenir le marché économique que préconise tant le Canada, et ce, tout en menant une vie plus libre et plus prospère.

Les données les plus récentes démontrent que le taux de mortalité maternelle demeure effarant, soit de 120 pour 100 000 naissances, un des plus élevés en Asie. En comparaison, ce taux est de 12 au Canada.

Un rapport récent de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) indique que les Philippines étaient l'un des seuls deux pays au monde à ne démontrer aucun progrès dans la réduction de la mortalité maternelle depuis 1990. En réalité, c'est l'inverse qui se produit. Le rapport de l'OMS démontre que les Philippines ont subi une augmentation de 15% du niveau de mortalité maternelle depuis 1990. Ce ne sont pas des statistiques anodines.

Notre organisation, Likhaan, travaille au quotidien avec les principales victimes de décennies de politiques de santé épouvantables, des politiques qui créent des obstacles en termes de coûts et d'accessibilité aux initiatives en matière de maternité sans risque, y compris la planification familiale.

Compte tenu de l'importance que le Canada accorde à la santé des mères, des nouveau-nés et des enfants, nous avons accueilli à bras ouverts, l'année dernière, la décision du Canada de nommer les Philippines comme pays prioritaire ciblé pour l'aide internationale canadienne. Nous nous réjouissons aussi du leadership dont a fait preuve notre président en adoptant la Loi sur la santé génésique et de procréation responsable qui exige un cadre national pour les soins de santé prénataux et postnataux, la présence de personnels qualifiés lors des accouchements, l'accès à des soins obstétricaux d'urgence et néonataux, des services gratuits de planification familiale, ainsi que d'autres initiatives de santé qui sauvent des vies.

Les politiques sont en place pour donner aux femmes des Philippines plus d'autonomie en matière de santé reproductive, mais le changement requiert temps et argent. Pour accélérer ce changement, nous aimerions maintenant voir le gouvernement canadien s'engager à appuyer financièrement les initiatives en matière de santé des mères, des nouveau-nés et des enfants aux Philippines.

Nous savons que les initiatives canadiennes sont efficaces, parce que nous sommes aux premières loges de l'impact de ces initiatives. Au courant de la dernière décennie, le gouvernement canadien a appuyé, en collaboration avec l'organisation canadienne de justice sociale Inter Pares, les programmes de Likhaan. Ces fonds ont permis de soutenir des travailleurs et travailleuses communautaires en santé qui ont fourni des soins prénataux et postnataux aux femmes pauvres et marginalisées, de même que des programmes de planification familiale et de vaccination. Ces fonds nous ont permis de bâtir des maisons de maternité qui permettent aux femmes des communautés éloignées d'être plus près des centres de naissances. Ils ont aussi permis d'informer et de mobiliser les femmes dans les communautés, afin qu'elles puissent mieux agir en faveur de leur propre santé.

Le financement du gouvernement canadien prendra fin en 2015, mais si le Canada désire réellement être un chef de file en santé des mères, des nouveau-nés et des enfants, il est crucial que ce dernier continue d'appuyer la santé reproductive des femmes qui vivent dans la pauvreté.

Nous disons à MM. Harper et Aquino qu'autant le Canada que les Philippines bénéficieront de la réduction de la pauvreté et de la prospérité économique aux Philippines. Soutenir l'autonomie des femmes en ce qui a trait à leur santé et leur fertilité est la clé de voûte pour atteindre ce but.

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