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Conservation de la Faune: vous me lancez de la poudre aux yeux avec votre prix honorifique

18/02/2015 01:11 EST | Actualisé 19/04/2015 05:12 EDT

La Loi sur les espèces menacées ou vulnérables (LEMV) fêtait ses 25 ans en juin dernier. Dans le cadre du Forum science environnement qui se tient le 18 février 2015, le gouvernement du Québec souhaite souligner la contribution de quelques individus à la protection des espèces menacées, dont la mienne dans la catégorie Conservation de la Faune.

J'ai eu la chance de recevoir nombre de prix et reconnaissances au cours des dernières années pour le travail acharné que l'on me reconnaît à vouloir protéger la rainette faux-grillon. À chaque occasion, je me suis senti honoré et privilégié. Cette fois-ci, cependant, c'est un profond malaise qui m'envahit. Plutôt qu'une médaille au cou, j'ai l'impression que c'est une poignée dans le dos qui m'attend si je participe à cette cérémonie. À l'image de la mise en œuvre de cette loi, cette reconnaissance m'apparaît n'être que de la poudre aux yeux.

Ce forum sera également l'occasion de faire le bilan de la LEMV. Qu'en est-il au juste ? Il aura fallu attendre 10 ans après son adoption pour qu'enfin une espèce faunique soit désignée. Parallèlement à cette première désignation qui voyait le chevalier cuivré devenir espèce menacée, Québec modifiait la définition de l'habitat d'une espèce faunique menacée pour éviter toute forme de protection automatique sur les terres publiques. Quand on sait que la protection des habitats est cruciale pour la survie des espèces menacées, comment expliquer qu'aucun des gouvernements qui se sont succédé au cours des 25 ans d'existence de la loi n'ait été à l'écoute des demandes répétées des biologistes pour que soient incluses, minimalement, des dispositions permettant de protéger leurs habitats sur terres privées ?

Que dire du tristement célèbre dossier de la rainette faux-grillon. Malgré trois avis scientifiques successifs (2007, 2010 et 2014) de l'équipe de rétablissement dont je suis membre qui alertaient Québec du dangereux déclin de l'espèce, malgré la publication d'un bilan catastrophique de la mise en œuvre de son plan de rétablissement, malgré l'élaboration d'une dizaine de plans de conservation adaptés aux situations locales, le gouvernement du Québec continue sans gêne d'autoriser la destruction de pans entiers de l'habitat de cette espèce. L'année dernière, alors même que les cloches sonnaient le 25e anniversaire de la LEMV, Québec autorisait la destruction du cœur de l'habitat de l'une de ses plus importantes populations située à La Prairie. Les avis des scientifiques du gouvernement et de l'équipe de rétablissement n'ont pas fait le poids devant les charmes des promoteurs du projet Domaine de la Nature maintenant devenu le projet Symbiocité.

Au cours des derniers mois, Québec a successivement éliminé le famélique budget des équipes de rétablissement, mis à la porte des dizaines de biologistes spécialisés en conservation de la faune menacée et continué à délivrer des certificats d'autorisation menant à la destruction d'habitats fragiles.

Quiconque prend conscience que le budget alloué par le gouvernement du Québec à la protection de l'environnement est inférieur à 0,5 % du budget annuel total se rend rapidement compte qu'il s'agit avant tout de coupures idéologiques qui n'ont rien à voir avec l'équilibre budgétaire. Comment accepter une telle reconnaissance dans ce contexte ? Vous me lancez de la poudre aux yeux. Je vous réponds avec la foudre aux yeux et la conviction que mon absence à votre funeste cérémonie contribuera davantage à la protection de la rainette, mon âme sœur nature, que votre sinistre loi.

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