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Une crise sans précédent pour les pharmaciens

22/04/2016 10:33 EDT | Actualisé 23/04/2017 05:12 EDT

C'est une crise sans précédent pour les pharmaciens québécois. Il y a de quoi en passer, des nuits blanches...

Non, les pharmaciens propriétaires ne roulent pas sur l'or, contrairement à la croyance populaire. Oui, il y a des pharmaciens millionnaires, mais ce sont habituellement des gens qui possèdent leur pharmacie depuis 20 ou 30 ans, une toute autre époque dans le monde de la pharmacie. Ils ont eu la chance de faire croître leur entreprise bien avant que le gouvernement ne se mette à couper les pharmaciens à plusieurs reprises dans les années 2000.

Au contraire, la réalité est que la majorité des pharmaciens propriétaires en arrachent énormément. C'est surtout le cas des plus jeunes, qui ont payé cher leur pharmacie dans les 10 à 15 dernières années et qui, depuis, ont vu le gouvernement sabrer dans leurs revenus année après année. Déjà avant les dernières coupes, beaucoup d'entre nous nous versions un salaire nettement inférieur à celui de nos employés.

Et là, c'est la goutte qui fait déborder le vase. Avec les coupes Barrette/Couillard en vigueur depuis septembre dernier, beaucoup de pharmaciens propriétaires ne sont même plus capables de rembourser les prêts contractés à la banque pour acheter leur pharmacie. Ces prêts prenaient déjà souvent 10 ou 15 ans à rembourser, mais là, les pharmaciens n'ont même plus les moyens d'effectuer les paiements mensuels tellement les coupes sont énormes.

C'est carrément intenable financièrement. Ces coupes ont déjà fait perdre plus d'un millier d'emplois depuis 8 mois et nuisent à l'accessibilité du pharmacien comme professionnel de la santé.

Qui plus est, d'autres baisses de revenus s'en viennent pour les pharmaciens avec le projet de loi 81 que le ministre Gaétan Barrette planifie pour l'année à venir.

Et voilà que le ministre, après nous avoir fait subir des coupes draconiennes pendant des mois, renie à présent sa signature et nous prive du seul moyen - inélégant, mais temporaire - qu'il nous avait laissé pour permettre aux pharmacies de traverser ce carnage. Rappelons-le, nous sommes le seul corps professionnel du milieu de la santé qui a dû accepter une diminution de sa rémunération. Nous remplissions notre part de l'entente depuis septembre, de bonne foi, alors que rien n'avait encore été fait de la part du gouvernement pour honorer la sienne.

Vraiment. Pus. Capable.

Pus capable de vivre dans une situation de précarité financière qui me fait douter de ma capacité à payer mes employés l'an prochain. Pus capable de me demander sans cesse quel service je devrai couper pour que ma pharmacie survive. Pus capable de me faire traiter de façon totalement cavalière par un ministre dont le seul but semble être d'étouffer complètement les pharmaciens tout en protégeant ses amis. Et ce sentiment est partagé par l'ensemble de mes collègues pharmaciens propriétaires.

Vraiment, on suffoque.

Avec Bachir Abou-Atmé, pharmacien.

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