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Miley Cyrus : caricature de l'hypersexualisation

Publication: 29/08/2013 15:58

Gros titres, réactions en chaine, visages figés dans une expression d'horreur, images- chocs à l'appui, Miley Cyrus aurait-elle franchi les limites du tolérable ?

Arrivée à la cérémonie des Videos Music Awards coiffée de petites cornes, la jeune diablesse s'est déshabillée en s'exposant toute crue et presque toute nue devant une foule à la fois médusée et confuse.

Avec l'arrogance réservée à l'élite des provocatrices, langue sortie tel un clown de fêtes foraines désespéré, boudinée dans une culotte en latex couleur chair, Miley a su démontrer ses talents de «grindeuse» devant des millions de téléspectateurs sidérés. Ses fans, composés principalement de jeunes, voire d'enfants, ont vu leur idole se métamorphoser en une sorte de démone déjantée et possédée par une étrange envie d'autodestruction. Devant cette performance extravagante et salace, les « What The F*** ? » se lisaient sur les lèvres des spectateurs éberlués. La surprise des uns a rapidement fait place à une indignation généralisée.

Alors qu'elle prétendait s'afficher comme un être totalement libéré, Miley a su, le temps d'une chanson, enterrer définitivement son image de petite fille innocente et, par la même occasion, écorcher à vif l'image de la femme en devenir.

miley cyrus

Certaines féministes ont applaudi son audace, d'autres ont dénoncé son attitude dégradante et d'autres encore l'ont accusé de racisme envers la culture noire. De toute évidence, chacun y allait de ses reproches.

On s'est donc insurgé devant les doigts d'honneur et les simulations de masturbation offertes par une Miley vraisemblablement amusée. On a crié au scandale en voyant cette gamine, manquant totalement de jugement, se frotter le derrière sur la vedette masculine costumée en proxénète.

Alors que les médias s'acharnaient déjà sur la rebelle, personne ne jugeait nécessaire de réagir aux prestations de Robin Thicke, de 2 Chainz ou de Kendrik Lamar avec qui elle partageait la scène!

Personne n'a cru bon de se révolter contre ces artistes masculins qui scandaient des obscénités dégradantes et offensantes. Pourtant, les textes de Blurred lines et de Give it to you renferment davantage d'éléments choquants que les maladresses de la pop star en pleine crise d'identité.

Quelques extraits suivis de leur traduction libre illustrent ci-dessous mon propos :
• «Yeah, I had a bitch, but she ain't bad as you» - (J'avais une salope (chienne), mais elle n'est pas aussi vicieuse (cochonne) que toi)
• «I'll give you something big enough to tear your ass in two» - (Je vais te donner quelque chose d'assez gros pour déchirer ton cul en deux)
• «Shake the vibe, get down, get up » - (Dandine-toi, à genou, relève-toi)
• «Do it like it hurt, like it hurt»... - ( Fais-le comme si ça faisait mal)
• «Baby can you breathe ? » - ( Bébé, respires-tu encore ?)

Comment peut-on danser au son de telles paroles et taper des mains, tels des enfants en récréation, sans que personne n'y trouve quelques sordides turpitudes?

Pourtant, dix filles en vêtements blancs déchirés se sont déhanchées, ont «twerké », alors que trois autres, en combinaison de joueur de football secouaient leur derrière surdimensionné. Sur une autre scène, quatre pinups en maillot rouge, rappelant étrangement les Pamela de la série culte Baywatch, brandissaient à bout de bras des panneaux bricolés faits de paillettes et illustrant des objets de luxe: Champagne, Rolex, yacht et autre possessions de riches parvenus.

La foule a applaudi ces mâles tout-puissants étalant fièrement leur bling-bling et leur meute de femelles. Elle a consacré ces barbares nouveau genre, qui à leur façon, ne cessent de promouvoir la violence envers les femmes tout en les traitant comme de simples objets sexuels, consommables et jetables.

Miley, comme tant d'autres filles de son âge, a sans doute voulu se montrer aussi provocante que ces bimbos en bikinis qui polluent les clips vidéo musicaux. En adoptant de tels comportements vulgaires et désinvoltes, peut-être pensait-elle se frayer une place parmi les «Bitches» de ces alpha-mâles en vogue?

Ne serait-elle pas, en bout de ligne, tout simplement victime de son époque ?

Ces genres musicaux actuels incitent les femmes à se comporter comme de véritables prostituées dociles, soumises et soucieuses de gagner l'admiration de leur «homme» en satisfaisant en silence leur moindre désir.

Pensant pouvoir s'affirmer dans ce monde à domination masculine, Miley a maladroitement choisi de provoquer pour, aussitôt sa prestation terminée, en subir les conséquences en se faisant insulter et dénigrer.

Au lieu de se comporter comme un gangsters-rappeurs de bas-fonds, elle aurait sans doute mieux fait de profiter de son statut de pop star pour embrasser et promulguer de véritables valeurs féminines.

Une génération entière s'identifie à ces idoles sans scrupules. Les jeunes, grands grands consommateurs de musique, chantonnent refrains et tubes en vogue sans toujours en comprendre le sens ou la portée. À défaut d'autres modèles réellement inspirants, ces derniers copient allègrement les habitudes et les comportements sexistes dépeints dans les clips musicaux ou les prestations comme celles des VMA dans lesquelles, sexe, violence et asservissement des femmes sont banalisés.

Il est si facile de lancer la pierre à Miley Cyrus, mais que faisons-nous, en tant qu'individu pour défendre la dignité des femmes ?

Il serait grand temps que chacune d'entre nous comprenne sa propre valeur en tant que femme et que nous cessions de nous offrir comme des morceaux de viande aux loups affamés. Si d'une seule voix, nous décidions de ne plus nous prêter aux jeux des hommes malveillants et refusions de nous déshabiller, de nous dandiner, de nous frotter sur eux pour leur plaisir ou d'assouvir leurs moindres fantasmes, ces derniers seraient bien obligés de nous considérer autrement.

Nous ne sommes pas des putes de service! Qu'on se le dise!!

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