Comment expliquer ce succès du Front national qui constitue la grande nouvelle de cette élection? Il faut d'abord constater que le Parti d'extrême droite a réussi à sortir de sa marginalité et à élargir considérablement sa clientèle électorale. Il a profité du désenchantement de la classe ouvrière à l'égard au Parti socialiste. En France aujourd'hui, tout comme aux États-Unis, au Canada et dans bien d'autres pays, le travailleur moyen s'est éloigné de la gauche syndicaliste.
Dimanche dernier j'ai reçu un courriel particulièrement indigeste. Quelle ne fut pas ma surprise, lorsque je constatais que Nicolas Sarkozy (le président d'un des pays dont je détiens la nationalité) est venu me chercher jusqu'à l'intimité de mon chez-moi à travers un message (presque) privé ! Son sujet laisse déjà deviner le ton: " La France est une grande démocratie qui ne cèdera à aucune menace". Une invitation à avoir peur -- et lui faire confiance pour me protéger -- dans mon courriel personnel? Mais, je rêve?
Eh bien, sans surprise, la campagne à l'élection de la présidence de la République est d'un ennui sans nom. Plus personne, ou presque, ne croit que changer la vie des autres est important pour soi. L'individualisme des politiciens triomphe. Le slogan de n'importe lequel des partis pourrait être : « Regardez-moi », sans plus. Cette campagne est celle du triomphe du vide.
C'est cet individu narcissique qui serait réapparu avec la société industrielle dans les années soixante à l'âge de la consommation de masse à aujourd'hui. On a dit Sarko, mais cela aurait pu tout aussi bien être Paris Hilton ou, chez nous, les faiseux de recettes, lofteurs et autre pléthore d'histrions, ou critiques de la poutine du Ramsay BBQ, qui dispensent leurs avis émotifs, polémistes et souvent démagogiques et contribue ainsi à vider de son sens le débat public.