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Gaza: le mur

29/09/2014 12:11 EDT | Actualisé 28/11/2014 05:12 EST

Tous les murs devraient être abattus. Ceux de béton, de briques qui divisent. Je déteste tous les murs peu importe leurs noms, de Berlin ou Geder Hahafrada littéralement grillage de séparation. Et puis, celui de l'indifférence.

Il y en a tellement des murs. Il faut tellement de temps pour les faire tomber. Je ne suis ni d'un bord ni de l'autre. Juste que je n'aime pas les murs. La peur et l'ignorance. Deux bons ciments pour un mur.

Cisjordanie.

Mur.

Lamentations.

Cette construction, longue de plus de 700 km, incluant plusieurs grands blocs de colonies israéliennes en Cisjordanie, est vivement contestée. L'Assemblée générale des Nations unies a adopté, le 21 octobre 2003, une résolution condamnant la construction d'un « mur » empiétant sur le « territoire palestinien occupé » par 144 voix pour et 4 contre.

Juste pour dire.

Que se passe-t-il réellement d'un côté et de l'autre du mur? À qui profite réellement la désinformation. D'un bord on parle de guerre, de l'autre d'occupation et de résistance. Ce n'est pas un conflit, c'est une occupation.

Avec occupation rime désinformation. Facebook est une belle boîte aux lettres. Là où nous postons les photos de nos chérubins, d'autres postent la justification de la violence en toute impunité ni réaction.

«La mission du capitaine Maayan Orevi pendant l'Opération Bordure Protectrice a consisté en une seule et unique chose : tout faire pour épargner les civils gazaouis pris au piège dans les zones de combats», nous dit la page Facebook de Tsahal.

Page accessible en français, anglais, espagnol, hébreu, aimée par 89 301 personnes et partagée plus de 271 fois.

Pour rappel en août dernier, le secrétaire général des Nations Unies s'indignait : «C'est un scandale du point de vue moral et un acte criminel. Cette folie doit cesser.»

Au moins 10 Palestiniens ont été tués, dimanche 3 août, dans un bombardement ayant touché une école de l'ONU qui accueille des réfugiés à Rafah, dans le sud de la bande de Gaza. Cette école, gérée par l'UNRWA [Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient], a été transformée en centre d'accueil pour environ 3 000 réfugiés où les secouristes se démenaient pour évacuer les blessés, au milieu de Gazaouis courant hors d'haleine dans les mares de sang avec des enfants dans les bras relatait le journal Le Monde.

Toujours sur sa page Facebook : «Tsahal prend très au sérieux les incidents exceptionnels qui ont eu lieu lors de l'Opération bordure protectrice. Découvrez en toute transparence les premières conclusions concernant certaines accusations dont l'armée israélienne fait l'objet.»

J'aime le mot transparence.

« Le Corps de la Justice militaire a affirmé que la frappe avait été menée en conformité au droit international et au droit israélien. Malgré les pertes tragiques, il a confirmé qu'aucune irrégularité n'était à noter dans les actions des forces de Tsahal.» peut-on lire sur cette même page.

Le droit international permet-il de tuer des enfants sur une plage? Des civils ?

Un « criminel » qui enquêterait sur ses propres « meurtres », cela ressemble-t-il à une démocratie ?

Que dirions-nous si Vladimir Poutine diligentait sa propre enquête sur les exactions des soldats prorusses en Ukraine ? À votre avis ?

La démocratie de l'occupation, c'est une occupation sans démocratie.

Ce n'est pas moi qui le dis, ce sont les 43 officiers qui ont déserté Tsahal et l'unité 8200

(la NSA israélienne), les 43 que l'on surnomme «les écoeurés de Tsahal » sur les ondes de la ZDF, la chaîne de télévision allemande:

«Nous ne voulons plus travailler dans un système qui n'est pas au service de la sécurité d'Israël mais qui entretient la spirale de la violence (...) Notre mission est aussi de maintenir un régime militaire dans les territoires occupés. Et ce régime militaire c'est ce qui déclenche les violences...»

Il faut se méfier des médias. Nous sommes d'accord sur ce point.

Comment se faire sa propre opinion ? Si on vérifiait avec ceux qui y sont allés? Simplement. Avec Catherine Pappas, coopérante de l'ONG Alternatives, ayant travaillé sur un projet visant l'aide aux femmes afin de les aider à nouer les deux bouts. Vivant à Jérusalem, Catherine Pappas passait à Gaza, presque tous les jours.

«Quand je suis arrivée à Gaza, la première fois, juste devant le check point d'Erez,

une bombe a explosé. J'ai été terrorisée. Ce n'est rien m'a dit une journaliste, c'est une bombe sonique. L'armée israélienne les utilise pour maintenir le climat de terreur et de stress.

(...)

Tous les matins sans exception, les femmes parlent des bombardements comme nous nous parlons de la température et de la météo.»

Qui a entendu parler des bombes soniques dans les médias ?

«Tout est fait pour vous humilier, de vous empêcher de travailler et vous décourager de revenir le lendemain, les soldats vous intimident pour obtenir les noms des Palestiniens des associations... Les tactiques d'intimidations sont nombreuses comme cet interminable tunnel de béton où résonnent les ordres en anglais en aveugle sans savoir qui vous parle en est un exemple.»

Elle raconte les heures d'attente entre 2 heures (dans le meilleur des cas) jusqu'à 6 heures (dans le pire des cas), juste pour garder et regarder le passeport.

« Imaginez alors ce que les Palestiniens vivent alors que moi j'ai un passeport canadien »

Elle a répondu à toutes mes questions pendant plus d'une heure, j'ai l'heure un peu plus juste.

Je crois.

Je vous le disais. Un mur.

Alternatives est une organisation de solidarité qui œuvre pour la justice et l'équité au Québec, au Canada et ailleurs dans le monde. Elle est née pour lutter contre l'apartheid.

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