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Cyber et politique: un cocktail dangereux?

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Ce billet du blogue Un seul monde, une initiative de l'AQOCI et du CIRDIS, a été écrit par Hugo Loiseau, Ph.D., professeur à l'École de politique appliquée de l'Université de Sherbrooke. Il est membre du réseau SERENE-RISC, Réseau intégré sur la cybersécurité. Il est aussi auteur de la récente publication « La cyberguerre à l'ère du siège cybernétique », dans la revue Défense & Sécurité internationale (Hors-série, n°52, février-mars 2017). L'article qu'il publie ci-dessous porte sur l'influence de la cybersécurité au sein de la conjoncture politique internationale actuelle.

Depuis les révélations d'Edward Snowden en 2013, le phénomène cyber sort peu à peu du cercle restreint des experts et commence à faire la une de l'actualité. Les doutes jetés sur le piratage possible de la dernière élection présidentielle étasunienne en sont la meilleure preuve. Depuis, jour après jour, les informations s'accumulent à propos des impacts, réels ou fantasmés, du phénomène cyber sur-le-champ politique ; les élections présidentielles françaises seraient ciblées par le piratage ; le président Trump utiliserait son vieux téléphone non sécurisé pour tweeter ; le Parlement fédéral allemand a été piraté en 2015. Assistons-nous à l'émergence d'un phénomène politique durable? Les événements récents sont-ils un jeu de circonstances ou une tendance qui se développera à l'avenir?

Pour répondre à ces questions, il faut d'abord énoncer que le phénomène cyber n'est pas « à la mode ». En réalité, le cyber, c'est-à-dire l'envahissement de l'Internet et du cyberespace dans nos vies, nos relations sociales et nos collectivités, est présent depuis un certain temps déjà, bien qu'auparavant effacé de l'actualité, et il est là pour de bon. Si le passé récent est garant de l'avenir proche, le cyber va poursuivre son amplification extraordinaire des dernières années. Ses impacts n'ont pas fini de perturber l'actualité nationale et internationale. C'est pourquoi il est fondamental de comprendre et d'expliquer ce qui se déroule actuellement afin de renforcer la cybersécurité dans tous ses aspects (humains et matériels) et ainsi mieux anticiper les secousses politiques à venir. Certes, le tableau n'est pas totalement sombre et il semble pertinent de nuancer les analyses politiques de ce phénomène.

Une prise de conscience politique générale...

Le point commun des événements récents liés au phénomène consiste en ce qu'ils touchent tous de près la politique. Le cyber est enfin devenu un enjeu politique à part entière, poussant les gouvernements et les parlements à agir davantage à son égard. Le phénomène cyber a des conséquences directes, concrètes et polymorphes sur les populations et les États, et le fait de toucher directement la question politique n'en est qu'une déclinaison supplémentaire. À travers la politique, le cyber s'immisce encore plus, cette fois par le « haut » et de façon globale, dans la vie politique de tout le monde. Le cyber est donc devenu par la force des choses un enjeu politique majeur issu d'une prise de conscience politique générale.

Si le cyber est devenu un enjeu politique majeur, il est aussi devenu un enjeu démocratique du même calibre.


Si le cyber est devenu un enjeu politique majeur, il est aussi devenu un enjeu démocratique du même calibre. Plus spécifiquement, en affectant directement la légitimité des processus et de leurs résultats, le piratage cybernétique jette un doute sur les processus électoraux, un des fondements des démocraties. Comment pouvons-nous être certains de la « pureté » des élections à l'avenir? Comment avoir confiance envers des élus qui en sont issus? Plus graves encore, ces piratages seraient l'œuvre d'une ou plusieurs puissances étrangères dont les intérêts nationaux ne coïncident pas avec ceux des démocraties en question. Dans les derniers événements en date, la Russie manœuvrerait en ce sens, sans toutefois que cela soit irréfutablement démontré. Ce trucage des élections proviendrait du niveau international, et les populations n'ont que peu d'emprise sur les décisions qui y sont prises. Le cynisme politique se trouve corolairement doublement alimenté. Le cyber affecte de façon néfaste la représentation électorale, la gouverne des États et ébranle les démocraties. L'élection présidentielle aux États-Unis et le premier mois de l'administration Trump parlent d'eux-mêmes!

Néanmoins, cela pousse davantage les États démocratiques à coopérer afin d'endiguer les effets néfastes de ce phénomène. La conférence de Munich sur la sécurité en février 2017 a littéralement fait entrer les processus démocratiques dans les infrastructures essentielles à protéger des cyberattaques. La cybersécurité se retrouve donc au coeur de l'ordre du jour politique international, tout comme au centre de mesures préventives auprès des formations politiques.

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...face à un danger lancinant

Les atteintes à la démocratie ne sont qu'un aspect visible et inquiétant du phénomène cyber. En réalité, nous vivons dans un état de « cyberinsécurité » dissimulé et nous en subissons les conséquences quotidiennement. Autrement dit, les réseaux informatiques et le cyberespace sont porteurs de grands risques dus à l'ampleur de leurs vulnérabilités matérielles (failles et virus) et humaines (le comportement des internautes). Cet état de fait se projette ainsi pleinement dans le champ politique et il inquiète principalement pour trois raisons:

  • La multiplication de la puissance des acteurs qui maîtrisent le cyber va favoriser les piratages d'élections (cyberattaques, cyberespionnage) et les politiques d'influence (intoxication, manipulation...) sur les campagnes électorales à travers les médias sociaux et les sites d'informations orientées.
  • L'hybridation et l'asymétrie font soupçonner que les intrusions cyber dans les processus électoraux des démocraties occidentales font parties d'une campagne d'influence, voire de déstabilisation, plus vaste et à long terme de la part d'acteurs politiques ou criminels faibles. Ces derniers ont remporté une manche jusqu'à maintenant et rien ne dit qu'ils vont s'y arrêter.
  • Enfin, l'incertitude que génère le cyber dans le champ politique envenimera toujours davantage les relations internationales. Au-delà de la question de l'attribution des cyberattaques, il y a toute la question du contexte incertain dans lequel seront prises les décisions de politique étrangère, ainsi que leurs conséquences incertaines par manque d'information ou causées par de fausses informations (les désormais célèbres fake news).

Le cyber transforme et altère les rapports de force internes aux États et les rapports de puissance à l'international. Ce phénomène engendre un télescopage des enjeux politiques et internationaux grâce à la porosité inhérente aux réseaux et au cyberespace. Dans toute cette histoire, c'est la résilience des démocraties qui est mise à l'épreuve. Les acteurs publics doivent être en mesure de répondre à ces enjeux politiques et démocratiques, et ce, de façon équilibrée entre leur cadre légal (le respect des droits et libertés) et leur légitime défense (notamment en matière de sécurité nationale) face à ces intrusions « informatico-politiques ».

Chose certaine, à la lumière des événements politiques récents, une tendance s'installe quant à la prégnance de plus en plus grande du cyber sur-le-champ politique. La protection accrue des infrastructures essentielles, l'éducation des populations aux vertus de l'hygiène informatique et une meilleure coopération internationale sont des pistes de solutions face à ces problèmes. Toutefois, celles-ci demandent de la volonté politique qui fait souvent défaut devant des enjeux en apparence insolubles.

N'hésitez pas à contacter Ève Claudel Valade, coordonnatrice du blogue Un seul monde, pour en savoir davantage sur le blogue ou connaître le processus de soumission d'articles. Les articles publiés ne reflètent pas nécessairement les points de vue de l'AQOCI, du CIRDIS ainsi que de leurs membres et partenaires respectifs.

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