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La fabrique de pétasses

12/06/2013 11:33 EDT | Actualisé 12/08/2013 05:12 EDT

Les femmes ont la mauvaise réputation d'agir comme de véritables «bitches» entre elles. C'est ce que me rapporte un bon nombre de personnes lorsqu'elles me décrivent les relations féminines. Hypocrisie, langue sale, crêpage de chignon, jalousie, mensonge, tromperie et insulte semblent être au top du palmarès des comportements et des défauts féminins le plus courant. Pourtant, je demeure très sceptique et j'avoue avoir beaucoup de mal à me convaincre que les femmes adoptent naturellement une telle attitude de pétasse.

De tous les temps, les femmes se sont montrées des compagnes solidaires qui ont su lutter contre toutes formes d'oppressions visant à leur enlever leur liberté et les réduire à ce qu'elles ne sont pas. Quelque soit leur culture ou leur histoire, elles ont toujours eu le courage de surmonter leurs craintes et se rallier pour former un puissant bouclier alors qu'on souhaitait les enfermer, les brimer, les taire, les exclure, les empêcher, les diriger, les brûler, les soumettre, les exciser, les vendre, les exploiter, les violer ou même les tuer. Main dans la main, elles ont mené de nombreuses batailles, ici et aux quatre coins du monde, espérant que leurs propres filles soient protégées des despotes et oppresseurs afin qu'elles puissent vivre en toute quiétude et enfin nourrir leurs rêves. De nature, les femmes ne sont pas des guerrières. Bien au contraire. Elles ne cherchent pas systématiquement la confrontation, les conflits ni même la compétition. Et elles ne sont certainement pas des «bitches».

Pourtant, ce qui nous est constamment présenté, c'est bel et bien l'image d'une femme aigrie, acide, toxique, violente, arrogante, sournoise et hystérique prête à anéantir sa voisine pour d'arriver à ses fins.

Il ne suffit que de regarder tous les magazines à potins ou pire encore les fameuses téléréalités pour constater combien les relations féminines sont dépeintes de manière négative et destructrice. Toutes ces images de filles en train de se chicaner comme des poulettes de basse-cour à la moindre occasion et pour les raisons les plus futiles me laissent croire que quelqu'un a délibérément mis un grain de sable dans l'engrenage si bien huilé des relations féminines. Il faudrait être aveugle pour ne pas s'apercevoir que quelqu'un se fout complètement de notre gueule en cherchant à semer la bisbille au sein de notre sororité.

J'en suis venue à me demander si tout ce cirque autour de la «fabrique à pétasses» n'était pas nourri par un désir profond de distraction. Pendant que les femmes seraient occupées à s'envoyer des bêtises par copines interposées, elles ne s'occuperaient pas de politique ou d'économie. En les contenant dans des rôles de Bimbos préoccupées par leur apparence et leurs intrigues stupides, elles ne pourraient se prévaloir du privilège de se mêler des affaires historiquement réservées aux....hommes.

Mesures défensives? Protectionnisme chauvin? Ou simplement une représentation plus acceptable du fantasme masculin des batailles de femmes nues dans la boue?

J'exagère, me direz-vous! Peut-être. Alors pourquoi ces prises de bec bruyantes et flamboyantes sur les écrans de nos téléviseurs ou sur les couvertures des feuilles de chou seraient-elles aussi populaires? Pourquoi les médias dépenseraient-ils autant d'argent pour mettre en scène des femmes en train de s'arracher les yeux?

Faire l'éloge de la pétasse est une manigance odieuse qui n'est rien d'autre qu'une manière détournée de soumettre la femme en la cantonnant à un rôle insignifiant, inutile et méprisable. Après la jeunette de Jersey Shore ou d'Occupation double, nous avons eu droit aux femmes plus matures des émissions Real House Wife of ... et plus récemment, comble du comble, les Preatty Wicked moms! Eh! oui, même les mères, jusqu'à maintenant épargnées, passent à la moulinette. Elles partagent toutes des traits communs : elles sont jolies avec un visage botoxé, une poitrine boursoufflée de silicone et une langue sale, vraiment sale!

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Les stars qui sortent avec l'ex de leur meilleur(e) ami(e)

Personne ne me fera croire que la majorité des femmes se reconnaissent ou peuvent s'associer à ces personnages féminins dépourvus de toute grâce ou d'élégance, dotées d'une intelligence équivalente à celle d'un chat et utilisant le vocabulaire restreint d'une concierge parisienne. En écoutant ces émissions, nous encourageons ainsi, jour après jour, la fabrique de pétasses. Nous acceptons ainsi l'étiquette qui nous colle à la peau, celle de la «bitch», conne et risible.

Sans vouloir chercher à vous consoler, hors de nos frontières, ce n'est guère mieux. L'Amérique ne vit pas cette décadence en solitaire. Chez nos cousins français, les cotes d'écoute de l'émission « Les anges de la réalité» explosent depuis le phénomène Nabilla, reine adulée et complètement débile, mais combien baisable.

Cette fascination pour cette manufacture de femmes belles, idiotes et méchantes est absolument consternante, mais surtout inquiétante.

Si d'un côté, il y a ces militantes courageuses qui s'exposent à des représailles parfois féroces alors qu'elles s'organisent dans des mouvements préconisant le respect des droits et libertés pour tous et la dignité de chacun, de l'autre, il y a les autres qui permettent qu'on les dépouille de cette même dignité en s'exposant comme des phénomènes de foire. C'est à rien n'y comprendre.

De toute évidence, la majorité des femmes ne ressemble en rien à ces nouveaux modèles. Mais combien de temps pourrons-nous résister avant de nous y conformer? À force de gaver les auditeurs (trices) et les lecteurs (trices) d'exemples de cet acabit, ne sommes-nous pas en train de transformer profondément notre société ? Mais surtout, je me demande : quel est le message que nous envoyons à nos filles ? Quel héritage féminin leur laissons-nous?