On l'a trouvée ce matin vers 9 h, dans la salle de bain. À bientôt 87 ans, Mamy est tombée, impuissante comme une tortue sur le dos. Mamy est tombée, pour nous dire une dernière fois combien elle existe encore, et combien elle a existé. Va-t'en Mamy, tu mérites mieux que Brel, tu mérites mieux que nous.
Apprendre à lire les rides ! Quelle belle métaphore ! Certaines personnes lisent les lignes de la main pour ausculter l'avenir, d'autres lisent les rides du visage pour comprendre le passé, la vie et les humains. Pourquoi un jeune trouvera-t-il laide une femme de 70 ans avec des rides, alors que moi je la trouverai belle et séduisante ? Parce qu'il faut des années pour en déchiffrer l'alphabet. Les jeunes sont plutôt des analphabètes dans ce domaine, car il faut des ans et des décennies pour en déchiffrer les nuances.
Moi aussi, dans la vingtaine, j'ai été un jeune animé du désir de tout changer lors de la décennie charnière de 1960. Je trouvais alors « outrageusement vieux » les gens de 60 ans...et même de 50 ans. La voie d'évitement, la voie de service, me semblait toute désignée pour eux. Je déplorais leur conservatisme, c'est-à-dire leur attachement à des valeurs passées, surtout dépassées aux yeux de ma génération.
Je revendique le droit d'appeler « vieux »... un vieux. En en croire une intelligentsia, il faudrait bannir ce mot du vocabulaire parce qu'il fait ... « vieux ». Et, semble-t-il, ce n'est pas bien de dire « vieux » à un vieux. Comme le mot aveugle qui devient non-voyant ou sourd qui devient malentendant ? Pour moi, un sourd est un sourd, un chat est un chat et un vieux est un vieux. Tout comme moi ! Qui a 71 ans ! Je trouve ridicules toutes les expressions qu'on tend à employer pour éviter de prononcer le mot « vieux».
Lors des manifestations bruyantes des étudiants en 2012, j'ai regardé à la télévision ce qui me semblait un grand party d'étudiants. Des démonstrations dans la rue qui me rappelaient les grandes marches et les grands rassemblements des années 60 et 70. En consultant leur manifeste, je relisais les manifestes de l'époque de la révolution tranquille et même bien avant comme le Refus global, l'Option souveraineté-association, celui du FLQ et de tant d'autres, même sur la scène internationale. Et je me suis dit: rien de nouveau sous le soleil.
Merci au Huffington Post Québec d'offrir cette tribune aux gens de 65 ans et +, que j'appelle avec affection: les vieux. J'ai atteint l'âge de 71 ans. Mon doctorat m'a été remis par l'Université de la Vie. La majorité des vieux sont autonomes, actifs et engagés et peuvent contribuer au débat social. Faire taire les gens âgés parce qu'ils radotent le passé, c'est vouloir effacer tout ce que la vie nous a appris pendant 50, 60 ans et plus. Tout ce savoir deviendrait périmé. Elles sont rares les tribunes pour nous. Les vieux ont tellement à raconter.
« Mourir, cela n'est rien ! Mais vieillir ! Oh, vieillir !... » chantait Jacques Brel. En allant voir Amour, je savais que j'allais vivre une expérience puissante. D'abord, parce que j'aime passionnément le cinéma de ce réalisateur autrichien, et parce que la fin de la vie est un thème qui m'obsède. J'ai l'âge de ces deux personnages, Georges (Jean-Louis Trintignant) et Anne (Emmanuelle Riva). C'est un couple d'octogénaires, des gens cultivés, professeurs de musique à la retraite.
Le nombre de Canadiens âgés de plus de 65 ans passera de 4,7 millions à 9,3 millions au cours des 20 prochaines années. Le Programme de la Sécurité de la vieillesse a été créé à une époque où les Canadiens ne vivaient pas aussi longtemps et en bonne santé qu'aujourd'hui. Par conséquent, le coût du programme de la SV passera de 36 milliards de dollars par an en 2010, à 108 milliards de dollars par an en 2030.
Depuis 2010, les premiers Baby-boomers arrivent à leur retraite. En vagues massives, ceux-ci quitteront successivement le marché du travail jusqu'en 2025/2030. En 1975, on comptait 7 travailleurs pour 1 retraité. Actuellement, ce ratio est de 4 travailleurs pour 1 retraité et en 2030, cette proportion passera de 2 travailleurs pour 1 retraité. Les faibles taux de natalité des dernières décennies expliquent cette situation et comme l'indiquent les dernières données du recensement, aucune augmentation du taux de la natalité n'est prévue à moyen terme.
Certains directeurs d'hôpitaux et de centres de soins de longue durée se font une gloire de dépenser le moins possible pour l'alimentation des patients! Loin d'être une gloire, je crois que c'est une honte de consacrer aussi peu que 5 $ par jour pour nourrir convenablement une personne très malade au Québec en 2012. N'importe quel chef de famille responsable sait très bien qu'il doit accorder au moins 10 $ par jour en aliments pour accéder à une alimentation saine, variée, sécuritaire et appétissante.
Ça presse, il faut débuter la réflexion sur l'admissibilité de l'âge de la retraite au Canada, mais surtout sur l'universalité des prestations de vieillesse et l'admissibilité à la retraite anticipée. Partout sur la planète, les régimes de retraite craquent sous la pression. On doit faire des changements.