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Nouvelle Politiques des partenariats: l'attente injustifiée

Cette politique représente-t-elle un véritable tournant par rapport à celle qui était en place jusqu'à tout récemment?

26/11/2017 08:00 EST
US Mission to the United Nations Agencies in Rome

Ce billet du blogue Un seul monde, une initiative de l'AQOCI et du CIRDIS, a été écrit par Stéphanie Bacher, étudiante au doctorat en science politique à l'Université d'Ottawa. Elle est membre du Groupe McLeod, et s'implique au sein de la coalition d'organisations canadiennes Voices-Voix. L'article qu'elle nous présente aujourd'hui traite de la nouvelle Politique des partenariats avec la société civile du Canada, et des contradictions entre son adoption et sa mise en oeuvre.

À l'occasion de la Conférence annuelle du Conseil canadien pour la coopération internationale (CCCI) le 27 septembre dernier, la ministre du Développement international Marie-Claude Bibeau a dévoilé la nouvelle Politique des partenariats avec la société civile pour l'aide internationale du Canada (aussi appelée, la Politique des partenariats). La mise à jour de cette politique, qui remplace l'ancienne politique adoptée sous le gouvernement Harper en 2015, a été présentée par la ministre comme étant nécessaire pour incorporer les commentaires et suggestions faites par la société civile et pour redéfinir la relation entre le gouvernement et la société civile en fonction de ses nouvelles priorités, nouveaux objectifs et nouvelle approche. Mais cette politique représente-t-elle un véritable tournant par rapport à celle qui était en place jusqu'à tout récemment ?

Deux processus de consultation pour un même résultat ?

Le premier argument de la ministre Bibeau pour justifier la révision de la Politique de partenariats avec la société civile a été d'affirmer la volonté du gouvernement d'y inclure de manière effective les commentaires et suggestions faites par la société civile.

Cet argument ne tient toutefois pas la route si l'on se souvient que l'ancienne Politique de partenariats avait été adoptée à la suite d'une vaste consultation lancée à l'été 2014 par le ministre du Développement international de l'époque, Christian Paradis. Durant ce processus de consultation, les organisations de la société civile avaient pu s'exprimer par le biais de soumissions en ligne ou durant les tables rondes organisées par l'ancien ministère des Affaires étrangères et du Commerce international. Par ailleurs, la version définitive de la Politique des partenariats avait reçu un accueil plutôt positif auprès des membres de la société civile qui attendaient maintenant de voir comment la Politique allait être mise en œuvre.

Au contraire, la première version de la Politique révisée des partenariats du gouvernement Trudeau a été considérée par ces organisations comme étant préoccupante et un recul important par rapport à l'ancienne politique. L'engagement du gouvernement à offrir une variété de modalités de financement adaptées aux réalités des diverses organisations de la société civile, les références au dialogue dans la section sur les approches multisectorielles et l'adoption d'une approche transformatrice en matière d'engagement du public, des éléments essentiels pour un partenariat effectif avec la société civile, étaient complètement absents de la version initiale envoyée par Affaires mondiales Canada aux organisations de la société civile.

La version définitive lancée par la ministre Bibeau en septembre dernier a tenu compte des critiques émises lors de la phase de consultation par les organisations de la société civile.

Au final, la version définitive lancée par la ministre Bibeau en septembre dernier a tenu compte des critiques émises lors de la phase de consultation par les organisations de la société civile. Mais fallait-il vraiment un nouveau processus de consultation pour confirmer les suggestions faites lors de la consultation organisée quelques années plus tôt ? Il est permis d'en douter.

La « nouvelle » approche du gouvernement Trudeau en matière d'aide internationale : un beau discours pour peu de changements ?

La seconde raison invoquée par la ministre Bibeau pour justifier la révision de la Politique de partenariats avec la société civile est la nécessité de redéfinir la politique en fonction de la nouvelle approche, des nouveaux objectifs et des nouvelles priorités du gouvernement actuel et principalement pour l'aligner avec la Politique d'aide internationale féministe du Canada, lancée en juin dernier.

Malgré l'absence d'une approche féministe dans l'ancienne politique d'aide au développement du Canada, l'accent avait déjà été mis sur les femmes et les filles même s'il n'était pas aussi prononcé que dans la Politique révisée, qui en fait un de ses principes directeurs. Peu de changements à signaler quant aux principes et objectifs au cœur de la nouvelle Politique. Certains éléments intéressants ont été ajoutés, notamment en ce qui concerne la reconnaissance du besoin d'un engagement public axé sur la promotion d'une citoyenneté universelle. Certaines sections sont aussi plus détaillées, dont l'inclusion d'exemples de domaines d'action qui amènent des précisions pertinentes sur les actions que le gouvernement entreprendra pour réaliser chacun des objectifs mentionnés et qui semblent être l'apport le plus intéressant vis-à-vis de l'ancienne politique.

Cette nouvelle politique représente-t-elle au final un réel changement par rapport à l'ancienne politique adoptée sous le gouvernement Harper ? De manière générale, on peut dire qu'il s'agit d'un pas en avant, sans qu'il s'avère toutefois être le tournant majeur que la ministre Bibeau eût laissé suggérer.

N'hésitez pas à contacter Ève Claudel Valade, coordonnatrice du blogue Un seul monde, pour en savoir davantage sur le blogue ou connaître le processus de soumission d'articles. Les articles publiés ne reflètent pas nécessairement les points de vue de l'AQOCI, du CIRDIS ainsi que de leurs membres et partenaires respectifs.

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