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Promenade en Larousse

29/05/2013 01:22 EDT | Actualisé 29/07/2013 05:12 EDT

Découvrir un talent d'écrivain est chose rare, d'autant plus rare lorsqu'il s'agit du talent d'un homme de 92 ans. C'est avec grand plaisir que je vous présente ce texte écrit par mon père, homme érudit, curieux et espiègle qui lit en 3 langues et s'amuse à taquiner les mots.

DANS MON JARDIN

Mon amie, j'aimerais vous faire visiter un jardin à nul autre pareil auquel nous pouvons tous avoir accès à tout moment de la journée. L'entrée est gratuite. Il suffit de manifester de la patience, de la curiosité, de l'amour et le goût des nouveautés. Car il cache dans son espace cartonné des sujets insoupçonnés. Je vous y invite. Entrons et faisons le tour article par article.

Ouah ! Quelle abondance ! Quelle profusion infinie ! Voilà déjà une exclamation bien méritée. L'entrée nous asperge d'un complément de couleurs et de formes dont la majorité est inconnue de la part des visiteurs contractés qui s'exclament devant tant d'attributs et de splendeurs.

Les nombreuses allées en esse et les promenades parées d'étangs bleutés offrent sans tarder leurs parfums définis. Des interrogations se posent. Mais avant de poser ces questions imparfaites, je vous le suggère, mettons quelques points de suspension réfléchis. Car on ne sait jamais quelles voyelles liliacées ou quelles consonnes capitulées nous allons rencontrer au premier détour du sentier imparfait.

Qu'en dites-vous, mon amie, ne dirait-on pas que cette plante originale semble coiffée d'un accent circonflexe ? Contemplons ces boutons de roses groupés en deux-points et ces superbes orchidées courbées en virgules appuyées sur la barre oblique. Regardez, tout au fond, les tournesols majuscules qui montent fièrement la garde, alors qu'au pied de l'orme capital sommeillent en pointillés les minuscules pois de senteur si odoriférants.

Le soleil finit de déchirer les derniers nuages en arrobas accumulés durant la nuit chaude et pluvieuse. En complément, les dernières gouttelettes glissent sur les feuilles en vé, les cigales articulent leurs stridulations dans les herbes folles, pendant que le rouge-gorge affamé s'efforce de tirer de l'ovale gazonné un lombric récalcitrant.

Chère amie, si vous le voulez bien, mettons entre guillemets ces images poétiques des noms et même des prénoms attribués à ces fleurs inconnues, et osons quelques sauts sur ces pavés en carré ou en étoile. Déposons sur ces chardons non pas des accents aigus, mais des accents graves : ils sont si déprimants ; je les mettrais même entre parenthèses. Il est toutefois impératif présent de souligner les temps passés et futurs dévolus à l'entretien de ce jardin merveilleux.

Dites donc, c'est l'heure de la pause ! Si vous êtes d'accord, chère compagne,, mettons pour un moment un point final à ce verbe. Laissons les oiseaux égailler ce paradis si charmeur. En attendant, déposons sur le banc de pierre tout à côté, ce richissime dictionnaire, que nous l'appelions Littré ou Larousse, et allons prendre le thé sous la tonnelle fleurie...les cookies du jardinier sont délicieux.

Henri