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Autisme ou TDAH: des troubles?

23/04/2017 08:27 EDT | Actualisé 23/04/2017 08:27 EDT

J'aimerais aborder entre autres, un terme qui est couramment utilisé lorsqu'on parle de l'intelligence de certaines personnes autistes: la déficience intellectuelle. Ce terme est péjoratif et selon moi, biaisé.

Comme plusieurs études l'ont démontré au fil des ans, les tests de QI normalisés tels que le WAIS-4, sont préjudiciables à l'intelligence singulière des personnes autistes. Non seulement sont-ils biaisés au niveau de la culture, mais ils le sont aussi puisqu'ils penchent en faveur de la neurotypie (personne neurotypique). Les personnes autistes utilisent des stratégies visuelles pour résoudre des tâches et ont donc des difficultés lorsque lesdites tâches ne peuvent être résolues qu'en utilisant la verbalisation (Kunda, M., & Goel, A. K. (2011)). C'est pourquoi le test Les Matrices Progressives de Raven est davantage adapté au fonctionnement cognitif des personnes autistes. Ce dernier mise sur les capacités de visualisation tandis que le WAIS est presque entièrement verbal. Alors que les personnes neurotypiques ont généralement un score semblable au WAIS et aux Matrices progressives de Raven, quant à elles les personnes autistes ont généralement un score plus élevé au MPR qu'au WAIS (Bolte et al., 2009, Mottron, 2004).

Ces études sont, selon moi, immensément significatives quant à la notion suggérant que les personnes autistes sont munies d'une intelligence différente de celle des neurotypiques.

Ainsi, de définir l'intelligence des personnes autistes selon les mêmes critères d'évaluation que l'on utilise pour mesurer l'intelligence des personnes neurotypiques serait comme de faire passer un examen de français à une personne espagnole (qui ne parle pas français) et à une personne française et de comparer leurs résultats selon les mêmes critères d'évaluation par la suite. Évidemment, la personne espagnole aurait de grandes lacunes comparativement à la personne française et serait déclarée comme non fonctionnelle et inapte au niveau de la communication. Ceci étant dit, la personne espagnole est loin d'être incapable de communiquer, elle utilise tout bonnement sa langue maternelle pour le faire: l'espagnol.

La personne autiste est munie d'une intelligence, selon les critères basés sur sa neurologie distincte, et la personne neurotypique est munie d'une intelligence selon les critères basés sur sa neurologie à elle. Il faut cesser de comparer les deux, puisque c'est tout bonnement impertinent, inefficient et nuisible pour les personnes autistes; tout comme cela le serait pour les neurotypiques si on inversait les rôles.

Somme toute, le terme «déficience intellectuelle » est à mes yeux, non applicable à la personne autiste s'il est déterminé en fonction des mêmes critères d'évaluation utilisés pour mesurer ou qualifier l'intelligence des personnes neurotypiques. La question que je me pose quand j'entends dire qu'une personne autiste est déficiente intellectuelle est la suivante: est-elle véritablement déficiente intellectuellement ou simplement déficiente quant à son niveau d'intelligence neurotypique? La nuance est d'une importance cruciale...

Selon mon humble opinion, le problème majeur avec ce terme est que l'on étiquette la personne autiste de «déficient intellectuel »; imaginons l'enfant autiste qui commence sa vie, dès lors on annonce à son entourage qu'il est en quelque sorte démuni de potentiel intellectuel en le qualifiant ainsi... C'est à ce moment où la prophétie auto-réalisatrice s'enclenche naturellement. Cette notion que l'on apprend en cours de psychologie est ainsi définie:

Une prophétie auto-réalisatrice représente une affirmation qui modifie des comportements de telle manière qu'ils font survenir ce que la prophétie déclare. Ce qui n'était qu'à la base une possibilité parmi plusieurs, devient réalité, au travers l'autorité de celui ou celle qui déclare la «prophétie».

Lorsque l'on pose sur la personne autiste cette étiquette de déficience intellectuelle, implicitement les gens autour d'elle la traiteront «comme si elle était déficiente».

Lorsque l'on pose sur la personne autiste cette étiquette de déficience intellectuelle, implicitement les gens autour d'elle la traiteront «comme si elle était déficiente». Une grande partie de l'entourage de cette personne tel que certains professeurs, intervenants, oncles, tantes et parfois même ses parents se seront fait convaincre que son intelligence est déficiente. Comment alors l'encourager et croire en elle, en ses capacités, si on a déjà abandonné ou presque l'idée qu'elle est munie de potentiel.

Évidemment, oui il faut demeurer réaliste quant à la réalité d'une personne. C'est-à-dire: de constater, considérer et discuter des difficultés présentes. Cependant, il faut demeurer vigilant en focalisant davantage sur les forces de ces personnes, afin d'être en mesure d'utiliser les outils appropriés à chacun des types neurologiques. Il faut faire preuve de discernement. De savoir dire: alors son fonctionnement neurologique n'est point neurotypique et ne le sera jamais, alors concentrons nous sur le positif de sa neurologie distincte afin de lui permettre de maximiser son potentiel... Au lieu de focaliser sur ce qu'elle n'a pas.

Somme toute, il faut tâcher de ne pas générer de prophéties autoréalisatrices pouvant devenir destructrices, en ne considérant pas l'individualité et la singularité d'une personne... Qu'elle soit autiste ou non. En fait, ceci est applicable pour tous les termes réducteurs qui sont préjudiciables à la personne visée par lesdits termes. Le mot «trouble» par exemple, nous le retrouvons dans le:

Trouble du spectre de l'autisme

Trouble déficitaire de l'attention (TDA/H)

Trouble d'hyperactivité

Etc.

En définissant une personne de la sorte; comme ayant un «trouble », nous affectons directement la façon dont elle est perçue et systématiquement la façon dont elle sera traitée par plusieurs acteurs présents dans sa vie. Trop souvent, la prophétie auto réalisatrice s'avère destructrice et devient une triste réalité pour ces personnes neurologiquement différentes.

À la fin, cette prophétie auto-réalisatrice n'est point une prédiction, mais bel et bien une création.

Malheureusement, le système d'éducation n'étant point adapté pour les personnes qui représentent les neurologies qui divergent de la neurotypie, un «trouble» est souvent généré. J'en conviens. Ce «trouble» est bien réel et c'est pourquoi il faut continuer de faire diagnostiquer nos enfants tôt, dans la mesure du possible. Il existe cependant une nuance importante à discerner quant à ces troubles: «Le trouble est souvent une illusion de "trouble", engendrée par la négligence du système d'éducation face aux personnes qui ne représentent pas la neurotypie. »

Cela dit, toute bonne chose a un début et je crois que la disparition de ces termes dans la terminologie usuelle pourrait fort probablement représenter les premiers balbutiements vers l'acceptation et l'inclusion de toutes les formes cognitives distinctes dans la société.

Pour terminer, la citation d'Albert Einstein résume en une seule métaphore ce qui est énoncé dans ce texte:

«Si on juge un poisson par sa capacité de grimper dans un arbre, il passera sa vie entière à croire qu'il est stupide.» - Albert Einstein

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