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Les pharmaciens, une partie de la solution

05/03/2016 09:17 EST | Actualisé 06/03/2017 05:12 EST

La profession de pharmacien est en constante évolution et subit actuellement des changements drastiques. Les pharmaciens ont changé leur modèle de pratique, passant d'un rôle technique et de distribution à un rôle de services cliniques mettant le patient au cœur de sa profession (Boechler et al.).

Nous avons assisté dans les dernières années à une augmentation des changements législatifs au Canada concrétisant le rôle du pharmacien en terme de prestataire de services cliniques. En comparaison avec les 9 autres provinces canadiennes, nous constatons que le Québec est, avec le Manitoba, bon dernier.

La venue de la loi 41 a aidé à équilibrer l'offre de services pharmaceutiques, mais ne semble pas avoir permis d'obtenir la parité avec le reste des autres provinces canadiennes.

Le pharmacien constitue un joueur important dans l'accès à la première ligne dans le domaine de la santé. Plusieurs services actuellement offerts par les pharmaciens des autres provinces peuvent aussi l'être par les pharmaciens québécois pour améliorer l'accès et la qualité des soins.

La vaccination est disponible en pharmacie dans toutes les provinces, sauf une : le Québec. Aux États-Unis, tous les États permettent à leurs pharmaciens de vacciner. En conséquence, certains patients québécois vivants près de la frontière vont aux États-Unis pour se faire vacciner. Les faits démontrent que les pharmaciens augmentent l'accessibilité à la vaccination et, par conséquent, augmentent de manière très significative le taux d'immunisation.

En terme de santé publique, le pharmacien est un joueur incontournable dans l'accès et l'administration de la vaccination. Ainsi, le Québec doit se prévaloir d'une politique permettant aux pharmaciens de vacciner.

Les revues de la médication sont des services offerts dans toutes les provinces au Canada, sauf au Québec et au Manitoba. Ce service permettrait aux pharmaciens et aux médecins de mieux soigner leurs patients. En effet, ces revues de la médication semblent avoir des effets positifs pour le patient, mais aussi pour le système de la santé. Il s'agit entre autre de la «déprescription» (diminution des coûts pour le système), l'identification de problèmes reliés à la médication, l'augmentation de l'observance au traitement et, possiblement, la diminution des hospitalisations pour usage inapproprié des médicaments.

Lors des revues de la médication, le pharmacien pourrait, selon le cas :

a) Mettre à jour le bilan de santé du patient ;

b) Effectuer l'histoire médicamenteuse ;

c) Identifier les problèmes avec sa thérapie médicamenteuse ;

d) Revoir les cibles thérapeutiques ;

e) Établir un plan de suivi ;

f) Mettre à jour l'état de vaccination du patient ;

g) Évaluation du patient afin de prescrire en cas d'urgence ;

h) Évaluation du patient qui requiert des renouvellements ;

i) Adapter l'ordonnance aux besoins du patient.

Aussi, la loi 41 pourrait être élargie, particulièrement pour les médicaments qu'un pharmacien peut prescrire. Premièrement, un pharmacien devrait pouvoir prescrire de l'épinéphrine injectable. Selon le coroner Jean Brochu, il faudrait permettre aux pharmaciens d'offrir l'épinéphrine en auto-injecteur (via ordonnance collective) sans passage obligatoire chez le médecin. Ceci permettrait aux patients de bénéficier de la couverture par les assureurs, évitant ainsi les barrières financières à l'accès de ce produit.

L'élargissement de la loi 41 viendrait simplifier ce processus. En effet, un tel médicament doit être accessible facilement, et ce, sans contrainte financière pour le patient, vu l'importance de l'épinéphrine en auto-injecteur pour sa survie en situation de choc anaphylactique.

Par ailleurs, les patients diabétiques nécessitant un suivi par glucomètre ne peuvent sans une ordonnance médicale bénéficier d'une couverture par leur assurance pour leurs bandelettes. Ceci est un non-sens puisque le pharmacien a déjà la possibilité de prescrire le matériel médical (seringue) pour l'administration d'un médicament (l'insuline), mais il ne peut prescrire les dispositifs nécessaires pour le suivi de cette même thérapie (glucomètre, bandelettes et lancettes).

Plusieurs autres actes pharmaceutiques peuvent être permis aux pharmaciens pour augmenter l'offre de services et solidifier la première ligne, sans nécessairement passer par des ordonnances collectives dont l'implantation est fastidieuse. Par exemple : la prévention et le traitement de la constipation, l'initiation de la contraception hormonale sans un recours préalable à la contraception d'urgence, et le traitement du muguet secondaire à l'utilisation des inhalateurs de corticostéroïdes.

En somme, il y a encore beaucoup de chemin avant que les patients du Québec puissent jouir des mêmes services offerts par les pharmaciens des autres provinces du Canada. Les pharmaciens peuvent et doivent être mis à contribution pour aider à surmonter les défis du système de la santé et permettre à ce dernier de faire de bonnes économies.

La première ligne au Québec est souffrante et les pharmaciens font partie de la solution.

Avec Emmanuel Bebawi, pharmacien d'établissement de Montréal ; et Nirvishi Jawaheer, pharmacienne communautaire de Montréal.

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