Thérèse Dufresne

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5 $ par jour pour nourrir nos aînés: une honte!

Publication: 7/03/2012 15:52

Madame Marguerite Blais
Ministre de la Famille et des Aînés


Madame la Ministre,

En novembre 2007, lors de la présentation de mon mémoire dans le cadre de votre Consultation publique sur les conditions de vie des aînés, vous aviez été surprise et touchée d'apprendre que la dénutrition était un problème grave et très répandu chez nos aînés souffrant de dysphagie, une difficulté sévère à mastiquer et à avaler.

Des études scientifiques concluent que la dysphagie affecte jusqu'à 60 % des aînés hébergés en centres de soins de longue durée. La dysphagie provoque chez ces résidents des pertes de poids importantes, des infections à répétition, de la démence de dénutrition, de la constipation, des chutes; nombreux sont ceux qui meurent littéralement de faim!

Au Québec, près de 110 000 aînés sont victimes de dysphagie et environ 14 000 en meurent ou en mourront!

En 2007, donc, vous aviez aussi compris que nous avions développé au Québec une solution : des aliments uniques, caractérisés par leur indice de déglutition sécuritaire (indice TDS). Vous y aviez même goûté et aviez pu alors en apprécier les qualités avec vos collègues de l'Assemblée nationale lors un petit-déjeuner adapté aux besoins de nos aînés dysphagiques.

Depuis 2007, très peu de centres ont adopté cette solution. Pourquoi ?

Premièrement, certains directeurs d'hôpitaux et de centres de soins de longue durée se font une gloire de dépenser le moins possible pour l'alimentation des patients! Loin d'être une gloire, je crois que c'est une honte de consacrer aussi peu que 5 $ par jour pour nourrir convenablement une personne très malade au Québec en 2012. N'importe quel chef de famille responsable sait très bien qu'il doit accorder au moins 10 $ par jour en aliments pour accéder à une alimentation saine, variée, sécuritaire et appétissante. Je vous réfère ici au rapport du Vérificateur général du Québec de novembre 2011 qui a amplement présenté ces statistiques.

Deuxièmement, plusieurs décideurs commettent des manques graves à l'éthique et ne comprennent pas leur mission, lorsqu'ils vont oser déclarer que c'est de l'acharnement thérapeutique que de bien nourrir les aînés dysphagiques! Loin d'être de l'acharnement, c'est d'abandon dont il faut parler ici. Il faut s'indigner, non pour être dans l'air du temps, mais tout simplement parce qu'il est inacceptable de laisser quelqu'un mourir de faim lorsqu'il existe une solution abordable à portée de la main.

Madame la Ministre, j'appelle à votre responsabilité et à celle de votre gouvernement pour :

- qu'un budget quotidien MINIMUM de 10 $ soit consacré aux aliments offerts à nos aînés en hébergement;

- que des aliments sécuritaires et appétissants avec une efficacité démontrée et caractérisée par l'indice TDS soient offerts aux personnes souffrant de dysphagie;

- mettre en place un cadre de référence pour l'alimentation de nos aînés dysphagiques et de dépistage systématique de la dénutrition, tel que le Conseil d'agrément et le Vérificateur général du Québec le recommandent.



Thérèse Dufresne, Dt.P.
Directrice générale
Prophagia inc.