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Coupe du Monde: ce que la morsure de Suarez nous apprend sur les sanctions disciplinaires de la FIFA

02/07/2014 01:48 EDT | Actualisé 01/09/2014 05:12 EDT

L'un des faits marquants de ce Mondial aura été et restera la suspension de l'attaquant uruguayen Suarez, qui a été sanctionné pour avoir mordu le rugueux défenseur italien Chiellini. Bien que ce dernier ait d'abord démenti avoir commis cette agression (avant de finalement s'excuser publiquement hier) et bien que le peuple uruguayen, y compris son chef d'État, ait fait bloc derrière lui, son passé de «serial mordeur» et les images du match n'ont pas plaidé en sa faveur.

L'arbitre du match n'avait manifestement rien vu de cette agression, mais les instances de la FIFA ont visionné les images après match et ont infligé une très lourde sanction à Suarez. Il a écopé de neuf matchs de suspension et de quatre mois d'inactivité y compris avec son club, Liverpool. Son commanditaire Adidas aura vu de son côté les mêmes images puisqu'il a décidé de mettre fin, avec effet immédiat, au contrat de commandite qui le liait au joueur.

On ne peut que soutenir cette décision de la FIFA, car l'acte commis par Suarez est d'une violence inouïe et tellement... anti-football. Car soyons sérieux! On peut tacler un adversaire et mettre son intégrité physique en danger. On peut donner des coups de coude au visage ou on peut s'essuyer les semelles sur les jambes de son vis-à-vis: on obtiendra tout au plus un carton jaune, voire un carton rouge si l'agression est spectaculaire. Sauf blessure grave du joueur adverse, on s'en sortira en tout état de cause avec un simple avertissement ou avec un ou deux matches de suspension selon les compétitions.

Il y aurait, par conséquent, beaucoup à dire sur la proportionnalité des sanctions pour violence dans le milieu du football. Mais en l'occurrence, nous ne ferons pas le procès à la FIFA d'avoir lourdement sanctionné Suarez. Car il faut ardemment souhaiter au meilleur buteur de la dernière saison outre-Manche de mettre ces 4 mois d'absence de compétition à profit pour rechercher un soutien psychologique dont il a manifestement le plus grand besoin.

Mais pour autant, nous restons sur notre faim. Claudio Sulser, le Président de la Commission de discipline de la FIFA déclara en effet qu'«un tel comportement ne peut être toléré sur un terrain de soccer et en particulier pendant une Coupe du monde quand les yeux de millions de personnes sont braqués sur les vedettes sur le terrain».

Dont acte: mordre son adversaire devant des millions de téléspectateurs, ce n'est pas admissible. La FIFA l'a dit, on a pu l'entendre sur tous les plateaux de télé et le lire un peu partout. C'est donc bien que cela doit être vrai. Et cela l'est effectivement.

Mais, alors, est-il tolérable de voir un joueur simuler une faute pour obtenir un bon coup franc ou souvent une pénalité? A priori non, car si le joueur simule mal et que l'arbitre détecte sa tentative de le tromper dans son jugement, il peut être sanctionné d'un carton jaune. C'est donc bien que la simulation est contraire aux règles du jeu.

Et pourtant...

Et pourtant, comme nous l'avons déjà écrit dans ces colonnes, Fred, l'attaquant brésilien a trompé l'arbitre durant le match d'ouverture de la Coupe du Monde contre la Croatie et a obtenu une pénalité imaginaire. Le match bascula, le Brésil remporta trois points précieux et la Croatie fut éliminée au terme des matchs de groupe. Selon la FIFA, ce match a été regardé par 42,9 millions de téléspectateurs.

Les Pays-Bas ont quant à eux éliminé de valeureux Mexicains en 8e de finale grâce à une pénalité de nouveau inexistante, octroyée suite à un plongeon de Robben dans la surface à la 90+4e minute.

Robben, joueur extrêmement talentueux, mais également intelligent sait que cette pénalité a été disséquée sous tous les angles par les différentes chaînes de télévision du monde entier. Si bien qu'à peine sorti de la douche, il déclare sans sourciller avoir «plongé» dans la surface pour obtenir cette pénalité. Pourquoi mentirait-il? Tout le monde aura vu les images, tout le monde aura vu qu'il a simulé la faute et tout le monde sait bien que cet acte de tricherie comme le fait de le reconnaître resteront impunis.

Il faut peut-être une nouvelle fois le dire en utilisant d'autres termes: il déclare publiquement, tout de suite après le match, avoir triché, et tout cela passe comme une lettre à la poste.

La FIFA n'a pas réagi et ne réagira pas, comme si finalement tricher faisait partie du jeu. Si le joueur est pris sur le fait, il peut prendre un carton jaune. Mais si l'arbitre ne le voit pas, les membres de la Commission de discipline de la FIFA se refusent à utiliser les images pour prononcer des sanctions a posteriori contre le joueur ayant triché. Ce qui vaut donc pour la morsure de Suarez ne vaut pas pour un acte d'anti-jeux d'une ampleur telle qu'il change le cours d'un match.

Et cela va plus loin. Car on ne trouvera pas plus de commentateurs télé pour condamner la simulation. Ceux-ci se limiteront à analyser les images au ralenti pour estimer si la pénalité était ou non justifié. Quand tel n'est pas le cas, l'arbitre est vilipendé. Le joueur n'est quant à lui jamais critiqué. Et je dis bien «jamais».

Il faut croire que comme l'avait dit maladroitement, mais très honnêtement il y a quelques temps Michael Landreau, actuel troisième gardien de l'équipe France au Brésil, tomber fait maintenant partie de la panoplie d'un bon attaquant.

Nous devrions donc pouvoir nous attendre à voir la FIFA promouvoir bientôt des séances techniques de plongeons dans la surface et la FFF mettre les chutes en vue de l'obtention d'une pénalité dans le programme du DEPF (Diplôme d'Entraîneur Professionnel de Football).

Quiconque aura vu des matchs de jeunes, voire de très jeunes amateurs de football, saura que la simulation, donc la tricherie, fait des adeptes. Comment dire à un joueur de 10 ans qu'il doit aller au bout de son action plutôt que d'essayer de tomber dans la surface de réparation si Fred, Robben et leurs amis plongeurs font gagner des matches à leurs équipes en faisant la même chose?

Car que M. Sulser, le Président de la Commission de discipline de la FIFA, ne s'y trompe pas: les jeunes amateurs de football de tous pays braquent effectivement leurs yeux sur les vedettes du Mondial. Et ils n'y voient pas que des morsures.

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