Ce n'est pas la première fois que l'équipe Harper méprise les institutions et renie l'engagement de «transparence» qu'elle avait érigé en étendard contre la « corruption » du gouvernement libéral précédent. Pourtant, ce manque flagrant d'éthique ne semble pas altérer l'humeur des électeurs. Un sondage Léger du 12 mars dernier révélait ainsi que 40% des Canadiens accordent encore leur confiance au gouvernement Harper, qui est perçu comme « gérant bien les finances ».
Il y a quelque temps, le New York Times rapportait que face aux difficultés économiques, plusieurs pays européens procédaient présentement à d'importantes coupures dans le secteur culturel. La culture souffre de l'autre côté de l'océan : les gouvernements menés par des conservateurs sabrent dans les budgets (Pays Bas, Italie, Royaume-Uni) et ceux dont l'économie est précaire doivent réduire leur appui afin de demeurer dans la zone euro (Portugal, Grèce, Irlande).
En coupant Radio-Canada de 115 millions de dollars, le gouvernement Harper s'assure que la culture, les idées, le débat public, la réflexion citoyenne, les arts, et indirectement la démocratie, se rendent plus difficilement à moi. 65 avions de chasse F-35 seront achetés cette année par le Canada, au coût de 9 milliards, soit 138 millions par avion. L'économie d'un seul avion aurait effectivement couvert la totalité (et un peu plus) du 11% retranché à Radio-Canada.
Dès leur élection, les conservateurs ont annoncé leur intention de couper dans le financement public des partis politiques. Au-delà du Bloc Québécois, du NPD et du Parti libéral, ce financement qui attribuait à chaque parti un peu moins de 2 dollars par vote a permis aux plus petits partis, le Parti Vert, par exemple, d'avoir l'argent nécessaire pour établir une permanence et financer une campagne électorale. En coupant dans ce financement, les conservateurs sabotent la pluralité politique sur la scène fédérale.
L'interface entre la politique et l'information, dans une maison comme Radio-Canada, est toujours difficile à cerner et il serait présomptueux de vouloir lier d'un seul trait l'ensemble des pressions, rivalités, visions divergentes à l'œuvre dans les remous qui ont conduit au renvoi, ce jeudi, d'un directeur général de l'information remarquablement admiré par ses troupes, Alain Saulnier. Votre blogueur favori ne peut évidemment pas prétendre à l'objectivité en ces matières, ayant perdu son rang d'analyste au Téléjournal ce jeudi. Mais cela est bien peu de choses dans le portrait d'ensemble.