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Esthétisme génital, perversion d'une nouvelle mode

09/09/2013 03:20 EDT | Actualisé 09/11/2013 05:12 EST

Les publicitaires et marchands de beauté tirent profit du besoin irrationnel des femmes de plaire. À grand coup de campagnes promotionnelles, ils conditionnent les consommatrices à se remettre constamment en question en créant chez elles un sentiment permanent d'insécurité.

Le message est clair et résonne dans leurs têtes. «Vous n'êtes pas assez belles».

Dernière trouvaille des fabricants sans scrupule ? Attaquer le sexe féminin. Le discours, parfois subtil ou carrément choquant, véhicule l'idée que la vulve est laide et puante. Ce même sexe, qui a pourtant comblé des centaines de millions d'hommes depuis Adam, serait soudainement devenu répulsif et impropre à la consommation. Ici encore, on a cherché et trouvé un autre moyen d'ébranler l'estime de soi des femmes et ainsi faire raisonner les tiroirs-caisses.

Déjà suffisamment complexées par leurs petits bourrelets, leur taille un peu épaisse, leurs seins tristounets ou les quelques vergetures inscrites sur leur ventre, les femmes vivent maintenant au cœur d'un nouveau cauchemar, aussi absurde soit-il.

Miroir entre les cuisses, elles pleurent de voir leur vulve si abjecte!

Si, il y a encore pas si longtemps, on leur demandait de se débarrasser des poils pubiens (oh, combien dégueulasses!) il est dorénavant souhaitable de purifier, aseptiser et redessiner cette vulve pouacre et indécente. La liste des travaux est longue, douloureuse et bien entendu, coûteuse. Couper les petites lèvres qui dépassent des grandes lèvres, blanchir la couleur de la peau, resserrer et ficeler le vagin probablement trop souple pour remplir efficacement son rôle de masturbateur de pénis, décalotter le clitoris et, si besoin est, reconstruire l'hymen afin de simuler une parfaite virginité. Elles sont ainsi des milliers à courir chez le chirurgien dans l'espoir de retrouver une vulve parfaitement dessinée et digne d'être aimée.

Nous pourrions en rire si ceci était une plaisanterie, mais aux quatre coins du monde, le corps médical s'inquiète du nombre grandissant de demandes d'interventions. De leur côté, les associations féminines et féministes dénoncent fortement le phénomène et attribuent cette nouvelle folie des femmes à l'ignorance qu'elles ont de leur propre corps.

«Ma vulve est-elle normale? », se demandent-elles.

S'il est facile de comparer son nez ou ses seins avec des milliers d'autres nez ou seins et ainsi évaluer la pertinence de modifier son apparence pour mieux se conformer à des modes ou des normes culturelles, combien de vulves a-t-on vraiment observées pour affirmer que sa propre vulve serait anormalement difforme, inesthétique ou inacceptable? Malheureusement, les références esthétiques facilement disponibles du sexe féminin se trouvent tout particulièrement dans les images issues de la pornographie ou les magasines érotiques. Or, selon les critères de beauté ou de censures des pays éditeurs, les photos sont systématiquement retouchées afin de camoufler certaines parties ou particularités du sexe féminin jugées trop intimes ou esthétiquement inintéressantes. Ainsi, souris à la main, les spécialistes de Photoshop effacent les petites lèvres apparentes, gonflent les grosses, camouflent le clitoris et font disparaitre tous les plis et replis. La vulve, parfaitement sculptée ressemble dorénavant à celle d'une poupée ou d'une fillette. Elle est rose, petite, contenue et symétrique.

Devant ces images, les femmes se comparent et ne se consolent guère ! Bien au contraire.

Confrontées à ces nouvelles normes juvéniles, les femmes réagissent de manière complètement excessive et insensée. Les statistiques démontrent une augmentation substantielle des interventions chirurgicales comme la Labioplastie (réduction et embellissement des lèvres génitales), la Vaginoplastie (rajeunissement ou serrage du vagin) ou l'Hoodectomie (circoncision du clitoris), particulièrement chez les jeunes.

Or, si l'industrie de la beauté peut applaudir l'apparition de ce nouveau filon qui promet d'être aussi lucratif que les implants mammaires l'ont été depuis les vingt dernières années, personne ne semble s'inquiéter autre mesure des conséquences de ces interventions sur la sensibilité de la vulve et du plaisir ressenti lors des relations sexuelles. Et de toute évidence, on ne souhaite pas non plus, se préoccuper des incidences psychologiques de telles opérations.

Que se passe-t-il dans la tête des femmes pour qu'elles soient si enclines à se faire charcuter ainsi ? Elles sont pourtant promptes à dénoncer l'excision du clitoris de millions de petites africaines alors qu'elles choisissent de faire cisailler leur propre sexe. Volontaires ou forcées, ne sont-elles pas toutes victimes de mutilations ?

En revanche, et pour celles qui craignent de passer sous le bistouri, les compagnies de cosmétiques ont mis sur le marché une panoplie de crèmes prometteuses. Certaines servent à rajeunir le vagin pour lui donner l'aspect de celui d'une jeune fille...vierge...et d'autres à décolorer une peau trop sombre. Comme si la blancheur était synonyme de beauté.

Par ailleurs, celles qui décident de ne pas recourir à ses subterfuges se montrent souvent suffisamment choquées ou bouleversées à la vue de leur sexe, qu'elles s'enferment dans un silence ravageur qui limite leur épanouissement sexuel, inhibe leur désir et meurtrit à jamais leur fierté d'être femme.

Dans tous les cas, la femme est conditionnée à se sentir moche, encore moche et toujours moche!

La pornographie et la publicité excellent dans l'art de contrôler l'image de la femme. Ils fabriquent des modèles surréalistes qui s'installent insidieusement dans l'inconscient et perturbent complètement la perception que la femme peut avoir d'elle-même. L'humiliation et la dévalorisation, largement utilisées comme des outil ( ou armes) redoutables, servent essentiellement à détruire l'estime de soi et à pousser les individus à la consommation.

À force d'être exposées à des modèles de perfection presque impossible à atteindre, les femmes finissent par porter des jugements trop sévères sur leur corps et apprennent à détester chaque partie de leur anatomie, les unes après les autres, remettant en doute, par la même occasion, leur capacité à être désirable.

En réaction à ce mépris du sexe féminin, sexologues, psychologues, guérisseurs, professeurs de yoga, prêtresses tantriques, poètes et motivateurs de tous genres encouragent les femmes à découvrir leur vulve et apprendre à l'accepter et l'apprécier. Certains offrent même des formations et ateliers, et s'ils peuvent sembler farfelus, leur vocation est toutefois très noble.

Nous vivons dans un monde bien superficiel où le culte du corps a finalement pris le dessus sur l'importance de l'être. Les femmes, premières victimes de campagnes racoleuses, semblent complètement anesthésiées et suivent la mouvance sans trop rechigner. Elles demeurent les plus grandes consommatrices de produits de beauté et de chirurgies esthétiques. Et pourtant, chaque jour, elles se regardent sans jamais vraiment trouver à s'aimer.

Il grand temps que nous cassions nos miroirs et que nous cessions enfin de nous comparer et de nous sous-estimer. Et si certains hommes appréhendent de fouiller entre nos cuisses, goûter notre moiteur et humer notre parfum, c'est qu'ils ne sont pas dignes de pénétrer notre univers parfaitement féminin.

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