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Les pratiques dangereuses non dévoilées des assureurs privés 

Le prix le plus bas est beaucoup trop cher si le prix du médicament n’est pas accompagné d’interventions cliniques pertinentes permettant la surveillance de la thérapie.

26/09/2017 09:00 EDT | Actualisé 26/09/2017 09:40 EDT
Getty Images/iStockphoto
Choisir un pharmacien qui s’occupera du patient peut aussi faire baisser les coûts des traitements pour les assurances.

Pour donner suite à la chronique publiée le jeudi 21 septembre 2017 « Moins de cachotteries dans les pharmacies, mais... » dans La Presse, j'ai trouvé plusieurs points intéressants auxquels j'aimerais apporter quelques précisions.

Tout d'abord, cette chronique apporte un point intéressant, celui que la transparence est profitable à tout le monde ; autant pour les pharmaciens que pour les assureurs. Maintenant qu'il y a « moins de cachotteries dans les pharmacies », il serait temps que les assureurs adoptent plus de transparence face à leurs assurés. Il serait alors pertinent aussi de se questionner sur le profit des géants de l'assurance puisque c'est bien la somme des deux qui sort de vos poches, n'est-ce pas ?

Il est dans l'intérêt des assurés de connaître les bénéfices de leurs assureurs afin de pouvoir avoir une idée éclairée, et déterminer si la couverture qui est offerte et la prime qui y est reliée sont raisonnables.

Mes patients sont indifférents au sujet des détails sur la facture, puisque la facture totale qu'ils payaient d'habitude n'a pas changé avec l'arrivée de la facture détaillée.

J'aimerais souligner que la facture détaillée a été exigée au départ par les assureurs et non par les patients. Mes patients sont indifférents au sujet des détails sur la facture, puisque la facture totale qu'ils payaient d'habitude n'a pas changé avec l'arrivée de la facture détaillée. Bien qu'ils soient sensibles à la facturation, ils accordent aussi beaucoup d'importance à la qualité du service pharmaceutique qu'ils peuvent avoir, ainsi qu'à la proximité de leurs pharmaciens.

Fait intéressant à noter, c'est qu'il y a quelques années, les assurances ont pu cesser de couvrir entièrement les médicaments originaux et ainsi limiter la couverture au prix du générique grâce au gouvernement actuel. Les grosses économies ainsi engendrées sont-elles été réinjectées dans des baisses de prime conséquentes ? Pour bon nombre d'assurés, cette grande économie pour l'assureur ne semble pas avoir été suivie d'une baisse des primes d'assurance. Cela a seulement permis d'augmenter les profits des assureurs privés au détriment des patients.

La présentation des données déforme la réalité des profits enregistrés par les pharmaciens propriétaires sur la vente des médicaments.

Pour ce qui est des comparaisons sur les coûts des médicaments qui ont été faites par la revue Protégez-vous, il est important de garder en tête qu'elle met de l'avant des données partielles qui représentent des cas extrêmes et anecdotiques ne reflétant pas la réalité de 90 % du marché de la pharmacie au Québec. La présentation des données déforme la réalité des profits enregistrés par les pharmaciens propriétaires sur la vente des médicaments. Ceci pourrait avoir comme conséquence d'induire le public en erreur.

Maintenant, il serait intéressant de parler du droit des patients de choisir leur assurance privée au Québec.

Il y a en santé un intervenant que nous devons payer, mais que nous ne choisissons pas. Que son concurrent puisse proposer mieux ou beaucoup mieux, nous ne pouvons pas décider d'opter pour le concurrent... En effet, peu importe que la prime associée à votre plan d'assurance maladie soit trop élevée à votre goût ou que les services ne soient pas couverts de façon acceptable, à moins de changer d'employeur, vous devrez accepter cette dépense forcée déterminée pour vous par un tiers, votre employeur, dont les intérêts peuvent parfaitement diverger des vôtres...

Afin de permettre aux assurés et patients de faire des choix libres et éclairés en ce qui concerne leurs soins de santé, il faudrait exiger des assureurs privés de détailler leurs profits sur chacune des factures remises au patient. Celui-ci serait alors en mesure de mieux comprendre ses dépenses en médicaments et conséquemment, de mieux choisir son assurance. Il pourrait opter pour une assurance qui coûterait un prix inférieur à celle choisie par son employeur.

Pire encore, il semblerait que certains assureurs veuillent favoriser certains choix de traitements au détriment d'autres choix. Ainsi, certains médicaments seraient mieux couverts que d'autres. On ne parle pas de génériques ici, mais bien de molécules différentes ! L'assureur recommanderait alors à ses assurés de demander à leurs médecins de changer de traitement en vue d'opter pour le traitement le mieux couvert. Trouver le bon traitement pour le patient prend parfois beaucoup de temps pour l'équipe traitante. À ma connaissance, l'assureur ne fait pas partie de l'équipe traitante et le fardeau financier de coûts en consultations médicales et en hospitalisations causés par de tels changements serait alors assumé par le système de santé publique. Débalancer des patients stabilisés avec une médication en les pénalisant financièrement s'ils ne suivent pas les molécules préférées par l'assureur, est-ce raisonnable ?

Jusqu'où le patient est-il tenu de suivre les « recommandations » d'un non-professionnel de la santé concernant sa santé ?

Jusqu'où le patient est-il tenu de suivre les « recommandations » d'un non-professionnel de la santé concernant sa santé ? Qui est supposé protéger le patient de ce qui pourrait étrangement ressembler à une forme de taxation imposée à la population au profit de corporations privées milliardaires que sont les assureurs privés ? D'ailleurs, trois assureurs privés figurent dans le palmarès des 10 grandes sociétés canadiennes en termes de revenus, paru la semaine dernière dans LaPresse affaires.

Pour terminer, le service pharmaceutique de qualité est important. L'honoraire n'est pas la principale raison de l'augmentation des coûts. Il faut aussi tenir compte du recours à des médicaments qui sont de plus en plus spécialisés. Choisir un pharmacien qui s'occupera du patient peut aussi faire baisser les coûts des traitements pour les assurances. La gestion des interactions, des effets secondaires et de l'inobservance est des exemples de tâches incluses dans le soin pharmaceutique. Ceci est sans compter les interventions servant à optimiser le plan de traitement en collaboration avec les différents prescripteurs et des suivis que cela exige d'effectuer. De plus, que fait-on de tous ces moments que nous passons à rassurer les patients et à les soutenir dans les épreuves difficiles? À bien y penser, le prix le plus bas est beaucoup trop cher si le prix du médicament n'est pas accompagné d'interventions cliniques pertinentes permettant la surveillance de la thérapie.

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