Tobias Kurth

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La migraine: une affaire de gènes?

Publication: 26/06/2013 09:00

La migraine touche environ 20 % de la population adulte. Elle se caractérise par des maux de tête récurrents et très douloureux et entraine la survenue fréquente d'autres symptômes tels que des nausées et/ou une sensibilité à la lumière et au bruit. Elle touche 3 à 4 fois plus souvent les femmes que les hommes. L'enquête de santé Global Burden of Disease Survey 2010 l'a récemment classée au rang de septième maladie la plus invalidante et une des maladies neurologiques les plus coûteuses.

Comme toutes les maladies épisodiques, la migraine est difficile à étudier, car un système nerveux apparemment sain peut soudainement changer et provoquer de graves crises. On soupçonne depuis des décennies que la migraine est une maladie à forte composante génétique, mais ce n'est que récemment et grâce à des bases de données très importantes que l'on a pu associer la migraine à des marqueurs génétiques spécifiques.

Un grand consortium international auquel je participe pour l'Inserm et qui réunit une centaine de chercheurs dans le monde, vient d'identifier cinq nouvelles régions génomiques associées à la migraine. Pour cela, nous avons analysé les résultats de 29 études différentes représentant au total plus de 118 000 échantillons prélevés chez des patients migraineux ou non. Nos résultats viennent d'être publiés dans la prestigieuse revue Nature Genetics.

Pour traiter la migraine nous devons mieux comprendre ses causes et ses effets. Notre étude, je l'espère va permettre de dévoiler de nouveaux mécanismes biologiques impliqués dans les causes de la migraine.

Nous supposons que la plupart des gènes situés dans ces régions génomiques identifiées et associées à la migraine sont interconnectés. En d'autres termes, ils pourraient ensemble perturber le fonctionnement interne des tissus et des cellules du cerveau provoquant les symptômes de la migraine.

Ces 5 nouvelles régions viennent s'ajouter aux 7 déjà identifiées portant donc le nombre total de régions génétiques liées à la migraine à 12. Certaines régions identifiées sont situées à proximité de gènes connus pour jouer un rôle dans la régulation des circuits cérébraux ou responsables de la santé des tissus cérébraux. La "mauvaise" régulation de ces régions pourrait être à l'origine d'une éventuelle prédisposition génétique, un terrain favorable à la migraine.

Ces résultats sont une très bonne nouvelle mais ils ne sont qu'un point de départ pour poursuivre l'étude de ces mécanismes spécifiques. 134 autres régions génomiques pourraient être associées à la migraine. Mais, le fait de savoir si ces régions interviennent ou non dans la prédisposition à la migraine devra faire l'objet d'analyses plus approfondies.
A ce jour, les traitements symptomatiques restent les seuls disponibles à ce jour, qu'il s'agisse des triptans, des anti-inflammatoires, des antalgiques, prescrits seuls ou combinés, par votre médecin.

Anttila V, Winsvold BS, Gormley, Kurth T, et al. Genome-wide meta-analysis identifies new susceptibility loci for migraine. Nature Genetics

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  • Faire la grasse matinée

    Rien de surprenant dans le fait d'avoir le droit à une migraine après ne pas avoir assez dormi. Moins évident: le fait d'avoir le droit à une migraine après avoir trop dormi. "Le cerveau aime quand tout se passe comme d'habitude, ce qui est fiable, la routine", explique Dawn Buse. Ce qui inclut votre rythme de sommeil: dormir trop, pas assez ou encore subir un décalage horaire peut entraîner une crise migraineuse. "On encourage toujours les personnes à essayer de se réveiller à la même heure chaque jour, même le samedi et le dimanche", ajoute-t-elle. Ça semble difficile mais ça vaut le coup: vous pouvez non seulement éviter les maux de tête en respectant à une heure près votre rythme de la semaine mais cela vous assure aussi un meilleur sommeil. Décaler votre horloge biologique de plusieurs heures le weekend fait subir à votre corps ce que l'on appelle un décalage horaire social qui peut finir par causer des problèmes de sommeil et de santé.

  • Le contrecoup du stress

    On comprend que le stress puisse déclencher des migraines chez de nombreuses personnes. Mais apparemment, la période de détente qui suit peut avoir des conséquences similaires. Pour répondre au stress, le corps augmente les niveaux de nombreuses hormones, des niveaux qui chutent dès que nous nous calmons. Ce changement brusque est à l'origine de ce que l'on appelle la migraine "du weekend". Cela explique, par exemple, pourquoi une crise surviendra pile le premier jour des vacances, le premier jour d'une lune de miel ou le lendemain d'une démission, d'après Dawn Buse. Cette dernière a même assuré lors d'une réunion annuelle sur la maladie en 2011 qu'il existait 20% de chances supplémentaires d'avoir une migraine dans les 12 à 24 heures suivant un changement d'humeur semblable. Voilà qui souligne l'importance qu'il y a à savoir gérer son stress de façon efficace. "C'est vraiment compliqué à faire mais c'est primordial", conclut Dawn Buse.

  • La pluie

    Bien qu'il n'y ait encore aucune étude qui soit parvenue à établir un lien évident entre les maux de tête et la météo, des patients racontent souvent avoir davantage de migraines les jours pluvieux, affirme le docteur Silberstein. Impossible de contrôler les éléments, certes, mais vous pouvez faire un effort supplémentaire pour éviter les mécanismes déclencheurs de migraines les jours de mauvais temps.

  • La nourriture

    Le mystère reste entier sur les aliments qui provoqueraient des maux de tête: les études scientifiques ne sont pas concluantes. Cependant Dawn Buse pense que la nourriture contenant de la tyramine (comme le vin rouge, les fromages affinés, les viandes transformées, etc.) et des tanins (comme le vin rouge, le thé, le café, le jus de pomme, etc.) pourrait engendrer une crise. Des additifs alimentaires comme le glutamate de sodium, l'aspartame et les nitrites pourraient aussi être des déclencheurs (les données récoltées sont anecdotiques et non scientifiques). Tenir un journal peut vous aider à identifier les aliments qui vous semblent être à l'origine de vos migraines. "Quelqu'un aura un problème avec tel aliment, ce qui ne sera pas le cas avec quelqu'un d'autre", ajoute Dawn Buse. Avant de vous lancer dans des régimes particuliers pour éviter les migraines, cette dernière conseille néanmoins d'en discuter avec votre médecin au préalable.

  • Les variations du niveau d'œstrogène

    Les fluctuations du niveau d'œstrogène — que ce soit lors des règles, de l'arrêt de la pilule, d'une grossesse, des jours qui suivent l'accouchement ou de la ménopause — peuvent entraîner des migraines. Elles peuvent vous rendre plus sensible aux mécanismes déclencheurs de migraines. Si vous remarquez que vous avez davantage de migraines entre votre période d'ovulation et vos règles, vous devriez en parler à votre médecin qui pourra vous conseiller de changer de pilule, suggère Dawn Buse.

  • Le parfum des collègues

    C'est une odeur tellement présente qu'elle finit parfois par vous donner mal à la tête. Les stimuli sensoriels comme des lumières intenses (le soleil, un écran d'ordinateur ou de cinéma), des odeurs prégnantes (le parfum ou la fumée de cigarette) ou des sons trop élevés peuvent tous causer des migraines, affirme Dawn Buse. Seules solutions: porter des lunettes de soleil, demander à vos collègues et/ou amis d'utiliser, si possible, leur parfum avec modération et de fumer dans des endroits bien aérés.

  • Boire du café (et ne pas en boire assez)

    Il y a un double effet. Trop de caféine peut vous donner mal à la tête mais les gros buveurs de café peuvent avoir une migraine s'ils n'ont pas leur dose. D'après le docteur Silberstein, la caféine pourrait aussi être responsable des migraines "du weekend" si vous consommez des litres de café la semaine et que vous n'en prenez pas quand vous êtes de repos. Pour éviter ces maux de tête, Dawn Buse recommande de limiter les doses quotidiennes à 200mg (soit une tasse de café). Vous en consommez plus? Diminuez progressivement pour limiter les effets de manque qui donnent la migraine.

  • L'alcool

    Le corps transforme l'alcool en acétate, ce qui peut entraîner des migraines, estime le docteur Silberstein. Pour éviter les lendemains difficiles, ce dernier conseille de boire avec modération, de prendre du naproxène (Alevetabs) ou de l'ibuprofène (Nurofen) au préalable et de boire en mangeant. Même si tous les alcools peuvent donner mal à la tête, Dawn Buse pense que les boissons foncées (vin rouge, whisky, etc.) seraient pires (bien qu'aucune preuve tangible ne soit disponible).

  • Le sexe

    À en croire Dawn Buse, l'effort physique — y compris le sexe — peut déclencher une migraine. Bien que l'on ne comprenne pas exactement les causes de ces maux de tête, on soupçonne qu'un changement chimique dans le cerveau — surtout pour les moins sportifs — pourrait être responsable. À moins que ce ne soit dû à une sensibilité accrue par une crise ayant débuté avant l'effort, explique-t-elle. Mais bonne nouvelle: faire du sport régulièrement peut réduire le nombre de ces migraines. "Si vous vous entrainez de façon régulière, le corps fabrique ses propres antidouleurs", assure le docteur Silberstein. (Et encore mieux que le sport: selon une étude publiée l'année dernière, le sexe pourrait soulager la migraine chez certaines personnes) Pour commencer en douceur, Dawn Buse suggère de s'essayer au yoga, au vélo ou à la natation.

  • Sauter un repas

    Une fois encore, la routine est un élément clé pour les migraineux. Sauter un repas ou jeûner peut donc entraîner des maux de tête, affirme le docteur Silberstein. On ne connait pas exactement les raisons, explique-t-il, mais il pourrait y avoir un rapport avec la baisse du niveau de glucose. Quoi qu'il en soit, manger régulièrement est important pour éviter d'avoir à traverser une crise.

 
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