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Infléchir le poids du militarisme dans notre société et nos esprits

19/11/2014 10:56 EST | Actualisé 19/01/2015 05:12 EST

Ce billet du blogue Un seul monde a été écrit par Mouloud Idir, politologue et membre de l'équipe du Centre justice et foi et du Collectif Échec à la guerre. Il s'exprime ici à titre personnel.

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Le virage militariste et expansionniste de la politique étrangère canadienne s'inscrit dans le prolongement d'une vieille politique qui transcende les lignes de parti et les clivages politiques traditionnels. Il correspond à une stratégie d'ensemble du capitalisme canadien. Cette orientation a toutefois pris une inflexion assumée et décomplexée depuis l'arrivée au pouvoir de l'administration néoconservatrice du gouvernement de Stephen Harper, le Canada se trouvant ainsi à rompre avec ce qui restait encore d'une faible tradition dite libérale de médiation de la paix et de respect des mécanismes du droit international dans la résolution des conflits.

Cet alignement qui culmina notamment avec une grande augmentation du budget militaire est désormais explicitement assumé dans La stratégie de défense le Canada d'abord de 2008, présentée par le ministre de la Défense d'alors, Peter McKay. Il y est notamment dit que le gouvernement œuvre en vue d'assurer aux « Forces canadiennes un financement régulier, stable et durable ». En somme, l'administration du Parti conservateur annonce dans ce document un cadre budgétaire militaire canadien pour 20 ans : le gouvernement consacrera autour de 500 milliards $ à l'armée canadienne pendant cette période. Entre 2006 et 2010, le gouvernement Harper a d'ailleurs procédé à une augmentation de 45 % du budget militaire, passant de 14,8 à 21,2 milliards $.

Contexte global

Selon l'intellectuel israélien, Michel Warschawski, les causes de cette montée fulgurante du militarisme, résident dans le fait que la situation politique mondiale en est une de « guerre globale, permanente et préventive, planifiée par les néoconservateurs et initiée par la Maison-Blanche après le 11-Septembre. [...] Une guerre de classe au niveau planétaire, pour la recolonisation du monde et l'imposition d'un nouveau système impérial au service du néo-libéralisme ». Dans cette guerre de classe au niveau planétaire, les élites politiques et les classes possédantes canadiennes adossées au sommet de l'État ont choisi leur camp : un choix dicté autant par la conscience d'intérêts communs avec les dirigeantes et dirigeants politiques et économiques étasuniens que par le partage avec eux d'une culture et de valeurs communes.

Le gouvernement Harper, après avoir procédé à l'achat sans précédent d'équipements militaires de pointe et en avoir exhibé les atours dans de larges campagnes de relations publiques, s'évertue désormais à instiller dans l'opinion publique un discours miroitant les bienfaits d'une croissance économique qui découlerait d'un rôle accru de l'industrie militaire et de ses exportations. Tout cela se fait de concert avec la surenchère du discours sécuritaire fondée sur la multiplication des figures de l'« ennemi intérieur » et la valorisation du patriotisme militaire. Les commémorations des guerres pilotées par le gouvernement conservateur servant dès lors d'équivalents des expéditions guerrières dans lesquelles s'insère aujourd'hui le Canada.

Dès lors, ce sont les motivations stratégiques, économiques ou politiques qui président à l'expansionnisme militaire qui s'en trouvent éludées. En fait, outre ces intérêts géostratégiques, les commémorations officielles auxquelles nous assistons visent de plus à imposer un nouveau système impérial au service des élites des pays dominants de l'axe de l'OTAN, qui faut-il le rappeler est le bras armé du capitalisme globalisé.

Prendre la mesure de l'alignement sur l'OTAN

Cet alignement inconditionnellement pro-OTAN du Canada n'est nullement de nature à consolider la paix dans le monde. La tension qui prévaut actuellement entre le bloc des pays dominants de l'OTAN et de nombreux pays tient beaucoup à la logique expansionniste d'une Alliance qui ne cesse d'étendre sa zone d'influence, au risque d'une escalade militaire. Bien des guerres et conflits dans lesquels s'insère le Canada dans le cadre de l'OTAN participent ainsi de la destruction des principes du droit international comme cadre de résolution des conflits. Les cas afghan, irakien, syrien et ukrainien en sont des exemples.

Les dividendes de la paix que le monde attendait après la Guerre froide ne se sont aucunement matérialisés. Les États-Unis et leurs plus proches alliés ont plutôt choisi de dévaloriser l'ONU, critiquant son « indécision », son « incapacité » ou ses « faibles moyens » pour résoudre les conflits. Ces critiques constituaient une tentative pour justifier leurs propres campagnes guerrières, généralement illégales en vertu de la Charte des Nations unies et des autres instruments du droit international et dont on peut constater les conséquences désastreuses notamment en Irak, en Afghanistan et en Libye. Le discours et les actions de l'OTAN sont donc ouvertement entrés en contradiction avec le mandat de l'ONU, dont le but premier est de « maintenir la paix et la sécurité internationales ».

Aujourd'hui, la sophistication des armements, leur miniaturisation et leur prolifération restent cachées tandis que la violence « légitime » de la guerre s'impose, notamment sous le couvert de concepts humanitaires, comme avec la « responsabilité de protéger » et d'attaques dites préventives. Les assassinats ciblés, comme les interventions virtuellement téléguidées, cherchent à créer un état de fait et à faire accepter le consensus politique mondial qui existerait, soi-disant, en faveur de la guerre.

Il s'agit d'isoler les puissances émergentes qui dérangent l'hégémonie de l'impérialisme atlantiste et de coopter de nombreux pays derrière cette stratégie martiale qui criminalise le pacifisme et le discours internationaliste. Nous vivons actuellement avec les avatars de cette destruction des règles du droit international, destruction dont les États-Unis et l'OTAN portent une grande responsabilité. Il n'est pas possible de trouver un cadre de résolution de cette crise sans règles qui soient reconnues et respectées par tous.

Rappelons qu'en novembre 2010 - au terme d'un important Sommet populaire contre la guerre et le militarisme qu'a organisé le collectif Échec à la guerre - plus de 120 organisations de la société civile et plus de 170 personnalités ont endossé une Déclaration appelant la population québécoise à se mobiliser pour une réduction importante des dépenses militaires et la tenue d'un vaste débat public sur la politique étrangère canadienne. Le texte plaidait aussi la fin du partenariat militaire avec les États-Unis et le retrait du Canada de l'OTAN.

Pour terminer, le collectif Échec à la guerre a rappelé à de nombreuses reprises qu'il est illusoire de travailler à l'avènement d'un monde de paix et de justice sans s'opposer à la montée du militarisme ici même. Quel qu'en soit le prétexte, protestons contre tout engagement du Canada dans des guerres ou démonstrations de force de l'OTAN. Protestons contre le détournement des ressources publiques dans la guerre et sa glorification.

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