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Une Prière Punk pour la commission Charbonneau

21/02/2013 02:10 EST | Actualisé 23/04/2013 05:12 EDT
AP
An Amnesty International member holds a hand knitted Pussy Riot fan scarf to support the members of the Russian punk band, in Brussels on Sunday Feb. 17, 2013. Three members of the feminist punk band Pussy Riot were sentenced to two years imprisonment for performing a protest song in Moscow’s Christ the Saviour Cathedral. Although Ekaterina Samutsevich was conditionally released on appeal on 10 October, her two band mates, Maria Alekhina and Nadezhda Tolokonnikova remain in prison. (AP Photo/Geert Vanden Wijngaert)

Il y a un an, à Montréal, une grève étudiante s'entame à peine. Les leaders gouvernementaux et étudiants jouent d'un cynisme aliénant, misant davantage sur leur jeu d'échecs que sur des pistes de solution constructives. Les leaders étudiants misent sur le désenchantement populaire à l'égard du gouvernement Charest et ce dernier compte sur l'indifférence totale du québécois moyen à l'égard de ces futurs bourgeois. L'arrogance et le mépris règnent en grand, les deux camps se radicalisent. La circulation se retrouve perturbée, les journaux saturés de déclarations malhonnêtes et le citoyen, pris entre deux chaises inconfortables. La démoralisation généralisée face à une contrée en déclin s'aggrave. Welcome to Russia.

Il y a un an, jour pour jour, cinq femmes pénètrent dans la Cathédrale du Christ-Sauveur de Moscou pour interpréter un Te-deum punk cinglant. Vladimir Poutine est accusé d'avoir manipulé les résultats d'élections et un mouvement d'opposition tente tant bien que mal de se mobiliser. Mais le peuple russe est désabusé tant par les oligarques corrompus qui financent l'opposition que par le gouvernement corrompu qui a au moins l'avantage de nourrir leur fibre patriotique. Là-bas comme ici, l'indifférence marie la désillusion. À une très grande différence près.

Au Québec, le gouvernement durcit le ton et table une loi spéciale. Son but réel aura été de bâillonner la contestation étudiante. Le cynisme gouvernemental atteint son paroxysme; le peuple en a assez, se disent nos braves élus, de « la rue ». Ils se croient vainqueurs. Mais c'était sans compter Gisèle.

57 ans, vieille fille sans enjeu dans le conflit étudiant, Gisèle n'a de sympathie pour aucun des deux camps. Mais elle a la plus belle batterie de cuisine du voisinage et un sacré caractère. Gisèle, voyez-vous, ne tolèrerait jamais qu'on termine un jeu d'échecs, aussi raté soit-il, en mettant son adversaire en prison. Alors à tous les soirs, Gisèle sortira sa batterie pour faire la leçon aux plus puissants qu'elle. Et elle aura gain de cause. Parce que Gisèle appellera Lucie qui connaît Claude qui aime Sylvie. Et certains Claude seront policiers, certaines Lucie seront fonctionnaires, d'autres, anarchopandas, profs de philosophie. Au Québec, c'est le citoyen moyen qui imposera finalement le ton. Et au conflit intraitable, il répliquera par des sorties fraternelles criantes d'humanité.

Tandis qu'à Moscou, la Gisèle s'appelle Maria. Elle et d'autres dissidents comme elle croupissent dans des camps de travaux forcés. Elle y demeurera pour encore un an. Au lieu de faire la leçon, elle sera devenue la leçon. Mêlez-vous de vos affaires, sinon. Les manifestations contre son emprisonnement auront été sommairement écrasées, les attroupements publics auront été décrétés illégaux lorsque sans permis. En Russie, le ton aura été imposé par un État tout-puissant et les médias dépeindront d'une voix unie le mouvement d'opposition comme étant un complot occidental. La futilité de se battre n'aura jamais été aussi palpable, ni la capitulation populaire plus évidente.

Demandez-moi encore pourquoi nous avons décidé d'adapter leur Prière Punk. Pourquoi leur lutte est la nôtre. Une société ne devient pas sclérosée et corrompue du jour au lendemain. C'est un long déclin, qui se perpétue par le désengagement progressif du citoyen. C'est un chemin que le Québec se pave à coup de nids de poule depuis des décennies. Un état de fait qui a connu un choc temporaire au printemps dernier.

Demandez-moi encore de quoi je me mêle. Mais dites-moi surtout où nous en serons en octobre prochain, lorsque se conclura la commission Charbonneau, ou à la fin de ce sommet raté sur l'éducation. Dites-moi où nous allons et je vous dirai qui nous sommes. Pour l'instant, dans l'immédiat, nous sommes libres. Parce que tout est encore possible. Faisons qu'il en demeure ainsi.

Et parce que si j'étais russe, je serais présentement muselé dans un goulag, ça mérite d'être dit et redit: Free Pussy Riot.

L'auteur est cofondateur du groupe gospel subversif IRREVEREND JAMES and the CRITICAL MASS CHOIR. Leur adaptation anglaise du Punk Prayer de Pussy Riot sera interprétée au Divan Orange le 21 février 2013 lors d'un 5 à 7 et est disponible pour téléchargement gratuit ici.

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Les Pussy Riot