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Personnes handicapées: le Canada doit faire mieux

04/12/2014 10:56 EST | Actualisé 03/02/2015 05:12 EST

Nous avons souligné mercredi le 23e anniversaire de la Journée internationale des personnes handicapées. De nombreux progrès ont été réalisés dans le monde entier afin de favoriser la compréhension de l'invalidité et d'accroître l'appui à la dignité, au droit et au bien-être des personnes handicapées. Ici, au Canada, nous célébrons ces réalisations avec fierté, mais nous savons qu'il reste encore beaucoup de chemin à parcourir.

Un exemple parmi tant d'autres : ne pouvant plus répondre aux besoins de son entreprise de comptabilité en raison de la douleur causée par sa polyarthrite rhumatoïde, Marianne a sombré dans la pauvreté et a été obligée d'utiliser des cartes de crédit afin d'acheter à manger et de se procurer d'autres biens essentiels.

Malheureusement, pour les gens comme Marianne, leurs familles et leurs proches, ainsi que pour les Canadiens (un sur six) qui sont touchés directement par l'invalidité, cette histoire est bien trop courante.

Les personnes handicapées au Canada ont trois fois plus de risque de vivre dans la pauvreté que les autres Canadiens. Il est également plus probable qu'elles aient à vivre dans une maison en besoin de réparations structurelles majeures. Deux millions de Canadiens ne reçoivent pas le soutien dont ils auraient besoin afin de faire des activités de tous les jours.

Le premier rapport du Canada soumis l'année dernière - avec deux années de retard - au Comité des droits des personnes handicapées des Nations unies, reconnaissait que même si le Canada a signé la convention des Nations Unies relative aux droits des personnes handicapées « des problèmes persistent, dont des obstacles en matière de langue et de communication, d'apprentissage et de formation, et de sécurité ».

En effet, entre les retards au Tribunal de la sécurité sociale, la suppression du service de livraison du courrier à domicile par Postes Canada et l'inaction du gouvernement par rapport à la crise du logement abordable, il est évident que le gouvernement fédéral actuel ne se soucie pas des défis auxquels sont confrontées tous les jours les personnes handicapées.

Fidèles à eux-mêmes, les conservateurs n'ont pas mis en œuvre la convention de l'ONU.

Pourtant en la ratifiant, le Canada s'était engagé à la mise en œuvre graduelle des droits de la personne des personnes handicapées, à la suppression des obstacles qui marginalisent et discriminent contre les Canadiens vivant avec un handicap.

Surtout que la discrimination due à un handicap est une violation grave des droits de la personne. Or, l'année dernière, près de la moitié des cas présentés à la Commission canadienne des droits de la personne sont des cas de plaintes de discrimination fondée sur la déficience.

De plus, les conservateurs n'ont pas nommé d'organisme d'examen indépendant afin d'assurer la mise en œuvre de la convention et d'assurer que la société civile soit impliquée dans le processus.

Les paroles en l'air ne suffisent pas. Le gouvernement canadien doit travailler avec les personnes handicapées, les provinces, les territoires, les communautés autochtones, les experts et les acteurs de la société civile afin de respecter nos engagements.

Par ailleurs, le gouvernement fédéral devrait demander au rapporteur spécial des Nations Unies pour les personnes handicapées, M. Shuaib Chalklen, de faire une visite officielle au Canada afin d'y évaluer les progrès qui ont été réalisés et offrir des conseils au gouvernement afin que le Canada puisse respecter ses obligations et aider 4,4 millions de Canadiens qui vivent avec un handicap.

Ce sont moins de la moitié des personnes handicapées au Canada qui travaillent. Ce n'est pas parce que les personnes handicapées n'ont pas envie de travailler ou qu'elles ne peuvent pas travailler. C'est que les obstacles existent et que le gouvernement ne fait rien pour les supprimer.

Les obstacles à l'emploi pour les personnes handicapées sont bien connus et documentés. Au cours de trente dernières années, au-delà de vingt études parlementaires ont porté sur ce sujet. Malheureusement, les gouvernements libéraux et conservateurs n'ont pas mis en œuvre les recommandations de ces études.

Les conservateurs se focalisent sur des mesures volontaires pour le secteur privé dans le but de faire embaucher davantage de personnes handicapées, mais ils ignorent les barrières structurales profondes.

Il est temps d'élaborer une stratégie détaillée et complète pour les personnes handicapées : non seulement en ce qui concerne les outils de formation et d'aide, mais aussi en ce qui concerne le logement abordable, les transports, et la sécurité des revenus afin que ces personnes puissent atteindre leur plein potentiel.

Le Canada traîne aussi en matière d'investissement dans les personnes handicapées. Il dépense moins en prestation d'invalidité que la plupart des autres pays de l'OCDE.

Les conservateurs aiment se vanter de leur travail sur les crédits d'impôt et le Régime enregistré d'épargne-invalidité REEI). Alors que le REEI est une innovation positive, il ne peut aider que les personnes qui ont des revenus à économiser ou des familles qui peuvent économiser pour elles. Il n'aide donc pas la majorité des personnes handicapées.

Il est grand temps de revoir nos programmes déjà existants et d'accroître l'accès à ces programmes à ceux qui en ont le plus besoin. Il faut un leadership fédéral solide qui puisse coordonner l'offre de prestations entre les différentes juridictions. Le problème de la disparité du système du Canada ne sera pas réglé tant que le gouvernement n'assumera pas ses responsabilités à l'égard des personnes handicapées.

Le gouvernement fédéral doit identifier les obstacles à la pleine participation des personnes handicapées. Il doit coordonner ses efforts avec les gouvernements provinciaux et territoriaux et continuer de consulter et de collaborer avec les personnes handicapées afin d'aller de l'avant ensemble.

Le Canada doit faire mieux.

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