La réaction un peu affolée de la chef péquiste Pauline Marois, qui a esquivé les questions des journalistes, en disait long sur l'impact de la conférence de presse de l'ancien chef de l'Unité anticollusion. Les souverainistes trouvent le moyen en outre de se payer un débat sur les vrais souverainistes (Duceppe-Khadir) et de souffler sur les braises référendaires.
Au premier jour de la campagne, le chef de la CAQ a su exploiter avec efficacité le talon d'Achille du PLQ en présentant son projet de Loi 1, un plan d'action pour mettre en échec la collusion et la corruption qui seraient devenues systémiques sous les Libéraux de Jean Charest. François Legault a frappé un grand coup en recrutant Jacques Duchesneau, un homme-clé qui jouit d'une grande popularité dans la lutte anti-corruption mais qui est aussi réputé pour ses déclarations intempestives.
Nous avons souvent l'occasion d'échanger entre collègues de la Coalition et inutile de dire que le fait d'accumuler les annonces de candidats de grande compétence ajoute au plaisir de faire campagne. Les comtés de Taschereau et Terrebonne étant un à la suite de l'autre dans l'ordre alphabétique, j'ai pu discuter avec le docteur Barrette lors de la soirée de lancement dans la circonscription de François Legault jeudi soir dernier et l'énergie du personnage est contagieuse.
On ne peut pas blâmer les sondeurs, pour qui le fonds de commerce payant est ailleurs mais, le fait que les Léger et cie soient à l'avant-scène du commentaire médiatisé, est simplement aberrant. En quoi sont-ils qualifiés pour extrapoler, imaginer, analyser, supputer, délirer, improviser à partir de probabilités et, de surcroît, influencer de par leur avis les électeurs.
Dès qu'il a obstinément refusé de rencontrer les étudiants au début du conflit que l'on sait, pour ensuite se moquer d'eux à la conférence sur le Plan Nord, il devenait clair que la stratégie du gouvernement serait celle de la wedge issue. C'est-à-dire la politique de la pomme de discorde qui a pour objectif de diviser l'électorat sur un enjeu émotif (avortement, armes à feu, peine de mort?) et ainsi mieux stigmatiser l'Autre.
Lorsque j'étais petit, j'étais le style d'enfant très nerveux. Je ne me souviens pas d'avoir eu peur des monstres sous mon lit ou des abominations qui se cachaient dans le placard. Non, gamin, ce qui me terrorisait, c'est la peur que mes parents meurent, qu'en me couchant, je me réveille dans une autre réalité. J'avais peur de la mort, la mienne, mais celle des autres aussi. Dans mes moments de malaise trop intense, j'allais dans mon lit et là, sous la couverte, je me reconstruisais le monde.
Pour les plus âgés qui peuvent se souvenir, comme pour les historiens, ce que nous vivons en ce début de période électorale peut rappeler les dernières années du règne de Duplessis. L'élection de 1956 avait donné lieu à un raz de marée en faveur de l'Union Nationale. L'achat massif des votes, le patronage donnant-donnant érigé en système incontesté, la création d'un ennemi imaginaire (le communisme) partout dissimulé et prêt à introduire le chaos dans la rue et dans les entreprises, la complicité active ou silencieuse de la majorité du clergé, etc., faisaient du vote une mascarade.
"Ton style, c'est ton cul", chantait Ferré dans une autre de ses envolées fameusement sexistes. N'empêche que la phrase résume bien le phénomène: le style, c'est ce qui nous définit, c'est l'essence d'une personne. C'est parfois des habits, mais c'est surtout une attitude, une façon de se comporter, de s'incarner aux yeux des autres. Au jour 2 de la campagne (tant attendue), le style des trois chefs en tête de peloton frappe bien davantage que leurs thèmes, slogans ou discours électoraux.