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L'élégance ne se résume pas aux apparences

04/03/2013 11:40 EST | Actualisé 04/05/2013 05:12 EDT

Du haut de ses 5'1'' ma mère, une petite brunette pimpante, se maquillait uniquement les lèvres et les ongles d'un rouge écarlate. Toujours au fait des tendances les plus actuelles, elle prenait soin d'agencer chapeau, gants, sac à main et chaussures à ses ensembles de facture classique, auxquelles elle ajoutait une petite touche «edgy» qui correspondait sans doute à son côté rebelle.

Jamais elle ne fût provocante. La vulgarité ne faisait certainement pas partie de son vocabulaire et bien encore moins de la façon de se présenter. À cinquante ans, au début des années 70, elle portait le cuir noir de la tête au pied avec autant d'élégance que sa petite robe fleurie du dimanche.

L'élégance me fut bien enseignée et j'y attache depuis beaucoup d'importance.

Lorsque je croise de jolies jeunes filles dans la rue, les yeux outrageusement maquillés de khol noir, le ventre à l'air, dévoilant avec arrogance les bretelles de leur soutien-gorge alors qu'elles sont juchées sur des talons directement sortis des films XXX, j'avoue avoir un brin de nostalgie. Je retiens mon souffle et je me console en me disant que ces accoutrements ne sont que l'expression d'une mode réactionnaire. Mais en s'habillant ainsi, elles associent malheureusement trop souvent cet accoutrement à un ''je m'en foutisme'' tout aussi provoquant.

Est-ce une question d'époque?

Les modèles que l'on retrouve par dizaines dans les émissions de téléréalité polluent l'univers des jeunes femmes et faussent leur jugement. La manière dont ces poupounnes du petit écran s'expriment, s'assoient, pour ne pas dire s'avachissent, et qui marchent, les épaules voutées en claquant leur chewing-gums tout en dialoguant avec les autres ne les rapprochent certainement pas de l'élégance.

Si l'élégance ne semble pas être particulièrement valorisée dans notre société postmoderne et ultra-sexualisé, sans doute est-ce dû au fait que nous avons mis en veilleuse certaines des qualités et des valeurs résolument féminines pour laisser la place à un nivellement par le bas caractérisé par un laisser aller et la tendance vers une vulgarité généralisée. Pourtant, l'élégance contribue de manière exceptionnelle à rendre justice à la beauté féminine et l'éloigne radicalement de la grossièreté. L'élégance trace la voie vers le raffinement et apporte avec elle, la subtilité et la délicatesse afin de s'opposer de façon catégorique à une forme de canaillerie trop souvent implicitement encouragée.

L'élégance est habituellement perçue comme la marque d'une certaine sophistication. Elle se présente sous la forme d'une valeur constructive. Elle vise à établir une certaine cohérence, un certain équilibre entre le souci du détail et celui de l'ensemble. Une harmonie dans l'allure, l'apparence, la gestuelle et l'expression de l'individu.

En quelques mots, l'élégance est un art de vivre mêlant culture, savoir vivre, authenticité et bonnes manières qui permet à l'individu d'exprimer la façon dont il se définit à travers ses rapports avec les autres. Car c'est dans ses rapports avec les autres que l'élégance prend toute son importance et sa signification : elle élève l'individu.

En nous obligeant à offrir aux autres la forme la plus évoluée de nous-mêmes, l'élégance nous conduit à partager le meilleur de nous-mêmes avec tous ceux qui nous côtoient. Elle nous porte à cultiver le respect.

L'élégance doit être naturelle, intériorisée et affinée par l'expérience. Ainsi, seul un travail sur soi permet de l'acquérir et d'en exprimer son originalité. Elle doit projeter avec aisance, et sans effort apparent, l'essence de notre personnalité.

Certaines grandes dames, qui ont marqué leur époque de leur empreinte et qui ont su éveiller en nous le désir de leur ressembler demeurent de parfaits modèles d'élégance : Cléopâtre, Coco Chanel, Rita Hayworth ou Andrée Lachapelle au Québec, sans oublier la référence légendaire, Audrey Hepburn pour ne nommer qu'elles.

Il existe dans toute femme sensible aux valeurs féminines, un profond désir de posséder une parcelle du secret qui caractérise ces championnes du raffinement. Ces icônes de la féminité fascinent et forcent autant l'admiration des hommes que des femmes. Elles nous rapprochent de la représentation de la beauté et de l'esthétisme pour nous les rendre accessibles. Elles sont une grande source d'inspiration.

L'élégance ne se résume pas aux apparences

Bijoux, vêtements de couturiers, chaussures de designers célèbres, cosmétiques et soins du corps ne peuvent suffire à créer l'élégance. Car l'élégance va bien au-delà des apparences. Ce n'est pas en portant une robe de chez Dior ou Marie St-Pierre, des chaussures de Jérôme C. Rousseau ou en fréquentant quelque évènement à la mode que nous nous qualifions pour répondre aux critères qui mènent à l'élégance. L'argent, la popularité, le rang social ou même l'intelligence ne garantissent pas notre entrée au Panthéon de ces femmes remarquables. A cet égard, les émissions actuelles de téléréalité nous fournissent un bel exemple des limites de la portée des apparences...et de ce qui est totalement le contraire de l'élégance!

Il est assez facile de comprendre que le succès professionnel, la popularité ou la fortune n'arriveront jamais à camoufler l'ordinaire ni à masquer la grossièreté. L'élégance ne s'achète pas et ne s'emprunte pas, tout comme le bon goût d'ailleurs. Par contre, elle s'apprend.

« Le luxe est une affaire d'argent, l'élégance une affaire d'éducation. » disant si bien, Sacha Guitry

Extrait de mon livre : «L'Art de porter les talons hauts, les secrets de l'élégance» Éditions Béliveau 2012