Je crois que le service de police de la ville de Montréal a dû malheureusement s'adapter sur le tas. Les vieux ayant été poussé à la retraite, tout comme celle de 1968, cette nouvelle génération de flics a dû recommencer à zéro. Alors : bavures, arrestations sans motif, brassages, hargne, confusion, fatigue morale et physique, tel est le lot de la désorganisation.
On en est plus aux civilités. Quelques policiers arrivés en renforts sont armés de longues matraques de bois, malheureusement, dans la majorité des cas, celles-ci, se fracassent lors des combats. Les manifestants, ou ceux qui le deviennent, sont armés de meilleurs bâtons et quelques policiers auront droit à des côtes, des jambes et des bras cassés.
En quelques instants, la parade de la Saint-Jean-Baptiste, allait changer de visage. Tout juste devant les estrades, dans le parc Lafontaine, Les Chevaliers de l'indépendance, menés par Reggie Chartrand, se rassemblent en une masse noire et compacte. D'un seul mais volontaire élan, ils foncent vers la parade, scandant: «Vive le Québec libre».
En 1968, Montréal flottait encore sur le nuage tout blanc et confortable de l'Expo 67. Les officiers de direction de la police avaient mis l'emphase sur la fluidité des voitures et la bonne marche des événements. Ces directeurs n'avaient pas la moindre idée de ce qu'était une confrontation. Il y avait bien eu quelques grèves, mais rien de comparable à ce qu'ils auraient à vivre.
En 1968, j'avais 20 ans presque 21, et toute une année de police derrière moi. Embauché avec 140 autres jeunes comme moi, tout juste avant l'Expo 67, nous avions profité de cette époque bénie entre toutes. Ma première Saint-Jean-Baptiste en tant que flic, fut un souvenir impérissable. Les gens en liesse applaudissant les fanfares et les chars allégoriques, les jeunes filles légèrement vêtues, peu farouches et séductrices, les officiers aux dorures étincelantes... Bref, une Saint-Jean comme on n'en verra plus pendant des années.
Comment peux-tu te sentir d'un même pays qu'un type que tu rencontres et qui ne parle pas la même langue que toi, qui ne lit pas les mêmes livres, les mêmes journaux, qui n'écoute pas la même musique, qui ne prépare pas les mêmes mets, qui ne voit pas le même présentateur au téléjournal le soir à la télé et qui te regarde, l'oeil ahuri, quand tu lui parles, ému, de Passe-Partout? Comment t'appelles ça toi?
C'est assez! Sans blague et trêve de paraphrasage à la Péloquin, je vais vous faire une confidence: 2012 ne sera pas l'année de la fin du monde. Mais si on s'y mettait, elle pourrait être l'année de la fin du monde à Charest. Une fois cette première étape glorieuse, franchie, il faudra se souhaiter d'aboutir. Vite, avant la prochaine fin du monde annoncée.